
Coupe du monde 2026 : « La Fifa ne se soucie pas de l’environnement » ?
Wyland réclame 25 millions de dollars (21,6 millions d’euros) à la Fifa après que l’instance a effacé l’une de ses œuvres d’art à Dallas pour la remplacer par une publicité pour la Coupe du monde. Selon Scientists for Global Responsibility, cette Coupe du monde devrait générer plus de 9 millions de tonnes de CO2, soit presque deux fois plus que le Mondial au Qatar.

De notre envoyé spécial à Boston,
La FIFA pourrait-elle être contrainte de verser 25 millions de dollars (21,6 millions d’euros) à un artiste dont elle ignorait sûrement l’existence ? C’est en tout cas la demande de Wyland, après que l’instance internationale a récemment effacé l’une de ses œuvres d’art à Dallas (Texas) pour la remplacer par une publicité pour la Coupe du monde. L’œuvre en question, une immense fresque murale représentant des baleines, avait pour but de sensibiliser à la protection des océans.
À l’aube de cette 23e édition du Mondial, la préservation des océans et, plus largement, de l’environnement, semble être le dernier des soucis de la FIFA. Celle-ci a choisi d’organiser, pour la première fois, une Coupe du monde dans trois pays, avec 48 équipes et 40 matchs supplémentaires, engendrant ainsi de nombreux voyages en avion. « On pensait que l’édition au Qatar serait la pire, mais cette Coupe du monde est un véritable désastre écologique. C’est le tournoi le plus polluant jamais organisé. La FIFA se moque de l’environnement », déclare Peter Crisp, membre de l’organisation Fossil Free Football.
Pour la phase de poules, la Belgique devra parcourir plus de 3 000 km en quelques jours entre Seattle, Los Angeles, Vancouver et leur camp de base à Renton (Washington). Au total, cette Coupe du monde devrait générer plus de 9 millions de tonnes de CO2, soit presque deux fois plus que le Mondial au Qatar, ce qui équivaut aux émissions d’un pays comme le Luxembourg sur une année, selon Scientists for Global Responsibility.
Une lettre ouverte de joueurs à la FIFA
Ajoutons qu’en 2024, la FIFA a conclu un partenariat avec l’entreprise saoudienne Aramco, « responsable de plus de 4 % des émissions totales entre 1965 et 2017 », selon Fossil Free Football. Les chercheurs de Scientists for Global Responsibility estiment que les émissions liées à cet accord de sponsoring avec Aramco, qui pourra diffuser son message pro-énergies fossiles tout au long du Mondial, devraient atteindre près de 30 millions de tonnes de CO2.
« D’un côté, la FIFA signe les accords de Paris sur le climat et de l’autre elle collabore avec la plus grande entreprise de pétrole au monde, explique Sofie Junge Pedersen, international danoise ayant joué à la Juve ou à l’Inter, engagée pour la protection de la planète. Les actions ne sont pas en accord avec leurs discours. »
Il semble loin le temps où Gianni Infantino, président de la FIFA, affichait, lors de la COP26 à Glasgow en 2021, sa « détermination à lutter contre le réchauffement climatique ». En 2022, il promettait un tournoi au Qatar à bilan carbone neutre, des engagements qui lui avaient d’ailleurs valu d’être critiqué par la Commission suisse sur la loyauté pour des « fausses promesses climatiques ». Pour cette édition qui se déroule au Canada, aux États-Unis et au Mexique, il n’y a visiblement aucune promesse inexacte ou de greenwashing très tôt, le mal est déjà fait.
Dans ce contexte, les joueurs devront affronter des vols plus ou moins longs et subir des chaleurs extrêmes (plus de 35 °C) tout en jouant en pleine après-midi. Et les deux pauses fraicheur par match, plus profitables pour augmenter les recettes que pour la santé des joueurs, ne changeront rien à la situation. « Les joueurs sont forcés de jouer dans des conditions dangereuses pour leur santé, reprend Peter Crisp. Ils doivent parler de ces enjeux. »
Dans l’attente du soutien de gros noms
Heureusement, certains joueurs commencent à s’élever contre la situation, comme le Norvégien Mortern Thorsby, qui affrontera la France le 22 juin à Philadelphie. Lui et 135 autres joueurs professionnels ont envoyé une lettre ouverte à la FIFA et à son président, Gianni Infantino, pour appeler à protéger davantage les joueurs de ces conditions extrêmes et, surtout, pour que l’instance prenne des mesures concrètes en faveur de l’environnement.
« On se trouve face à la compétition la plus polluante de l’histoire et nous avons l’impression que la FIFA ne prend pas cela au sérieux, nous explique Sofie Junge Pedersen, l’une des signataires. Nous allons vraiment dans la mauvaise direction. De plus en plus de joueurs prennent conscience de cette cause, car nous ressentons de plus en plus les impacts du changement climatique lorsque nous jouons au football. »
Parmi les 135 joueurs et joueuses professionnelles ayant signé cette lettre ouverte, pour le moment restée sans réponse, seul Thorsby, qui s’est engagé depuis plusieurs années dans la lutte pour la protection de l’environnement, participe à cette Coupe du monde 2026. Pour que ce combat prenne un peu plus d’ampleur, le soutien d’un ou plusieurs grands noms serait souhaitable.
« Les joueurs peuvent faire la différence, assure David Wheeler, footballeur anglais ayant joué à Queens Park Rangers ou Portsmouth et membre des 135. Plus il y aura de noms connus, mieux ce sera ; ce sont probablement ceux qui peuvent avoir le plus d’influence dans la société, même si cela semble fou de le dire. Nous avons le soutien d’experts scientifiques, il suffit de quelques grandes personnalités et que les médias relaient cette cause pour mettre un peu plus de pression sur la FIFA. »
« Peu de gens conscients de la gravité de la situation »
En dehors de quelques déclarations médiatiques sur les vagues de chaleur qui touchent le continent américain et pourraient impacter le jeu, la majorité des joueurs reste silencieuse sur le réchauffement climatique, la protection de l’environnement et les énergies fossiles. « Mais c’est un problème global, reprend Wheeler. Peu de gens, y compris les joueurs, sont conscients de la gravité de la situation. Tout le monde devrait plaider pour une décarbonation et une réduction drastique des énergies fossiles. »
Alors, comme c’était le cas au Qatar en 2022, lorsque l’équipe allemande a protesté en faveur des droits humains avant un match, pourrait-on voir des actions pour le climat durant cette Coupe du monde ? « Je serais ravie de voir des sélections ou même des fédérations aborder ce sujet, indique Pedersen. Peut-être que cela se produira si certains joueurs souffrent trop de la chaleur ou si une situation extrême se produit. »
Notre dossier sur la Coupe du monde 2026
« Nous devons continuer à demander des changements, insiste-t-elle. Si des joueurs affichent leur soutien à des organisations qui œuvrent pour un football plus écoresponsable, c’est déjà un premier pas… Un joueur qui s’exprime pour la santé de la planète, c’est important. Si nous perdons l’espoir, que va-t-il se passer ? »
