Canicule : « 54 degrés dans la serre, jamais vu ça » selon un maraîcher breton
Le thermomètre affiche plus de 40 degrés dans la serre d’Eric Bocel, qui a également relevé 54 degrés hier dans les serres en verre. La dalle de béton au pied du bâtiment s’est soulevée de 20 centimètres sous l’effet de la chaleur.
Le thermomètre affiche plus de 40 degrés lorsque Éric Bocel nous conduit dans sa serre. À l’intérieur, la température y est identique à celle de l’extérieur. Les plantes de tomates, d’aubergines et de concombres, tout comme nous, souffrent de la chaleur excessive. « C’était pire hier. J’ai relevé 54 degrés dans les serres en verre, qui sont pourtant les plus aérées. Je n’ai jamais vu ça. »
Pour la deuxième fois de la journée, le maraîcher basé à Pacé, à l’ouest de Rennes, va tenter un léger rafraîchissement grâce à la méthode du « bassinage ». « On vient arroser en aérien pendant cinq ou six minutes. Cela fait immédiatement redescendre la température de six ou sept degrés », explique le maraîcher. Cependant, cet effet ne dure que quelques heures.
« C’est certain qu’il y aura une baisse de la production »
En examinant de plus près les plants de tomates cerises, il constate que certains fruits ont brûlé. « Quand ils ne sont pas protégés par le feuillage, ils crament au soleil. Dans ces cas-là, c’est perdu. » Il désigne une grappe de fleurs qui a été grillée par la chaleur extrême. Celle-ci, comme bien d’autres, ne donnera pas de fruits.
« C’est certain qu’il y aura une baisse de la production », avertit l’agriculteur. Car dans ces conditions, la plante survit plus qu’elle ne produit. « Pour les légumes d’été comme la tomate, le concombre, l’aubergine, la courgette ou les haricots verts, l’idéal est d’avoir entre 25 et 28 degrés. Là, c’est beaucoup trop. La plante se met en sommeil, elle n’arrive plus à transpirer, donc elle se bloque », continue-t-il.
Des craintes face au manque de pluie
Pour éviter de perdre sa récolte, Éric Bocel n’a guère d’autre choix que d’arroser toutes ses cultures le soir, lorsque la température retrouve enfin un certain répit. Le maraîcher espère que la pluie reviendra rapidement pour humidifier ses sols et remplir ses nombreuses réserves d’eau. « Sinon, ce sera très compliqué pour les légumes d’hiver. Certaines plantations ont dû être reportées. Nous ne pouvons pas planter des choux, des poireaux ou des carottes pour les brûler en plein soleil. Alors nous attendons. »

Réputé pour la qualité de ses légumes, particulièrement appréciés des restaurateurs de la région de Rennes, le maraîcher ne se plaint pas. Pas plus que sa femme Dominique, bien que celle-ci soit contrainte de travailler à l’extérieur sous des températures tropicales. « Nous devons nous ménager, mais nous ne pouvons pas prendre trop de retard dans nos plantations. Ce qu’il faudrait, c’est baser nos horaires sur l’heure solaire. Si nous sortons à 14 heures, il est midi au soleil. C’est une aberration, c’est à ce moment que la chaleur est la plus forte. On voit bien que ceux qui prennent les décisions sont des bureaucrates installés dans des bureaux climatisés », confie Dominique en préparant des bottes de carottes destinées au marché le lendemain.
La dalle se soulève de 20 centimètres
Aux heures les plus chaudes, les équipes trouvent refuge autant que possible sous le hangar de stockage, où la température avoisine les 30 degrés. Une chambre froide reste la seule option pour conserver les salades fraîches, les pommes de terre nouvelles ou les betteraves cuites. Au pied du bâtiment, la dalle en béton sur laquelle les engins circulent s’est soulevée de 20 centimètres en raison de la chaleur. « C’est du jamais vu. Et nous sommes en Bretagne ! », s’interroge Éric Bocel.

Le Breton a repris l’exploitation familiale en 1990. Son père, qui l’aide encore un peu au quotidien pour la préparation des légumes, a observé l’évolution du climat. « Il constate bien que le temps change. Plus ça va, plus nous connaissons des périodes d’excès. Trop d’eau, trop chaud, trop froid. Chaque année, nous faisons face à des situations difficiles. » De quoi interroger le couple. « Si notre fils reprend l’exploitation, il devra peut-être envisager les choses différemment », avance Dominique Bocel. Si la situation n’était pas aussi préoccupante, on pourrait plaisanter en lui suggérant de cultiver des avocats, des bananes ou de l’ananas.
