France

Canicule : risques de bactéries et « goût piscine » dans l’eau du robinet ?

Lors de la dernière vague de chaleur, l’eau froide a été mesurée à plus de 30°C dans certains appartements parisiens, alors que la limite maximale est fixée à 25°C. Dans le Val-d’Oise, lors de la précédente canicule, environ 8.000 habitants du Vexin ont temporairement été privés d’eau du robinet et ont reçu des bouteilles.


Tout comme les infrastructures électriques, le réseau d’eau potable subit les conséquences des canicules à répétition. Dans certains appartements parisiens, l’eau froide a été mesurée à plus de 30°C lors de la dernière vague de chaleur, alors que la limite maximale est fixée à 25°C pour éviter la prolifération de bactéries. En conséquence, les habitants ont été invités à ne pas boire l’eau, le temps que la situation revienne à la normale.

Dans un guide sur la « maîtrise du risque de développement des légionelles », publié en 2012, le ministère de la Santé rappelle que depuis 2007, « la température de l’eau froide doit être inférieure à 25 °C ». Au-dessus de ce seuil, le développement de la légionelle est favorisé, bien que cette bactérie ne « s’attrape pas » par ingestion, mais par inhalation de gouttelettes, notamment lors des douches. Elle « meurt » au-delà de 55 °C, ce qui justifie la recommandation de ne pas baisser la température de son chauffe-eau.

Concernant la qualité de l’eau, Rémy Thalamy, chargé de formations et d’études en production d’eau potable à l’Office International de l’Eau (OiEau), explique à 20 Minutes que « si une température de 25 °C est une référence de qualité, un dépassement n’est pas systématiquement néfaste ». Il souligne toutefois deux problèmes principaux.

Le premier concerne le chlore utilisé pour désinfecter l’eau. « Lorsqu’on désinfecte au chlore, il y a normalement un peu de perte, mais il a tendance à dégazer dans une eau à température plus élevée ». En d’autres termes, il faut en ajouter davantage pour obtenir le même niveau de désinfection. De plus, une eau plus chaude présente « un risque de développement accru de bactéries », insiste Thalamy.

Cette situation est plus problématique pour les ressources prélevées en milieu ouvert, comme les lacs ou les rivières, et gérées dans des installations aériennes telles que des châteaux d’eau ou des canalisations extérieures. « Cela se produit également en ville lorsque les canalisations ne sont pas suffisamment enterrées ou se trouvent sous des matériaux de remblais, qui peuvent transmettre la chaleur accumulée par le bitume en surface », précise l’expert.

Si le traitement de l’eau est adéquat, une eau dépassant 25 °C ne pose pas de danger. Cependant, elle peut avoir un « goût de piscine », prévient le spécialiste. Ce goût provient du « dégagement de chloramine », un sous-produit résultant de la réaction entre le chlore et les bactéries. Ce phénomène se produit toute l’année, mais il est plus perceptible lorsque la température de l’eau est plus élevée. L’eau fraîche, en effet, engourdit les papilles gustatives, atténuant voire supprimant ce goût.

Au-delà de la qualité de l’eau, la question de la quantité de la ressource se pose, alors que près de cent départements sont sous restrictions de consommation en raison d’alertes sécheresse. Dans le Val-d’Oise, par exemple, lors de la précédente canicule, environ 8.000 habitants du Vexin ont temporairement été privés d’eau du robinet et ont reçu des bouteilles, avant qu’une ancienne source ne soit remise en service pour répondre à une hausse de 30 % de la consommation.