
Canicule : « Les arbres ont soif en permanence »… Risque de pénurie de pommes cet été ?
« Lorsque je consulte les prévisions météorologiques, je ne vois que sécheresse, sécheresse, sécheresse. C’est alarmant. » Laurent Rougerie, président de l’AOP Pommes du Limousin et exploitant de 80 hectares de vergers, exprime une « forte inquiétude » concernant la production de pommes à venir. La filière, qui regroupe 150 producteurs, s’attend à une chute de 20 % de sa récolte, prévue pour début septembre.
Cette prévision est corroborée par Thierry Moisy, producteur de pommes dans la région du Val-de-Loire et président de l’Association nationale pommes poires (ANPP), qui représente 1.400 producteurs et 80 % de la production nationale. Début juillet, l’Agreste, le service de la statistique du ministère de l’Agriculture, avait déjà annoncé une baisse de 5 % de la production française de pommes de table, estimée à 1,52 million de tonnes. Cette diminution est en partie due à l’alternance naturelle des récoltes, mais les conditions climatiques extrêmes de cet été ont également joué un rôle déterminant. La question se pose désormais : la pomme, longtemps favorite des Français, sera-t-elle en quantité suffisante cet hiver ?
Les conséquences de cette sécheresse sont multiples. « Les conditions climatiques extrêmes entraînent une réduction de la récolte, tant en volume qu’en qualité, avec des pommes de plus petite taille », précise Rougerie. Les arbres, soumis à un stress hydrique, voient leur développement freiné. « Dans le meilleur des cas, les fruits ne grossissent pas ; dans le pire, ils subissent des brûlures et des coups de soleil sur une partie significative de leur surface », ajoute Moisy, qui souligne également les dégâts causés par les pucerons cendrés.
Grégory Favier, cultivateur dans les Hautes-Alpes, témoigne d’une situation sans précédent. Son exploitation, l’EARL Béranger, s’étend sur dix hectares de pommes et autant de poires, situés entre 600 et 800 mètres d’altitude. « Pour la première fois en vingt-cinq ans, nous avons dû intensifier l’arrosage à deux fois par semaine, soit 50 mm d’eau. Les arbres souffrent, ils ont soif en permanence », explique-t-il. Les techniciens de la chambre d’agriculture mesurent la croissance des fruits chaque semaine, et les résultats sont préoccupants : au lieu des 4 à 5 millimètres habituels, certaines pommes ne gagnent que 3 millimètres cette saison. « C’est une double peine pour les cultivateurs, car une taille réduite se traduit par une moindre valorisation », souligne Rougerie.
L’irrigation devient cruciale face à cette crise. Depuis la sécheresse de 2003, 75 % des vergers de l’AOP Limousin sont irrigués par goutte-à-goutte, mais cette année, ce système s’avère insuffisant. Certaines exploitations sont déjà à sec. « Je n’ai jamais vu mes réserves d’eau aussi basses à cette période de l’année », confie Rougerie. Moisy rappelle que pour protéger les arbres des gelées printanières et favoriser le développement des fruits, il faut environ 5.000 mètres cubes d’eau par hectare, ce qui représente des investissements conséquents. Malgré le statut de la France en tant que grande productrice de pommes, il déplore une baisse de la productivité par hectare, aggravée par cette récolte difficile. « Nous avons besoin de moyens pour protéger et produire nos récoltes, c’est une nécessité absolue. Il est crucial de pouvoir stocker davantage d’eau », insiste-t-il.
Dans les Hautes-Alpes, Favier s’inquiète pour l’avenir. « Ce stress hydrique va-t-il affecter le développement des bourgeons cet hiver ? Est-ce que dans dix ou quinze ans, nous pourrons encore cultiver des pommes et des poires dans notre vallée ? » En fin août, il commencera la récolte des pommes Gala, suivies des Golden, des Granny Smith, et enfin des Pink Lady en novembre, une variété récemment introduite pour s’adapter aux changements climatiques. D’ici là, il espère des nuits fraîches et des journées moins chaudes pour permettre aux arbres de se ressourcer.
