
Taïwan s’inspire de l’Ukraine pour se préparer à une guerre de drones contre la Chine
Taïwan observe avec une attention particulière la situation en Ukraine, notamment l’évolution des stratégies militaires dans le ciel ukrainien. Depuis le début de l’invasion russe en février 2022, les drones ont révolutionné la guerre moderne. Ces appareils, peu coûteux et faciles à produire en grande quantité, permettent à des forces moins puissantes de mener des opérations efficaces derrière les lignes ennemies, compliquant ainsi la tâche des adversaires.
À Taipei, cette dynamique est devenue une source d’inspiration pour les responsables militaires taïwanais, qui cherchent à appliquer les leçons tirées du conflit russo-ukrainien à une éventuelle confrontation avec la Chine. En ce moment même, Taïwan effectue ses manœuvres militaires annuelles, les Han Kuang, tandis que Pékin a récemment annoncé un exercice naval conjoint avec l’Indonésie dans les eaux à l’est de l’île. Cette zone est particulièrement sensible, car la Chine intensifie sa présence militaire autour de Taïwan. Le Général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès des Nations unies, souligne que les pressions exercées par Pékin sont constantes et prennent plusieurs formes, allant des survols aériens aux cyberattaques.
Face à ces menaces, Taïwan a récemment simulé des coupures d’Internet pour se préparer à d’éventuelles cyberattaques chinoises, subissant actuellement 2,63 millions d’attaques par jour. Ces exercices visent à renforcer la résilience de l’île face à une guerre hybride, qui semble déjà se manifester à travers des attaques ciblant des infrastructures stratégiques.
Lors des manœuvres Han Kuang, l’armée taïwanaise a dévoilé de nouveaux drones d’attaque de taille intermédiaire, similaires aux « munitions rôdeuses » utilisées par l’Ukraine. Ces drones sont conçus pour frapper des cibles après avoir passé plusieurs minutes dans les airs. Au lieu de rivaliser directement avec la puissance militaire chinoise, Taïwan cherche à rendre toute opération militaire chinoise extrêmement difficile. Dans ce cadre, les drones pourraient cibler les navires transportant des troupes et du matériel chinois vers l’île, perturbant ainsi les logistiques d’une éventuelle invasion.
Cette stratégie s’inscrit dans le concept militaire américain de « hellscape », qui vise à saturer le détroit de Taïwan de drones et de missiles pour désorganiser et rendre coûteuse toute tentative de débarquement chinois. Taïwan ambitionne de produire jusqu’à 100 000 drones par mois d’ici 2030, illustrant une évolution de sa doctrine militaire où la quantité pourrait surpasser la sophistication technologique.
L’expérience ukrainienne est particulièrement pertinente pour Taïwan, car elle démontre qu’une armée avec des ressources limitées peut infliger des pertes significatives à une puissance militaire supérieure. L’Ukraine a réussi à établir une industrie de drones capable d’adapter ses appareils aux besoins du champ de bataille, utilisant des drones aériens et navals pour frapper les lignes logistiques russes.
Le Général Trinquand note que de nombreux pays observent la situation en Ukraine pour renforcer leur propre défense. Il souligne que l’Ukraine est devenue un laboratoire militaire, illustrant l’importance d’automatiser divers services pour se défendre efficacement. Taïwan tire également des leçons sur l’importance d’une armée capable de fonctionner malgré des frappes sur ses infrastructures, intégrant des scénarios d’attaques contre les communications et les infrastructures essentielles dans ses exercices.
Cependant, la situation de Taïwan diffère de celle de l’Ukraine. En tant qu’île, Taïwan ne bénéficie pas d’une frontière terrestre pour recevoir des renforts en cas de conflit. Pékin pourrait imposer un blocus aérien et maritime, rendant la situation encore plus complexe. C’est pourquoi Taipei cherche à développer un grand nombre de systèmes autonomes capables de fonctionner même sous attaque.
Dans ce contexte, la récente annonce de manœuvres navales conjointes entre la Chine et l’Indonésie prend une dimension particulière. Ces exercices, qui se dérouleront à l’est de Taïwan, sont perçus par Taipei comme une manœuvre dangereuse visant à affirmer le contrôle chinois sur ces eaux. Le gouvernement taïwanais a dénoncé cette opération, soulignant qu’elle vise à donner l’impression d’une domination chinoise dans la région.
Le Général Trinquand ne prévoit pas d’escalade immédiate dans la région, affirmant que la Chine n’est pas encore prête pour un conflit. Il estime que Pékin adopte une stratégie d’étouffement, cherchant à dissuader Taïwan de revendiquer son indépendance en montrant que la soumission pourrait être plus avantageuse.
Finalement, Taïwan envoie un message clair : bien qu’il ne puisse pas égaler la puissance militaire de la Chine, il peut rendre toute offensive suffisamment risquée pour dissuader Pékin. La guerre en Ukraine a démontré que les invasions peuvent devenir beaucoup plus compliquées lorsque le défenseur utilise des technologies simples et adapte ses tactiques. En étudiant ce conflit, Taïwan espère éviter de devenir la prochaine cible, tout en continuant à préparer son armée face à la menace croissante de la Chine.
