
Allemagne : L’AfD peut-elle toujours être qualifiée de « néonazi » ?
Le terme « néonazi » est sur toutes les lèvres depuis le bouleversement politique survenu en Allemagne ce dimanche. L’Alternative pour l’Allemagne (AfD), dirigée par Ulrich Siegmund, a remporté l’élection régionale en Saxe-Anhalt avec un score impressionnant, marquant ainsi une première historique pour un parti d’extrême droite dans le pays depuis 1945.
Les résultats de ce scrutin ont suscité de vives réactions en France, où de nombreuses figures politiques, telles que Manuel Bompard de La France Insoumise et l’ancien ministre Bruno Le Maire, ont exprimé leurs inquiétudes face à cette victoire perçue comme celle de « néonazis ». Sarah Knafo, de Reconquête, a quant à elle rejeté cette étiquette, soulevant la question de la pertinence de cette accusation à l’égard de l’AfD.
Il est indéniable que l’AfD se positionne comme un parti d’extrême droite. Étienne Dubslaff, maître de conférences à l’université de Nanterre, explique que la classification des partis en Allemagne repose sur des rapports des services de renseignement et des décisions judiciaires, ce qui a conduit à reconnaître l’AfD comme « particulièrement extrémiste ». Ce constat est d’autant plus significatif qu’il marque une étape inédite depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
L’origine de l’AfD, fondée en 2013 par d’anciens membres de la CDU, était celle d’un parti eurosceptique et ultralibéral. Cependant, la crise migratoire de 2015 a catalysé une radicalisation de ses positions, avec une montée de la xénophobie. Dubslaff souligne que le parti a connu plusieurs vagues de radicalisation interne, devenant de plus en plus critique envers la politique d’accueil des migrants d’Angela Merkel. En 2023, des membres de l’AfD, dont Siegmund, ont même discuté de projets d’expulsion massive d’étrangers, y compris d’Allemands d’origine étrangère. L’une des promesses phares de Siegmund était d’expulser les immigrés en situation irrégulière « dès la première minute ».
L’AfD propose également des révisions des programmes scolaires pour minimiser l’enseignement sur le IIIe Reich, afin de réduire ce qu’ils appellent un « complexe de culpabilité » permanent.
Contrairement à des partis comme le Rassemblement national en France, qui ont cherché à se dédiaboliser, l’AfD choisit une radicalisation ouverte. Bien qu’elle n’ait pas encore franchi certaines lignes rouges, comme le révisionnisme flagrant, le parti flirte avec des limites dangereuses. Dubslaff rappelle que des déclarations de figures comme Alexander Gauland, qui a loué les soldats nazis, témoignent de cette tendance.
Des références à Hitler et au IIIe Reich sont fréquentes, avec des exemples de « dog whistles » qui passent inaperçus pour le grand public mais qui sont clairs pour les initiés. En 2018, Gauland a même publié une tribune qui paraphrasait un discours d’Hitler. Plus récemment, une affiche de campagne a suscité la controverse en raison de son apparence évoquant des gestes nazis.
L’AfD est également accusée d’entretenir des relations avec des groupuscules néonazis violents. Bénédicte Laumond, spécialiste des radicalités d’extrême droite, confirme ces liens. La question de l’interdiction du parti pourrait se poser, mais la complexité de la situation actuelle, avec le soutien populaire dont bénéficie l’AfD, rendrait une telle démarche difficile. Dubslaff évoque des parallèles avec le débat en France sur la condamnation de Marine Le Pen, soulignant les défis juridiques et politiques que cela impliquerait.
