France

Deux sexologues lancent un « pornomètre » pour évaluer votre consommation de porno.

La consommation problématique de pornographie est difficile à mesurer car peu de personnes concernées se décident à pousser la porte du cabinet d’un thérapeute. Selon l’Arcom, 40 % des mineurs fréquentent chaque mois au moins un site pornographique en France.

Des difficultés à obtenir une érection, le visionnage de vidéos pornographiques de plus en plus extrêmes, des images sexuelles omniprésentes dans l’esprit… Autant de signes préoccupants. La consommation problématique de pornographie se montre difficile à évaluer, car peu de personnes concernées choisissent de consulter un thérapeute. Cependant, les spécialistes en témoignent : les conséquences peuvent être catastrophiques.

Pour aider leurs patients à évaluer leur consommation d’images X, Charlotte Démonté, psychologue sexologue et coordinatrice du Criavs Lorraine, ainsi qu’Aurélie Sohy, infirmière sexologue, ont mis en place en 2025 un outil appelé « pornomètre ». Cet outil, accessible en ligne, s’inspire du fonctionnement du « violentomètre » : il aide à déterminer si la consommation est récréative, à risque ou problématique. Tenir un journal de consommation peut également être utile pour s’orienter.

Visionner du porno pour apaiser des tensions

Le pornomètre se présente sous la forme d’une échelle allant du vert au rouge, en passant par l’orange. À chaque couleur correspondent des affirmations qui permettent de se positionner et de situer son niveau d’utilisation. Des phrases comme « je peux regarder du porno pour explorer mes envies et me donner des idées » ou « je peux être excité par le porno mais pas seulement » illustrent une consommation récréative. « Le porno n’est pas un mal absolu, souligne Aurélie Sohy. Celle qui est éthique et ne valorise pas la violence peut contribuer à une sexualité épanouissante. »

En se rapprochant de l’orange sur l’échelle, des affirmations telles que « je suis obligé de regarder du porno pour me masturber » ou « je peux parfois regarder du porno pour apaiser des tensions » suggèrent une consommation à risque. « Cette utilisation du porno pour satisfaire un besoin différent de celui pour lequel il est destiné peut être le début d’une addiction. »

La consommation de porno peut être à risque.
La consommation de porno peut être à risque. - Pornomètre

Des vidéos de plus en plus choquantes

Répondre positivement aux affirmations telles que « je peux parfois négliger mes occupations quotidiennes pour regarder du porno » ou « je n’arrive plus à avoir une sexualité satisfaisante avec mon partenaire depuis que je regarde du porno » est un indicateur de consommation problématique. « Un de mes patients me confiait qu’il ne pouvait plus s’endormir sans avoir visionné du porno, même s’il n’en ressentait ni désir ni envie », témoigne Charlotte Démonté. Une « habituation » doit également susciter des inquiétudes. « Plus les individus regardent de vidéos, moins celles-ci excitent, les conduisant à rechercher des contenus de plus en plus choquants », précise la psychologue sexologue.

De nombreux patients constatent qu’ils ne parviennent plus à réduire la fréquence de leurs visionnages. « Certains éprouvent de la honte, ce qui peut nuire à leur estime de soi, voire entraîner des symptômes anxiodépressifs », souligne Charlotte Démonté. Cela marque le début d’un cercle vicieux d’addiction où le mal-être est comblé par la pornographie, aggravant ainsi la souffrance. « Si les personnes se reconnaissent dans plusieurs affirmations des zones orange ou rouge, il peut être bénéfique d’en discuter avec un professionnel », conseille l’infirmière sexologue.

Pratiques extrêmes

Baisse de désir, dysfonction érectile, éjaculation précoce… Bien que la causalité reste débattue dans la littérature scientifique, les trois sexologues observent fréquemment des troubles sexuels chez ces patients. « Le porno excite rapidement et peut procurer une satisfaction presque immédiate, ce qui complique la gestion de l’excitation dans une relation sexuelle à deux », avance Aurélie Sohy. « Certains doivent imaginer des scènes plus intenses pour parvenir à obtenir une érection, tandis que d’autres souhaitent adopter des pratiques extrêmes avec leur partenaire », ajoute la sexologue clinicienne Sokhna Delvingt M’Boup.

Dans son cabinet près de Lyon, la thérapeute reçoit des couples ainsi que des hommes et des femmes seuls. « Beaucoup d’hommes expliquent que leur partenaire n’a pas assez souvent envie ou n’apprécie pas certaines pratiques, mais en approfondissant, je réalise qu’ils ont structure leur attentes sexuelles autour du porno, observe-t-elle. Cela peut être destructeur pour l’estime de soi de la partenaire. »

Une version pour les adolescents

Les deux créatrices du pornomètre ont été rapidement sollicitées par des équipes éducatives de collèges et de lycées pour utiliser l’outil dans le cadre de l’Evars. En conséquence, une version adaptée aux jeunes a été lancée il y a quelques mois. « Nous souhaitions transmettre les bons messages sans culpabiliser », précise Charlotte Démonté. Une préoccupation sérieuse, car selon l’Arcom, 40 % des mineurs visitent au moins un site pornographique chaque mois en France.