
Coupe du monde : « Les gamins ne se rendent pas compte »
Jean-Claude attend le match France-Maroc, quart de finale de Coupe du monde, assis à la terrasse d’un bar de la rue Daguerre dans le 14e arrondissement de Paris. La France a atteint ce stade de la compétition pour la septième fois, réalisant la quatrième fois d’affilée, une performance jamais réalisée dans l’histoire de l’équipe de France.
« C’est sûr que l’équipe de France ne m’a pas coûté cher en bière quand j’étais étudiant… » Jean-Claude, assis à la terrasse d’un bar de la rue Daguerre dans le 14e arrondissement de Paris, attend le match avec quelques amis, un maillot « Zidane 98 » sur le dos et quelques verres déjà ingurgités. Dans moins de deux heures, il assistera au quart de finale de la Coupe du monde France-Maroc.
C’est la septième fois que ce quinquagénaire se trouve à ce stade de la compétition, mais surtout, c’est la quatrième fois consécutive, une performance inédite dans l’histoire de l’équipe de France. Cela illustre la place désormais occupée par la France dans le football international. Jean-Claude savoure cette édition avec un plaisir évident. « Cette équipe, c’est une sorte d’apogée », confie-t-il.
« Je pense que les gamins d’aujourd’hui ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont. Enfin qu’on a. Mais eux sont nés avec une cuillère en argent dans la bouche », plaisante-t-il, évoquant son fils de 21 ans qui « a pratiquement connu que ça ». Pour lui, « ça » signifie une équipe de France dominante, visant la victoire finale à chaque tournoi. Attablé à ses côtés, Marvin acquiesce : « Pour moi, c’est normal. Mais j’ai bien conscience que ça n’a pas toujours été le cas. Mon père m’a raconté. »
Comme beaucoup, Jean-Claude a été éduqué aux Verts de Saint-Étienne, « formidables mais perdants », puis a connu l’équipe de Platini qui, malgré la victoire à l’Euro 84, a été qualifiée de « losers magnifiques » après deux éliminations particulièrement douloureuses en demi-finale en 1982 et 1986, suivies d’une décennie de déception. « On a loupé 90 et 94. C’était la honte et le vide, » confirme Bertrand, 48 ans, assis à une table voisine, ajoutant que cette situation ressemble à ce que vivent actuellement les Italiens, excepté que « nous, on n’avait pas gagné quatre Coupes du monde avant. »
Zacharie, Ali et Malo, trois jeunes qui viennent de fêter l’obtention de leur bac, n’ont pas connu de telles périodes. Avec un maillot de l’équipe de France sur le dos et une canette de bière à la main, l’un d’eux déclare : « Pour nous, une Coupe du monde, c’est minimum demi-finale sinon c’est raté. » Pour cette génération, qui a grandi sous une étoile de champion du monde, la performance des meilleurs joueurs du monde en bleu est une norme.
Ils ont entendu parler des années Domenech, mais pour eux, c’est une autre époque. Leurs premiers souvenirs de football remontent aux débuts de la génération Griezmann-Pogba-Varane, celle qui a redressé l’image de l’équipe nationale après le traumatisme de Knysna. Une équipe « qu’on aimait, solide, des gars marrants », qui a ramené la Coupe du monde en 2018 avant d’atteindre la finale de l’édition suivante en 2022. Une période dorée.
Cependant, la cuvée 2026 semble avoir propulsé les Bleus dans une nouvelle dimension. « Maintenant, on a l’impression d’être imbattables », commente Fabio, 24 ans, qui n’a pas de souvenirs d’une équipe nationale aussi forte. « À part Lamine Yamal, on a les meilleurs joueurs du monde. Ils s’entendent bien, marquent beaucoup et surtout, on sent qu’ils peuvent et qu’ils veulent écraser tout le monde. »
« C’est vrai qu’ils ont un truc spécial », admet Bertrand, observant « le côté impitoyable et briseur de rêve » des Allemands et le jeu « flamboyant » des Brésiliens ou des Hollandais. « Je crois qu’ils sont même plus forts que l’équipe de 2000, mais j’ai l’impression que l’opposition était un peu plus forte à l’époque », nuance-t-il.
L’ancienne génération ne boude pas son plaisir face aux talents comme Doué, Upamecano, Olise, et le Ballon d’or Dembélé. « Le monde entier nous craint, c’est un peu la Dream Team de 92 », commente Pierre-Anne, la cinquantaine, un propos qui ne suscite pas d’écho chez son neveu, n’ayant pas cette référence. Un rapide cours d’histoire sportive met le jeune à jour, et celui-ci acquiesce à la comparaison.
« Franchement, on est des privilégiés. Ils sont talentueux, courageux. Ça a l’air d’être une bande de bons mecs, respectueux et morts de faim. Ils sont en mission. Tout a l’air si facile avec eux. Je n’ai pas eu peur une minute depuis le début du tournoi. C’est un peu l’équipe rêvée. Que du bonheur. Et ils sont très jeunes, ils seront encore là dans quatre ans ! », savourent Pierre-Anne, qui ne manque pas de conseiller son cadet : « Profite à fond, on a une chance inouïe de vivre ça. On ne sait jamais combien de temps ça va durer. »
Le Marco est expédié depuis longtemps. La France est désormais à une marche d’une nouvelle finale qui pourrait hisser cette équipe parmi les plus grandes sélections de l’histoire, à l’égal de l’Allemagne des années 80 et du Brésil des années 90. En ce qui concerne les Bleus, la génération Mbappé a déjà placé celles de Platini et Zidane dans le rétroviseur.
