
David Hockney, le peintre qui ne quitte pas son iPad.
David Hockney, disparu le 11 juin à l’âge de 88 ans, a réalisé une centaine d’œuvres sur son iPad durant le confinement de 2020, immortalisation des paysages environnants. Lors d’une vente chez Sotheby’s à Londres le 17 octobre 2025, dix-sept de ses dessins réalisés sur iPad ont été adjugés pour 8,3 millions de dollars, dépassant largement les attentes.
Une tablette plutôt qu’une palette. L’artiste britannique David Hockney, décédé le 11 juin à l’âge de 88 ans, a toujours été un passionné de technologie. Après avoir longtemps utilisé la photocopie, le fax, la photographie (notamment le Polaroid) et la vidéo pour nourrir ses œuvres, il a adopté l’iPhone d’Apple dès 2008, suivi de l’iPad dès sa sortie.
En 2010, éternel amoureux de l’expérimentation, il découvre la tablette de la marque à la pomme, qu’il désignera comme un « bloc à dessin ». Commercialisée pour la première fois en avril de cette année-là, Hockney, l’insatiable curieux et facétieux, s’en empare immédiatement. À ce moment, il a 72 ans.
### Un iPad comme outil dès 2010
Dès l’année suivante, le peintre originaire de Bradford réalise une série de dessins numériques sur son iPad, célébrant l’arrivée du printemps dans son Yorkshire natal : pas moins de 94 œuvres dédiées à la nature. Parmi les applications qui soutiennent son art sur iPad, Brushes lui ouvre de nouveaux horizons grâce à ses pinceaux virtuels hyperréalistes et paramétrables. Grâce à sa tablette, Hockney constate que ses mains restent toujours propres… « mais je garde ce réflexe de vouloir les essuyer sur ma veste », disait-il alors. C’est en 2012 qu’il présente pour la première fois ses dessins réalisés sur iPad à la Royal Academy of Arts de Londres.
« Cela va changer la manière dont nous voyons les choses depuis la lecture des journaux jusqu’aux blocs à dessin », déclarait Hockney à propos de l’ardoise numérique d’Apple, ajoutant que « Van Gogh – son idole – aurait adoré ». Au début des années 2010, alors que l’art numérique est encore peu valorisé, Hockney démontre déjà en quoi ses créations numériques peuvent rivaliser avec la peinture, une discipline qu’il continue d’explorer avec régularité.
### Des œuvres redimensionnables
De sa tablette numérique, il apprécie la notion d’outils « très utile », la précision du stylet, mais aussi la portabilité, la flexibilité, ainsi que la capacité de la tablette à capter l’instant et les textures qu’elle lui permet. Sa rapidité est également appréciée, lui qui a longtemps trouvé que l’ordinateur était trop lent pour un dessinateur (« vous aviez fini un trait et il mettait 15 secondes de plus », affirmait l’artiste). Plus encore, grâce à l’iPad, David Hockney crée des œuvres vectorielles, redimensionnables à volonté, tout en restant toujours nettes. Cela lui permet de travailler à grande échelle avec un rare niveau de précision. De plus, selon Hockney, « aucun nettoyage n’est nécessaire, même si l’on a dessiné toute la journée ». À son grand âge, la tablette se révèle beaucoup plus pratique qu’un chevalet, notamment en extérieur.
### Une production pendant le confinement
Durant le confinement de 2020 qu’il passe dans sa maison de Normandie, dans le pays d’Auge, David Hockney réalise environ une centaine d’œuvres sur son iPad. Une fois de plus, il immortalise les paysages qui l’entourent et la végétation qui émerge au printemps. De nombreuses œuvres seront exposées à la Fondation Louis Vuitton en 2025, lors de l’exposition David Hockney 25.
Bien qu’il soit précurseur dans les arts numériques, l’artiste anglais ne comprenait cependant pas l’enthousiasme pour le « crypto-art » et les NFT (œuvres virtuelles) très en vogue au début des années 2020. À leur sujet, il affirmait qu’elles étaient le produit « d’une association internationale d’escrocs et d’arnaqueurs ». Il préférait les impressions, qu’il considérait comme l’entrée dans le monde réel des œuvres numériques. « Même dans le cloud, les choses vont se perdre à un moment ou à un autre, pronostiquait David Hockney, il y en aura tellement, comment allez-vous les retrouver ? ».
Lors d’une vente chez Sotheby’s à Londres le 17 octobre 2025, dix-sept de ses dessins réalisés sur iPad et issus de sa série précoce (2011) The Arrival of Spring in Woldgate ont été vendus pour 8,3 millions de dollars, montant qui dépasse largement les attentes et double ainsi l’estimation haute de la vente. Avec la disparition de l’artiste, leur valeur risque désormais d’exploser.
