Belgique

Un navire vers la Russie a-t-il quitté Anvers avec des explosifs ?

Le Service général du renseignement et de la sécurité (SGRS) estime que la présence d’un objet suspect sur la coque du méthanier Arrhenius est « probable », au terme d’une analyse approfondie des images disponibles. Le SGRS ne peut pas confirmer qu’il s’agit d’explosifs, ni déterminer à quel moment du trajet l’objet aurait pu être fixé.


Le Service général du renseignement et de la sécurité (SGRS) considère la présence d’un objet suspect sur la coque du méthanier Arrhenius comme « probable » après une analyse minutieuse des images disponibles.

Le SGRS ne peut pas confirmer qu’il s’agit d’explosifs ni préciser à quel moment de son trajet l’objet aurait pu être fixé. Néanmoins, cette analyse relance plusieurs hypothèses, allant d’une opération de désinformation russe à d’éventuelles tentatives de sabotage en rapport avec la guerre en Ukraine.

L’Arrhenius est un méthanier effectuant des transports réguliers de gaz naturel liquéfié en provenance de Russie.

### Les allégations de la Russie

Le 25 mai dernier, le Service fédéral de sécurité de Russie (FSB), l’un des principaux services de renseignement du pays, a déclaré avoir détecté des mines accrochées à l’Arrhenius. En provenance d’Anvers, le navire était entré le mercredi 20 mai dans le port d’Oust-Louga, à l’ouest de Saint-Pétersbourg.

Les services russes d’enquête affirment que lors d’une inspection de la partie sous-marine de la coque, « les plongeurs ont découvert des mines magnétiques marines fabriquées dans un pays de l’OTAN ».

Pour soutenir ses accusations, le FSB a diffusé des vidéos et des photographies de l’Arrhenius et des dispositifs explosifs prétendument retrouvés, des images dont l’authenticité ne peut être vérifiée indépendamment.

La Russie écarte la possibilité que les mines qu’elle prétend avoir neutralisées aient été placées dans ses eaux. Elle insiste sur le temps que l’Arrhenius a passé aux alentours du port d’Anvers. « Lors de l’interrogatoire du capitaine du navire, il est apparu que celui-ci avait dû patienter environ un jour et demi dans une zone de mouillage avant d’entrer au port, en raison d’une grève des dockers », notent les services russes.

### La présence d’un objet sur la coque à Anvers d’abord exclue

En Belgique, le Service public fédéral (SPF) des Affaires étrangères a rapidement rejeté les insinuations liant la présence présumée d’un dispositif explosif à l’escale du méthanier à Anvers. Sollicité par la RTBF le 28 mai, le département a indiqué que « les images disponibles montrent au contraire que le navire a quitté Anvers sans qu’un tel élément ne soit visible, ce qui indique qu’il n’était très probablement pas présent lors de son escale en Belgique ».

L’administration a ajouté que « l’hypothèse d’une installation à Anvers ne repose donc sur aucun élément tangible et apparaît peu crédible, d’autant plus que la configuration observée est compatible avec une mise en place ultérieure, après le départ du navire ». Le ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, cité le lendemain par l’agence de presse Belga, a maintenu cette position.

La RTBF, souhaitant traiter ce sujet d’actualité, a demandé les images du navire à sa sortie du port d’Anvers. Entre le 29 mai et le 4 juin, des échanges ont eu lieu avec plusieurs cabinets ministériels, mais chacun a finalement renvoyé la demande vers un autre, sans suite.

### Une image laisse penser le contraire ; un objet « probablement » accroché

Cependant, quelques semaines plus tard, la situation évolue. La RTBF a réussi à obtenir une image de la coque du navire lors de son départ de la zone portuaire d’Anvers, le 26 mai en milieu de matinée. Contrairement aux premières affirmations, cette image captée par une caméra du port suggère qu’un objet était probablement accroché au navire à cette date.

La photo ci-dessus provient d’un document du SGRS (Service général du renseignement et de la sécurité), le service belge de renseignement militaire et extérieur. Daté du 10 juin, marqué « sensible » mais « non classifié », il circule au sein de divers cabinets et administrations. Le parquet fédéral en est également informé.

Contacté par la RTBF pour savoir s’il avait ouvert une enquête, le parquet a confirmé « qu’une enquête est en cours à ce sujet ». « Nous ne ferons pas d’autre commentaire à ce stade », a-t-il précisé.

Dans le document, le SGRS relate l’analyse des images disponibles.

« Il est probable qu’un objet ait été fixé sur l’Arrhenius. Nous ne pouvons pas confirmer qu’il s’agisse d’explosifs. L’emplacement de l’objet visible sur les images prises dans le port d’Anvers correspond à celui visible sur les images de la zone de mouillage près d’Oust-Louga », indique le SGRS.

Un interlocuteur ne souhaitant pas être nommé a noté que ce changement significatif d’appréciation découle d’un approfondissement des recherches. Une première évaluation avait été réalisée rapidement à partir de captures d’écran, après quoi plusieurs experts en imagerie et en navigation ont fait un examen détaillé des séquences vidéo.

Sur les images obtenues par la RTBF, la présence d’un objet reste difficile à distinguer.

### Éléments conclusifs

Si l’hypothèse d’une tentative de sabotage se révélait exacte, elle impliquerait qu’un allié de la Belgique a conduit secrètement une opération pouvant nuire à la sécurité et à la réputation du port d’Anvers, un site crucial pour l’économie du pays.

En résumé, la constatation de la présence probable d’un objet sur l’Arrhenius apporte un nouvel éclairage au dossier. Aucune conclusion définitive ne peut cependant être tirée à ce stade, l’enquête judiciaire étant en cours.

Contacté par la RTBF, le SGRS n’a pas souhaité commenter les informations contenues dans sa note, et les Affaires étrangères, ainsi que les autres cabinets ministériels contactés, n’ont pas voulu réagir.