France

Canicule : Les fortes chaleurs pourraient-elles ne pas aggraver la pénurie d’œufs ?

Les amateurs d’œufs pourraient avoir encore plus de mal à trouver les fameuses boîtes alvéolées dans les prochaines semaines en raison de la première canicule – inédite en mai – qui touche aussi les animaux d’élevage. En 2003, les pertes pour la filière avicole en terme de mortalité se sont élevées à 45 millions d’euros.


Dans les semaines à venir, les consommateurs d’œufs pourraient rencontrer des difficultés pour se procurer les emblématiques boîtes alvéolées. Cette première canicule – sans précédent en mai – affecte également les animaux d’élevage tels que les vaches laitières et les poules pondeuses. Cela pourrait impacter la production d’œufs, déjà touchée par des pénuries dues à une hausse de la consommation (+ 5 % entre 2024 et 2025) et à une réglementation plus stricte.

« Une vague de chaleur, en particulier la première de l’année, peut avoir un impact significatif sur la production d’œufs, car la poule réagit à la chaleur notamment en réduisant sa consommation de nourriture si la température de l’élevage n’est pas correctement contrôlée », explique Anne Collin, directrice de recherche à l’Inrae, experte en biologie aviaire et en aviculture. En raison du stress subi, la physiologie et le métabolisme de la poule se réorientent vers des fonctions vitales plutôt que vers la reproduction, donc vers la production d’œufs, précise la chercheuse.

### Des œufs plus fragiles

Lorsque les poules doivent supporter une température constante de 32 °C, cela peut entraîner une diminution de 15 à 30 % de la production d’œufs, selon la durée de la vague de chaleur et les possibilités de périodes de récupération plus fraîches. « La vague de chaleur affecte les humains et les animaux, souligne Yves-Marie Beaudet, président de l’interprofession française des œufs. Je ne pense pas que cela puisse provoquer une pénurie, mais des tensions, oui, car on produit qui se vend bien. »

La chaleur influe également sur la qualité des œufs, entraînant une coquille plus fragile si un apport en calcium n’est pas fait. « Pour les poules pondeuses, selon nos retours de terrain, les œufs sont plus petits et plus fragiles, car leur métabolisme sociocalcique est perturbé par la chaleur, indique David Renaudeau, zootechnicien à l’Inrae Bretagne-Normandie. Des œufs moins bien valorisés, avec des risques de déclassement, engendrent également une perte de revenus pour l’éleveur. »

### Une surmortalité liée aux conditions d’élevage

Les conséquences de cette canicule peuvent perdurer même après sa fin. Les poules retrouvent un rythme normal de ponte après 1 à 2 jours, mais « un impact sur le poids du jaune peut se prolonger pendant une dizaine de jours », ajoute Anne Collin.

Les vagues de chaleur peuvent également causer une surmortalité parmi les animaux d’élevage. Bien qu’il faille patienter pour obtenir des données sur la surmortalité liée à cette canicule, « en 2003, les pertes pour la filière avicole en matière de mortalité ont atteint 45 millions d’euros », rappelle David Renaudeau.

Les conditions de transport peuvent contribuer à la surmortalité. Sur Instagram, l’association Futur a dénoncé mercredi l’immobilisation de centaines de poules dans un camion pendant huit heures sur un parking à Strazeele, près de Lille, sous une chaleur écrasante. L’association a constaté la mort de certains oiseaux.

### Des adaptations nécessaires

Néanmoins, comme le souligne Anne Collin, les leçons de 2003 ont été prises en compte : les pratiques des éleveurs ont évolué et des améliorations ont été apportées aux équipements, notamment concernant le contrôle de la température, la ventilation des bâtiments et la gestion de l’eau. À l’extérieur, les poules peuvent adapter leur comportement en sortant durant les périodes plus fraîches et en cherchant de l’ombre si des arbres sont présents.

« Nous essayons d’aider les poules à supporter ces chaleurs », confirme Yves-Marie Beaudet, également aviculteur en Bretagne. Il évoque la mise en place de systèmes de brumisation, l’ajustement des horaires de repas et des compléments dans l’eau pour fournir des sels minéraux. « Le changement climatique aura des impacts variés sur les productions nécessitant des adaptations dans les filières avicoles », insiste Anne Collin, que ce soit en termes de qualité de l’alimentation, d’augmentation des risques sanitaires ou face à la fréquence des événements météorologiques extrêmes.