France

À Rennes, une crèche ne veut pas de paille contre la canicule.

La future crèche Bois-Perrin, à Rennes, offrira la possibilité aux enfants de passer 80% de leur temps en extérieur. Le coût de la construction de cette crèche de 36 places collectives et 24 places d’accueil familial est estimé à environ 5 millions d’euros.

Des crèches devenues irrespirables ont dû fermer. Qui aurait pu imaginer un tel scénario pour la France il y a dix ou quinze ans ? À cause de chaleurs record dépassant 42 °C, notre pays a été contraint de fermer les écoles et crèches où la température était devenue trop élevée. Depuis ces tragiques journées de chaleur intense, la France semble réaliser une réalité pourtant signalée par les scientifiques. Le climat se réchauffe, et l’homme devra s’adapter ainsi qu’ajuster son habitat. Face à ce défi monumental, des solutions existent pour rendre nos bâtiments plus résilients face à ce changement. Un exemple se trouve à Rennes, où une crèche innovante a été conçue pour mieux résister au sein d’un quartier en pleine transformation.

La future crèche Bois-Perrin, à Rennes, offrira la possibilité aux enfants de passer 80% de leur temps en extérieur.  - Agence Guinée-Potin

Entre deux vagues de chaleur, Rennes a symboliquement posé la « première botte de paille » de ce futur bâtiment conçu pour réduire son empreinte carbone. Très végétalisée, utilisant des matériaux biosourcés, intégrant des installations photovoltaïques et ayant un recours limité au béton, la crèche se veut exemplaire. L’un des secrets de ce bâtiment construit dans la ZAC Bois-Perrin réside dans ses murs en ossature bois. Plutôt que d’utiliser de la laine de verre ou de roche pour l’isolation, les promoteurs du projet ont opté pour un matériau naturel et simple. « La paille est utilisée depuis longtemps pour isoler des bâtiments. C’est un matériau local, peu coûteux et avec une bonne résistance thermique [le fameux coefficient R]. Le défi, c’est de l’adapter à des établissements recevant du public tels que les crèches », explique Meïla Feddal, chargée du projet pour l’agence Guinée-Potin.

Des tests concluants pendant la fournaise

Pour être autorisée, la paille doit obligatoirement être protégée par des plaques de plâtre à haute densité de chaque côté, afin de minimiser le risque d’incendie, et son utilisation reste généralement limitée aux murs verticaux. Comme la laine de bois ou la ouate de cellulose, l’isolant des « trois petits cochons » présente des performances thermiques particulièrement adaptées aux fortes chaleurs. Et non, elle ne s’envole pas si on souffle dessus. « Nous avons déjà livré quelques bâtiments conçus de cette manière. La semaine dernière, il y faisait 26 ou 27 °C alors qu’il faisait plus de 42 °C dehors. Ça démontre que cela fonctionne », assure Hervé Potin, l’architecte. Une performance presque inégalée hors des bâtiments climatisés. Si la paille résiste si bien, c’est parce qu’elle peut laisser entrer et sortir l’air tout en le filtrant. Associée à un bardage en bois et à une ventilation adéquate, elle peut donc freiner la montée des températures tout en permettant au bâtiment de respirer.

De la paille pour isoler les murs à ossature bois. C'est la solution adoptée à Rennes pour la construction d'une crèche taillée pour résister aux fortes chaleurs.
De la paille pour isoler les murs à ossature bois. C’est la solution adoptée à Rennes pour la construction d’une crèche taillée pour résister aux fortes chaleurs.  - C. Allain/20 Minutes

Pour protéger la crèche de la chaleur, la paille ne sera pas seule. Conçu en orientation nord-sud, l’accueil de petite enfance sera épargné du rayonnement tardif du soleil sur sa façade ouest. Avec un préau sur sa face sud, le bâtiment laissera entrer la lumière en hiver tout en bloquant le rayonnement solaire en été. Des lucarnes permettront de ventiler le bâtiment la nuit, sans risque d’infraction. Et un vaste espace extérieur arboré de 900 m² offrira aux enfants la possibilité de faire leur sieste en extérieur.

Une construction plus longue… et plus chère

Ces choix auront néanmoins un coût : environ 5 millions d’euros pour la crèche qui comptera 36 places collectives et 24 places d’accueil familial. « La paille en elle-même n’est pas très coûteuse mais la conception du bâtiment est plus lente. Il est nécessaire de surveiller régulièrement le taux d’hygrométrie pour éviter qu’elle ne soit trop humide ou trop sèche », précise Meïla Feddal.

L'isolation à la paille est une solution écologique qui est encore assez peu développée en France. Alors qu'elle affiche de très bonnes performances thermiques.
L’isolation à la paille est une solution écologique qui est encore assez peu développée en France. Alors qu’elle affiche de très bonnes performances thermiques.  - Maylis Rolland/Hans Lucas/AFP

Selon Arnaud Stéphan, conseiller municipal de Rennes délégué à la Petite enfance, il s’agira de « la deuxième crèche municipale en semi plein air », après celle ouverte à Lyon. « La place à l’extérieur sera plus grande qu’à l’intérieur pour que les enfants passent un maximum de temps dehors. » C’est également cela, l’adaptation de l’homme à son environnement.

Notre dossier sur l’urbanisme

Il convient de noter que la paille peut également être utilisée dans des bâtiments plus grands. À Rennes, un immeuble de dix étages est en construction dans le quartier de La Courrouze. Pour son isolation, l’agence nantaise Guinée-Potin a également choisi la paille locale. Un matériau qui devrait continuer à faire parler de lui.