
Canicule : Décès, hôpital, enfermement… Un nouveau Covid ?
En mars 2020, 218.000 patients ont été hospitalisés pour le Covid-19, et 167.664 décès ont été constatés en France entre le 18 mars 2020 et le 30 juin 2023, selon Santé publique France. En juin 2026, Santé publique France a annoncé une « hausse de 29,1% » des décès entre le 22 et le 28 juin, correspondant à « 2 025 décès supplémentaires par rapport à la semaine précédente ».
Urgences engorgées, hausse de la mortalité, événements annulés et réorganisation rapide du baccalauréat… Cela vous rappelle quelque chose ? Six ans après le désordre causé par la pandémie de 2020, certains citoyens français ressentent une impression de « déjà-vu ». Cependant, l’ennemi n’est plus un virus, mais la chaleur. Et si la canicule devenait notre nouveau Covid ? 20 Minutes a scruté ses archives pour établir une comparaison entre ces deux crises… et le parallèle est frappant.
Des hôpitaux envahis
Covid en mars 2020 : Construction d’un hôpital de campagne militaire, réquisition des cliniques privées, mobilisation de la réserve sanitaire, et recensement des vétérinaires disponibles… Face à l’augmentation des cas, le ministère de la Santé met tout en œuvre pour libérer des lits afin d’accueillir les « covidés ». Pendant des semaines, chaque soir, on dénombre les lits occupés et on applaudit les soignants depuis les fenêtres. Au total, 218.000 patients ont été hospitalisés pour le Covid-19 cette année-là, d’après l’Agence technique de l’information sur l’hospitalisation.
Canicule de juin 2026 : Pas de virus, mais toujours une forte température. Au cours de la semaine de canicule, les urgences ont reçu de nombreux cas de malaises, déshydratations ou hyperthermies. Pour y faire face, le gouvernement a activé le niveau 3 du plan Orsan, le 25 juin, niveau maximal de mobilisation sanitaire. À Rennes, où le thermomètre a dépassé les 40 °C, le plan blanc a été mis en œuvre dès le lundi. Selon un journaliste rennais, le Samu 35 a reçu 2.908 appels le 25 juin : « un record absolu, plus d’appels que pendant le Covid », s’est alarmé Matthieu Revest, directeur médical de crise. Néanmoins, bien que l’intensité de cette canicule soit inédite, la crise demeure temporellement limitée : certes, cette vague de chaleur a semblé interminable, mais elle n’est rien comparée aux mois de surchauffe dus aux « vagues » de Covid.
Une mortalité augmentée
Covid en mars 2020 : Le Covid-19 a causé 167.664 décès en France entre le 18 mars 2020 et le 30 juin 2023, selon Santé publique France. Chaque jour, le pays dénombre ses morts. À la mi-avril 2020, au pic de la crise, on dénombre près de 1.500 décès quotidiens. Ajoutons à cela des services de réanimation totalement saturés, peinant à gérer l’afflux de malades.
Canicule de juin 2026 : Bien que les chiffres soient à confirmer, cette canicule pourrait déjà s’avérer meurtrière. Vendredi, Santé publique France a communiqué avoir observé « une hausse de 29,1 % » des décès entre le 22 et le 28 juin, équivalant à « 2.025 décès supplémentaires par rapport à la semaine précédente ». L’organisme a également indiqué que ces données seraient probablement révisées à la hausse. Certes, les chiffres ne sont pas encore comparables à ceux du Covid, car le « pic » est plus court, mais que se passera-t-il si les vagues de chaleur se multiplient et s’intensifient ?
Des pompes funèbres débordées
Covid de mars 2020 : « Les employés des pompes funèbres font également partie de ces métiers essentiels qui doivent continuer à fonctionner alors que la France entière se confine. Exposés mais sous-équipés, mobilisés mais peu soutenus, certains ont déjà des inquiétudes quant à l’avenir, dès le troisième jour de confinement », écrivait 20 Minutes le 18 mars 2020. Le nombre de décès est sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale, et enterrer ces morts (sans enfreindre le confinement et donc risquer d’augmenter les courbes) constitue un défi. « Trop c’est trop. On court tout le temps, on travaille à un rythme effréné », confiait le 3 avril 2020 un gérant d’une entreprise de pompes funèbres dans le Haut-Rhin.
Canicule de juin 2026 : Ce week-end, les deux funérariums intra-muros de Paris ont affiché un taux d’occupation de 100 %, contraignant les professionnels à transférer les corps vers la grande couronne. Des villes comme Nantes ou Valenciennes ont connu une même augmentation d’activité. Cependant, ces saturations sont régionales et temporaires. Pour les acteurs du secteur, les deux dernières semaines ressemblent plus à la canicule de 2003 qu’à la pandémie.
(Im)préparation des gouvernements
Covid de mars 2020 : C’est le scandale des masques et des lits. Alors qu’Agnès Buzyn, alors ministre de la Santé, se voulait rassurante au début de 2020, l’État a dû réquisitionner tous les stocks de masques le 4 mars. Quelques jours plus tard, son successeur Olivier Véran admet qu’il ne restait que 110 millions de masques en stock… contre un milliard dix ans plus tôt.
Canicule de juin 2026 : Actuellement, le problème concerne les climatiseurs. Sophie Binet (CGT) a dénoncé « une absence totale d’anticipation de la part de l’État », tandis que la députée Sandrine Rousseau a annoncé le dépôt d’une motion de censure par les Écologistes contre « un gouvernement qui gère tout aussi mal quelque chose de prévu ». Face aux critiques d’impréparation, Sébastien Lecornu a défendu le gouvernement : « L’ensemble de la chaîne a tenu ». Il s’est réjoui que le système énergétique ait résisté malgré une hausse de 25 % de la consommation liée à la climatisation. Pour apaiser la colère des soignants en détresse, il a promis la livraison de 30.000 climatiseurs et a annoncé la création d’un plan « Orsec chaleur extrême ».
Impact sur le travail et l’école
Covid de mars 2020 : On se rappelle comme si c’était hier : Emmanuel Macron annonce un confinement pour tenter d’endiguer la propagation du virus. La société essaie (autant que possible) de se réorganiser : enseignement à distance, télétravail à grande échelle ou chômage partiel… Les épreuves du baccalauréat et du brevet sont annulées au profit du contrôle continu.
Canicule de juin 2026 : Pour certains parents, cette canicule a ravivé des souvenirs récents. Des épreuves du bac ont été réorganisées à la hâte, de nombreuses écoles ont fermé en raison des températures extrêmes dans certaines classes. Les parents ont dû s’adapter rapidement. Toutefois, cette fois, le télétravail n’a pas toujours été la solution retenue : bon nombre d’enfants ont accompagné leurs parents au bureau pour profiter d’un peu de climatisation. De la même manière que le Covid a lancé le débat sur le télétravail, le ministre du Travail souhaite même un moment de « réflexion » sur les horaires pendant les vagues de chaleur, à l’instar de l’Espagne.
Bernard Arnault aussi touché
Non, nous plaisantons, mais la comparaison pourrait s’étendre encore longtemps : les difficultés croissantes pour les personnes les plus précaires et isolées, la situation dans les établissements pénitentiaires, l’émergence de théories du complot…
