
Festival international de Carthage : Sami Yusuf et la musique sacrée.
Le concert de Sami Yusuf, qui s’est tenu samedi dernier à Carthage, a offert une expérience musicale unique, marquée par un profond recueillement. Le public, attentif et concentré, a suivi avec ferveur les performances de cet artiste britannique, fervent promoteur de l’universalisme. Dans une ambiance empreinte de sérénité, les spectateurs ont pu apprécier des sonorités occidentales mêlées à des traditions sacrées variées, sans déhanchements ni chahuts.
L’orchestre « Les Métaboles », disposé en demi-cercle, a accompagné Sami Yusuf avec une palette instrumentale riche. Les cordes, incluant guitare, clavecin et violon arabe, se sont harmonieusement associées aux vents comme la flûte et la trompette, ainsi qu’aux percussions telles que la kora et le tabla. Aux côtés de l’artiste, une cantatrice à la voix envoûtante et un mounched au timbre puissant ont également contribué à cette performance, soutenus par une chorale. Ensemble, ils ont su transcender les frontières musicales, naviguant avec aisance entre le classique occidental et le contemporain, tout en intégrant des influences andalouses raffinées.
Durant près de deux heures, le concert a présenté un dialogue musical riche, reliant divers courants de la tradition soufie d’Anatolie, une région de la Turquie située entre la mer Noire, la Méditerranée et la mer Égée. Le programme, composé de douze titres, a exploré des chants soufis orientaux, des « Mouachahat » andalous et le « Qawwali », un chant dévotionnel d’Asie du Sud. Sami Yusuf a ouvert le bal avec « Veritas » et a clôturé avec « Ecstasy », en passant par des morceaux tels que « Sy Speech », « Al Andalous » et « We Love Life », ce dernier rendant hommage aux Palestiniens, notamment ceux de Gaza. Le public a également chanté en chœur « Lamma Bada », tandis que d’autres titres comme « Hasbi », « Rabbi », « Madad », « Ilahana » et « Un Corozon Bailando » ont évoqué les charmes de l’Andalousie.
Au fil de sa performance, l’artiste a rendu hommage à des figures emblématiques de la littérature arabe, telles qu’El Halaj et Mahmoud Derviche, soulignant ainsi les liens, bien que lointains, entre ces deux auteurs. Le public a été emporté dans un voyage musical rythmé, oscillant entre le « Mouachah » andalou et le « Samaâ » oriental. Originaire du Royaume-Uni d’une famille d’ascendance azérie, Sami Yusuf a grandi au contact de la poésie persane et azérie, intégrant dans sa musique des éléments arabes, turcs, persans et occidentaux.
Son héritage musical a su évoluer, proposant un « Samaâ » moderne et séduisant, créant ainsi un pont culturel entre différentes civilisations. Le répertoire varié de l’artiste a été chaleureusement accueilli par le public de Carthage, marquant un moment fort dans la programmation de cet événement.
