France

Canicule : Pourquoi les logements français ne disposent-ils pas de volets en ville ?

Une étude publiée par le bureau d’études Pouget Consultants et le groupement Ignes révèle que près d’un logement sur deux en France est considéré comme une véritable « bouilloire thermique ». Selon le baromètre Verian-Somfy publié le 10 juin, 17,5 % des Français utilisent régulièrement des couvertures de survie sur leurs fenêtres pour occulter le soleil.

Mais où sont les volets pour nous protéger de ce soleil ardent ? Alors que la France fait face à une nouvelle vague de chaleur, de nombreuses façades manquent cruellement de protections solaires. Une étude réalisée par le bureau d’études Pouget Consultants et le groupement Ignes, portant sur près de 9 millions de diagnostics de performance énergétique (DPE), révèle qu’un logement sur deux en France est considéré comme une « bouilloire thermique ». La surchauffe dans ces logements est presque exclusivement due au manque de protections solaires extérieures. Selon cette étude, 43 % des logements sont insuffisamment équipés en volets ou stores extérieurs, un taux qui atteint même 50 % pour les maisons. Mais pourquoi est-il si difficile de s’équiper ?

Historiquement, les volets sont très répandus dans le Sud pour protéger les habitations du soleil, à l’instar des pays méditerranéens. En effet, « deux mètres carrés de vitrage équivalent à 1 kW de chauffage allumé en permanence dans le logement. Ce n’est pas anecdotique », explique Philippe Blin, du réseau Monsieur Store et membre du Groupement Actibaie, à 20 Minutes. En revanche, le Nord et les grandes métropoles ont été conçus pour capter la lumière et résister au froid, négligeant complètement le confort en été. Cependant, avec le dérèglement climatique, cette organisation géographique ne suffit plus.

Une double contrainte en milieu urbain

Alexis Damia, responsable des affaires publiques chez Somfy, une entreprise pionnière dans le domaine de la maison connectée, confirme cette disparité : « Je viens de Narbonne et j’ai grandi avec des volets que l’on fermait pendant la journée. Mais ce n’est pas le cas en région parisienne, en Bretagne ou à Lille. Cette mentalité doit changer. » Les projections des professionnels montrent que le chantier pour améliorer cette situation est considérable. Estimant le parc français à environ 380 millions de fenêtres, seuls 140 à 150 millions sont actuellement protégés.

Malgré l’urgence de la situation, les citadins désireux de s’équiper font face à de nombreux obstacles. En ville, l’absence de volets est liée à deux contraintes principales : d’une part, les règles de copropriété qui nécessitent l’accord des assemblées générales, et d’autre part, les règles d’urbanisme. Dans des villes comme Paris, Lyon, Bordeaux ou Marseille, obtenir le feu vert d’un Architecte des Bâtiments de France (ABF) peut parfois s’apparenter à un véritable parcours du combattant.

« Une incitation à agir sans autorisation »

Philippe Blin déplore cette lourdeur administrative au quotidien. Il est constamment confronté à des incertitudes : « Certaines demandes sont acceptées, d’autres refusées, parfois même un projet demandé est d’abord rejeté puis finalement validé. Cela manque de cohérence. » Il évoque le cas d’une résidence neuve à Vincennes, où l’installation de stores pour protéger des baies vitrées a d’abord été rejetée par l’architecte des bâtiments de France, avant d’être finalement acceptée un an plus tard. « L’idée n’était pas de mettre du rose fluo ni des éléments hors de propos », déplore-t-il, soulignant que les clients ont perdu un an pour parvenir au même résultat. Cette complexité administrative incite certaines personnes, selon lui, à « envisager de passer à l’acte sans autorisation ».

Les retours défavorables concernent des projets inadaptés, pas le principe des volets

La problématique des règles administratives ne se limite pas uniquement aux métropoles. « Actuellement, un logement sur trois est impacté par un avis des Architectes des Bâtiments de France », indique Alexis Damia. Une contrainte qui s’applique aux zones dites de « covisibilité », dès qu’un bâtiment historique est visible à plus d’un kilomètre. Par conséquent, cela concerne 22 % des zones urbaines et 21 % des zones rurales.

Du côté des Architectes des Bâtiments de France, on réfute tout blocage dogmatique en affirmant que les règles visent à maintenir une cohérence urbaine. L’institution précise à 20 Minutes que « les avis défavorables concernent des dispositifs inadaptés, pas le principe des volets ». Les principaux points de friction portent souvent sur des projets de volets roulants en aluminium sur des bâtiments traditionnels, lorsque les coffres externes nuisent à l’harmonie des façades.

Pour les ABF, le changement climatique doit plutôt amener à redécouvrir les atouts de l’architecture traditionnelle (inertie, ventilation naturelle, persiennes). Ils affirment que « la réhabilitation du patrimoine constitue elle-même une réponse à l’adaptation au changement climatique ».

Les solutions de bricolage face à la chaleur

En attendant une plus grande flexibilité administrative ou l’accord de leur copropriété, de nombreux Français se tournent vers des solutions de bricolage. Selon un baromètre Verian-Somfy publié le 10 juin, 17,5 % des Français utilisent régulièrement des couvertures de survie sur leurs fenêtres pour se prémunir du soleil. Philippe Blin suggère également quelques astuces pour ceux qui sont privés de volets :

« « Quelle que soit la technique utilisée, tant que c’est entre le soleil et le vitrage, vous coupez le rayonnement et la chauffe. Si vous le faites à l’intérieur, il est déjà trop tard. Tous ceux qui le peuvent mettent un drap, une couverture de survie, peu importe si cela semble ridicule, cela fonctionnera. » »

Pour ceux qui n’ont pas d’accès à l’extérieur, comme en étage élevé ou sous une verrière, la seule solution reste d’installer une protection de couleur blanche à l’intérieur de la pièce afin de réfléchir un maximum de chaleur vers l’extérieur.