
Comment devenir mafieux ? La série « Gomorra : les origines » répond.
Dans les années 1970, Naples, et plus précisément le quartier de Secondigliano, se présente comme un lieu où la pauvreté et l’espoir d’évasion cohabitent. C’est dans ce contexte difficile que s’ouvre Gomorra : les origines (Gomorra : Le origini), un préquel de la série emblématique Gomorra. Diffusée à partir du 24 août sur Canal+, cette série en six épisodes explore les origines du pouvoir de la Camorra, en se demandant comment un adolescent de 15 ans peut devenir le redoutable Don Pietro Savastano.
La réalisation, en partie assurée par Marco D’Amore, connu pour son rôle de Ciro Di Marzio dans la série originale, s’accompagne d’un scénario coécrit avec Leonardo Fasoli, Maddalena Ravagli et Roberto Saviano. Loin de glorifier la mafia, la série s’attache à dépeindre un phénomène social et historique complexe. Elle met en lumière des éléments tels que la pauvreté structurelle, l’absence d’autorité étatique et l’attrait pour l’argent facile, qui expliquent l’attraction exercée par la mafia à cette époque.
Au cœur de l’intrigue se trouve Pietro, interprété par Luca Lubrano, un orphelin issu d’une famille d’accueil très démunie. Avec ses camarades, il survit par de petites infractions, mais nourrit le rêve de devenir comme Angelo « ’A Sirena » (Francesco Pellegrino), un jeune lieutenant charismatique qui domine le quartier pour le compte des Villa. Angelo incarne tout ce que Pietro désire : respect, richesse, charme et pouvoir. « Ce qui m’a fasciné dans mon personnage, c’est qu’il est assez différent des autres membres de la Camorra. Il est beaucoup plus complexe. Il a des nuances et des fragilités. Et je pense que c’est quelque chose d’unique », souligne Luca Lubrano.
La série illustre avec une précision presque clinique comment l’admiration de Pietro pour Angelo se transforme en ambition. En multipliant les « services » pour attirer l’attention, Pietro entre dans un monde qui dépasse la simple délinquance juvénile. Il s’initie au « système » lié au trafic de cigarettes, puis à l’héroïne. Parallèlement, l’histoire dévoile la rencontre entre Pietro et Imma, qui deviendra son épouse dans la série originale.
Visuellement, Marco D’Amore, co-créateur et acteur de Gomorra, réussit à transformer Naples en une vaste fresque sociale. Les scènes nous plongent dans les rues de la ville, entre les voitures anciennes, évoquant un territoire en déshérence où la Camorra exploite le vide laissé par l’État. « C’était merveilleux de retrouver les téléphones anciens, les cabines téléphoniques, se remémore Francesco Pellegrino. Tu peux t’imaginer dans des situations qui sont impossibles à vivre. Et à chaque fois que j’entendais la parole »action », j’étais dans les années 1970. »
La bande sonore, mêlant chansons populaires italiennes et rock américain, ainsi que les références culturelles de l’époque, recréent avec soin une jeunesse du sud de l’Italie fascinée par les États-Unis et leurs symboles. Dans Gomorra : les origines, la Camorra n’est pas encore l’organisation mondialisée que l’on connaît dans la série originale, mais plutôt une économie illégale qui émerge pour survivre dans une région laissée à l’abandon par le système politique.
