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Affaire Jubillar : Les confidences de Cédric relancent la piste de l’assassinat.

Elle avait partagé son récit à la télévision ainsi qu’à la barre de la cour d’assises. À l’époque, Cédric Jubillar ne cessait de clamer son innocence. Aujourd’hui, le témoignage de Jennifer C., qui a été en couple avec le peintre plaquiste entre 2021 et 2025, prend une tournure frappante. Alors que les analyses ADN ont confirmé ce dimanche que les ossements retrouvés dans le Tarn sont bien ceux de Delphine Jubillar, les révélations de la jeune femme résonnent avec une inquiétante précision et relancent la question d’une éventuelle préméditation.

À l’époque, elle avait rapporté que son compagnon lui avait avoué avoir tué Delphine et avoir déposé son corps à « 15 minutes ou 15 kilomètres » du domicile conjugal. « Il me dit qu’il ne reste que des os, qu’elle est dans une ferme, dans un champ, qu’il n’a pas eu à faire de trou, qu’elle est recouverte de quelque chose », avait-elle détaillé sur BFM. La découverte, jeudi, de deux fémurs en lisière d’un bois à Mailhoc, formellement identifiés par l’ADN ce dimanche, vient renforcer la crédibilité de son récit.

Cependant, au-delà de la localisation du corps, c’est l’intentionnalité qui pourrait faire débat. Sur RTL, Jennifer C. affirmait que Cédric Jubillar lui avait confessé un acte « prémédité », expliquant avoir choisi délibérément la soirée de la finale d’une émission de télévision pour se créer un alibi. En revanche, depuis ses récents aveux, le peintre plaquiste tente de soutenir la thèse d’une dispute qui aurait dégénéré, évoquant un « passage à l’acte irréfléchi » lors d’un « débordement émotionnel très fort ».

Pour Jacques Dallest, magistrat honoraire et ancien procureur de la République à Marseille, la stratégie de la défense est claire : « Une dispute qui a mal tourné », c’est ce que l’on appelle des coups mortels, et la peine encourue n’est plus que de vingt ans. À mon avis, ses avocats vont plaider cela.

Concernant la thèse de l’assassinat soutenue par les révélations de l’ex-compagne, le magistrat tempère l’impact juridique d’un témoignage unique. « Pour l’instant, le chef d’accusation est meurtre. Meurtre sur conjoint ou assassinat, c’est la même peine, c’est la perpétuité. Mais c’est un élément à prendre en compte qui sera sûrement discuté durant le procès. Cependant, cela ne repose que sur la déclaration d’un témoin. La préméditation est souvent difficile à établir. »

Alors que les avocats de la défense et des parties civiles jugent « impossible » la tenue du procès en appel le 21 septembre prochain à Toulouse, Jacques Dallest offre une analyse différente. « Tout dépendra du souhait de la présidente de la cour d’assises qui a ordonné un supplément d’information compte tenu des aveux de Cédric Jubillar. Contrairement à ce que certains pensent, on ne rouvre pas l’instruction. Je pense que le procès pourra reprendre le 21 septembre. L’instruction a eu lieu, il a changé de version, toutes les expertises psychiatriques ont été réalisées. Je ne vois pas pourquoi nous repartirions dans des auditions de témoins, une reconstitution, etc. »

Pour ce spécialiste du droit pénal, la brièveté des constatations matérielles limite les actes à accomplir. « Nous avons retrouvé deux fémurs, c’est tout. J’ai l’impression que nous ne retrouverons rien d’autre, pas même le crâne. Les recherches ont été clôturées. Et les analyses des restes ne permettront sans doute pas de connaître les causes de la mort. Tout reposera sur ses explications. »

Jennifer C. sera vraisemblablement réentendue pendant le procès en appel. « Les témoins entendus lors du premier procès seront convoqués pour le second. Pendant les débats, Cédric Jubillar sera largement interrogé sur ce qui s’est réellement passé, et sur une éventuelle préméditation… qu’il ne reconnaîtra pas », prévoit le magistrat honoraire.

* « Mémoire criminelle, les confidences d’un magistrat », à paraître le 13 août aux éditions Mareuil, 22 euros.