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À Roland-Garros, le boycott des stars du tennis ne décolle pas.

La menace de boycott est évoquée par des joueuses et joueurs du circuit mécontents de la répartition des revenus entre les tournois du Grand Chelem et les acteurs du jeu. Iga Swiatek a déclaré : « Il faut voir déjà leurs réactions. Si on fait quelque chose qui n’est pas positif, je ne crois pas que ce soit très bien. »

À Roland-Garros,

La phrase a surgi presque de nulle part alors que Loïs Boisson tardait à arriver pour sa conférence de presse avant le tournoi, vendredi matin. « Bon alors, qui fait grève ? On ne sait même pas qui fait grève », ont remarqué deux journalistes engagés dans LA discussion du moment à Roland-Garros, en parallèle de l’état de santé d’Arthur Fils, à savoir la menace de boycott exprimée par les joueuses et joueurs du circuit mécontents de la répartition des revenus entre les tournois du Grand Chelem et les acteurs du jeu. Bien que la dotation des prize money ait augmenté de 9,5 % par rapport à l’année dernière, le pourcentage reversé par les tournois majeurs aux joueurs pourrait descendre en dessous de 15 %, très loin des 22 % de rétrocession revendiqués dans une lettre adressée aux quatre organisateurs, un chiffre appliqué par l’ATP et la WTA lors des Masters 1000 mixtes.

La « grève » évoque ici une rumeur d’action plus ou moins coordonnée pour perturber le media day, rituel où les athlètes se présentent les uns après les autres à la presse avant le début du tournoi. Utiliser le terme sabotage semble excessif, car il s’agit en réalité de limiter les conférences de presse à 15 minutes.

C’est d’autant plus ironique que ces conférences atteignent rarement ce temps imparti, comme l’a souligné le journaliste Ben Rothenberg en publiant les durées des pré-conférences de presse de l’Open d’Australie. Parmi les têtes d’affiche, seul Novak Djokovic a légèrement dépassé le quart d’heure, tandis que les figures de proue de la contestation, Jannik Sinner et Aryna Sabalenka, ne dépassaient pas les dix minutes. On ne sait pas si la Bélarusse a réduit son temps de parole vendredi par conviction ou par habitude. Les revendications sont exprimées de manière si peu affirmée que les journalistes ont dû interroger les joueurs un à un pour savoir s’ils boudaient ou non.

Swiatek, Rublev et Fritz très flous sur le boycott

À ce jour, on est donc plus près d’un coup de communication que d’un mouvement soutenu par la CGT et Force ouvrière, ce qui a conduit l’Américain Reilly Opelka à se moquer de cette démarche. « Nous en sommes à deux étapes du super plan de Larry Scott (l’ancien directeur de la WTA qui conseille les joueurs dans leur stratégie). D’abord, écrire une lettre à laquelle personne n’a répondu, ensuite menacer de quelque chose (un boycott) dont tout le monde sait qu’il n’aura jamais lieu, et après ? Pas de conférence de presse pendant Roland-Garros, ça va sûrement marcher ! »

En outre, même si le contenu du message trouve une résonance forte chez les acteurs, l’idée d’un véritable appel au boycott pour peser sur le rapport de force avec les Grands Chelem ne semblait pas avoir pris de l’ampleur ce vendredi. Taylor Fritz, par exemple, se dit « impliqué avec tous les autres [dans les discussions sur le prize money], comme à peu près tous les grands joueurs », et estime que les joueurs « ont été assez patients, plutôt corrects dans leurs demandes et [ils ont] tous le sentiment que c’est un manque de respect et qu'[ils sont] ignorés », mais refuse d’utiliser la menace du boycott. « Je ne suis pas sûr de vouloir être amené sur ce terrain-là […] je ne veux pas agiter cette menace parce que, si je dis cela, il faut que je le pense vraiment. »

Andrey Rublev partage également ce constat. Le Russe a expliqué longuement les raisons de son mécontentement, les courriels envoyés aux instances restés sans réponse, et que les Grands Chelem « ne sont pas ceux qui apportent le plus d’aide », mais il a pris peu de risques pour conclure : « nous sommes ouverts à la communication et la balle est dans leur camp. S’ils ne veulent pas nous entendre, nous réfléchirons aux prochaines étapes pour être entendus. »

Iga Swiatek s'est exprimée sur les revendications des joueuses et joueurs en matière de redistribution des revenus des tournois du Grand Chelem
Iga Swiatek s’est exprimée sur les revendications des joueuses et joueurs en matière de redistribution des revenus des tournois du Grand Chelem - Loic Baratoux/ZUMA/SIPA

Une prudence dans l’escala de la situation se retrouve également chez Swiatek : « Il faut voir déjà leurs réactions. Si on fait quelque chose qui n’est pas positif, je ne crois pas que ce soit très bien. Ça n’a pas vraiment de sens, non ? On peut peut-être essayer d’insister un peu plus, pour obtenir ce dont on a besoin, pour que le tournoi soit davantage prêt à nous écouter et à engager le dialogue. »

Boisson et Moutet pas concernés par les protestations

On se demande où se trouvent les nombreux joueurs « prêts à boycotter » qu’évoquait Madison Keys mi-mai. Spoiler : pas en France. « Je n’y prends tout simplement pas part, parce que je n’y connais rien », a reconnu honnêtement Loïs Boisson. De son côté, Corentin Moutet reste fidèle à son statut d’électron libre. « Moi, je ne fais partie d’aucun mouvement. C’est un sport individuel. S’il y avait un mouvement, je pense que tous les joueurs se seraient unifiés bien plus tôt. C’est un sport individuel, tout le monde défend ses intérêts. »

Quoi qu’il en soit, les quelques courageux qui souhaiteront boycotter à l’avenir devront s’attendre à n’être suivis que partiellement. Dans le meilleur des scénarios, les discussions entre Larry Scott, Gilles Moretton et Amélie Mauresmo pourraient aboutir à un nouvel accord apaisant. Mais quel intérêt à agir quand la menace faite semble si fragile ? Et le cas échéant, que faire si rien ne change ? Jannik Sinner a la réponse : « On verra ! »