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Ukraine, Iran : la pénurie d’intercepteurs de missiles à longue portée pourrait changer les conflits

Dans la nuit de mardi à mercredi, la région de Kiev a été le théâtre d’une des attaques les plus dévastatrices depuis le début du conflit. Selon le chef de l’administration militaire régionale, au moins 17 personnes ont perdu la vie et 44 autres ont été blessées à la suite des frappes russes. Ces bombardements ont également provoqué des incendies dans des entrepôts et d’autres infrastructures logistiques.

Alors que l’invasion de l’Ukraine par la Russie dure depuis plus de quatre ans, les hostilités s’intensifient des deux côtés, touchant de plus en plus de civils. L’ONU a signalé que le mois de juin 2026 a été le plus meurtrier depuis avril 2022, avec un nombre croissant de frappes de missiles balistiques, qui sont particulièrement difficiles à intercepter. Les systèmes américains Patriot sont actuellement les seuls capables de contrer ces menaces, mais l’Ukraine en possède très peu et fait face à une pénurie de munitions, exacerbée par le conflit entre les États-Unis et l’Iran.

Le rapport quotidien de l’armée de l’air ukrainienne, publié ce mercredi 4 août, a révélé que l’Ukraine n’a pas réussi à intercepter un seul missile russe lors de cette attaque. L’armée russe a tiré 115 drones et 28 missiles à haute vitesse, dont des missiles balistiques. Bien que 98 drones aient été abattus, aucun missile n’a pu être neutralisé.

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a exprimé son inquiétude quant à la situation auprès de ses alliés. Fin juillet, il avait fait un déplacement à la Maison Blanche pour négocier l’achat de systèmes d’interception Patriot. Initialement, Donald Trump avait donné son accord, mais a ensuite exprimé des réserves, soulignant la nécessité de faire preuve de « beaucoup de prudence » avant de prendre une décision.

Zelensky a déclaré sur Telegram que « des intercepteurs de missiles balistiques auraient pu sauver la vie de ceux qui sont morts aujourd’hui », exhortant ses partenaires à comprendre que tout retard dans la livraison de ces systèmes entraîne des pertes humaines.

Parallèlement, les États-Unis se trouvent confrontés à une réduction significative de leurs réserves de missiles à longue portée, ayant utilisé presque tous leurs stocks durant les récents conflits. Des experts interrogés par Reuters ont souligné que cette situation pourrait compromettre la capacité de Washington à répondre à de futurs conflits, notamment en cas d’escalade avec la Chine sur la question de Taïwan.

Les missiles ATACMS et PrSM, essentiels pour frapper des cibles à distance tout en préservant des vies humaines, sont particulièrement touchés. L’Ukraine utilise principalement des missiles ATACMS pour des frappes à l’intérieur du territoire russe.

Yannick Quéau, directeur du Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP), a confirmé que 65 % des intercepteurs Patriot américains avaient été utilisés entre février et juillet de cette année. Il a également mis en garde contre la baisse des stocks de missiles de croisière Tomahawk.

Ces missiles, bien que coûteux et lents à produire, offrent des avantages en termes de portée et de discrétion. Cependant, leur coût unitaire, supérieur à un million de dollars, soulève des questions sur la viabilité financière des États-Unis face à la menace croissante des drones iraniens. Selon Quéau, il pourrait falloir jusqu’à deux ans pour reconstituer ces stocks, à moins que des négociations ne soient menées avec des alliés pour récupérer des missiles.

La prolongation du conflit avec l’Iran a également conduit à une réflexion sur la stratégie militaire américaine. Pour préserver leurs réserves, les États-Unis pourraient devoir envisager d’autres méthodes d’attaque, comme des bombardements aériens, mais cela impliquerait des risques pour les pilotes.

Cette pression sur les capacités militaires américaines pourrait également influencer les relations avec leurs alliés, notamment en Europe, où il est suggéré que les pays doivent être prêts à assumer davantage de responsabilités.

En réponse, la Maison Blanche a affirmé que les États-Unis disposent de « bien plus de munitions que quiconque au monde ». De son côté, Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a dénoncé les « atrocités horribles » commises par la Russie et a annoncé un soutien financier supplémentaire pour l’Ukraine, s’élevant à 1,4 milliard d’euros.