
Colombie : Human Rights Watch dénonce Facebook et TikTok pour l’enrôlement d’enfants dans les groupes armés.
Les réseaux sociaux sont au cœur d’une controverse majeure en Colombie, où ils sont accusés de faciliter le recrutement d’enfants par des groupes armés. Dans une enquête publiée cette semaine, l’ONG Human Rights Watch (HRW) met en lumière l’incapacité de plateformes comme Facebook et TikTok à empêcher la diffusion de contenus incitant des mineurs à rejoindre ces organisations. Selon HRW, les algorithmes de ces réseaux semblent même favoriser cette propagation.
Depuis plus de soixante ans, le pays est le théâtre d’un conflit armé où guérillas et narcotrafiquants ont régulièrement enrôlé des jeunes issus de milieux défavorisés. Toutefois, l’usage croissant des réseaux sociaux a exacerbé cette problématique, avec 1.500 cas documentés de recrutement d’enfants depuis 2021, d’après des statistiques officielles.
Les données révèlent que plus de 30 % des jeunes recrutés par ces groupes ont entre 10 et 14 ans, et près de la moitié proviennent de communautés indigènes. Les filles, représentant 40 % des cas, sont particulièrement vulnérables aux violences sexuelles.
HRW souligne que la glorification de la vie au sein des groupes armés sur les réseaux sociaux joue un rôle clé dans ce phénomène. Des publications montrent des criminels exhibant des liasses de billets et des bijoux, ou encore se filmant dans des camps tout en écoutant des « narcocorridos », des chansons qui célèbrent le milieu du trafic de drogue.
Mathew Charles, directeur de la fondation « Mi historia », qui accompagne les jeunes victimes du conflit, a déclaré lors d’une conférence de presse à Bogota que ces groupes réussissent à « vendre un style de vie » attractif, en promettant protection et gains rapides. Il a insisté sur la nécessité pour l’État et la société civile de dénoncer ces mensonges et de proposer des discours alternatifs.
Juanita Goebertus, directrice de HRW pour les Amériques, a également exprimé que les plateformes numériques doivent prendre conscience de leur rôle dans le recrutement d’enfants. Elle a précisé que ces outils sont utilisés non seulement pour des délits, mais aussi pour des crimes de guerre. L’ONG a alerté Meta, la société mère de Facebook, ainsi que ByteDance, propriétaire de TikTok, sur cette problématique. Les deux entreprises ont affirmé avoir supprimé les contenus signalés par HRW. Meta a ajouté qu’elle s’efforçait d’améliorer ses mesures contre le recrutement de mineurs, tandis que ByteDance a assuré qu’elle prenait des mesures proactives pour empêcher l’utilisation de sa plateforme par des groupes armés.
