France

Un lit dans le TGV et trois changes : le train pour Lourdes s’adapte aux pèlerins malades.

À 6h30, Catherine Bernard de Villeneuve, médecin bénévole, parcourt le quai de la gare Perrache à Lyon, lorsque le chef de la gare lui annonce un changement de dernière minute : le train spécial à destination de Lourdes, affrété par l’association Notre-Dame de l’Assomption et l’Hospitalité Notre-Dame de Salut, n’arrivera pas sur la voie habituelle A, mais sur la voie C. Cette modification, bien que mineure en apparence, complique considérablement la logistique de l’embarquement pour les 110 passagers, dont trois en fauteuil roulant. « D’habitude, ils s’installent tranquillement en attendant le départ. Là, il va falloir repenser toute l’organisation », souligne-t-elle.

Depuis avril, les bénévoles préparent ce déplacement exceptionnel, considéré comme le « plus grand pèlerinage de malades en France ». Ce train fait partie du Pèlerinage national, le plus ancien vers Lourdes, qui attire chaque année des milliers de fidèles pour la fête de l’Assomption, avec pour mission d’accompagner les malades et les personnes handicapées jusqu’au sanctuaire.

Thierry, bénévole depuis 1980, précise que la zone sud-est est particulièrement touchée, avec un grand nombre de personnes âgées et 46 individus en situation d’invalidité. À 6h45, les premiers pèlerins arrivent, souvent transportés par des ambulanciers. Avant d’embarquer, il est essentiel de gérer le matériel nécessaire pour les six jours à venir, le retour étant prévu le 17 août.

Les bénévoles s’affairent : certains effectuent des allers-retours entre les voies, tandis que d’autres étiquettent les affaires des nouveaux arrivants avec leurs noms et places dans le train. Carole, médecin urgentiste, insiste sur l’importance de vérifier que chaque malade ait son traitement et son pilulier. L’organisation, bien que déjà rodée, s’améliore chaque année. « Nous avons innové en imprimant des plans des voitures, collés aux portes des wagons, pour faciliter la localisation des places attribuées », explique Marc-Aurèle, responsable de l’organisation à bord. Les voitures 5 et 6 sont réservées aux bénévoles valides, tandis que la voiture 3, surnommée « l’ambulance », est dédiée aux malades et à leurs aidants.

La santé des passagers est une priorité. Les dossiers médicaux sont vérifiés à l’avance. « Une fois, une personne a oublié sa bouteille d’oxygène, mais une autre malade en avait une, et nous avons pu partager pendant le trajet », se souvient Carole. Des changements sont prévus au moins trois fois durant le voyage, ce qui influence le placement des passagers dans les wagons. « Nous pensons aux personnes que nous pouvons accompagner aux toilettes et à celles qui nécessitent un changement, que nous plaçons un peu plus loin », ajoute-t-elle. La présence de médecins à bord est indispensable, et Carole est accompagnée de ses parents, tous deux médecins.

Une fois sur la voie C, les bénévoles s’organisent pour transporter les personnes en fauteuil roulant. Thierry explique qu’ils ont dû se procurer un matériel spécifique pour naviguer dans les allées, car la plupart des passagers à mobilité réduite laissent leur fauteuil roulant pendant le trajet. « Avec la configuration des TGV, il n’y a pas assez d’espace. Nous utilisons les sièges de première classe pour les passagers assis, et pour d’autres, nous installons des lits », précise-t-il.

Depuis 2022, l’association dispose d’un TGV affrété. « Avant, nous avions des trains militaires avec des couchettes, mais sans climatisation. Maintenant, pour ceux que nous pouvons asseoir, nous le faisons, et pour les cas particuliers, nous trouvons des solutions », ajoute Thierry. Après le stress lié au changement de voie, le train part enfin à 8h05.

Concernant la gestion des places, la SNCF ne contrôle pas les titres de transport à bord, le personnel étant là principalement pour des missions de sécurité. « Ça change du quotidien, les gens sont aimables », sourit le chef de bord. Thierry précise que l’association loue le TGV et doit le remplir. Sur les 514 places disponibles, environ 300 ont été réservées pour ce pèlerinage, avec une partie des voitures utilisées pour stocker les fauteuils et les bagages.

L’association gère également le wagon bar, où des encas et des boissons ont été chargés. Les responsables du comité profitent d’une courte pause, mais Carole rappelle qu’il est crucial de vérifier si des changements sont nécessaires avant d’arriver à Marseille, car l’efficacité sera de mise.

À Marseille, l’arrêt à la gare Saint-Charles est l’un des plus chargés. « C’est là où nous embarquons le plus de malades », souligne Carole. Un temps d’une heure et quart est prévu pour l’embarquement, avec des chaises en plastique installées sur le quai pour le confort des pèlerins. Les bénévoles s’activent pour aider les passagers, manœuvrant parfois des fauteuils. Malgré les défis, le train spécial pour Lourdes parvient à partir à l’heure prévue, à 11h01. « C’est bien la première fois », s’exclame Marc-Aurèle avec satisfaction. Le train fera encore des arrêts à Nîmes, Montpellier et Carcassonne avant d’atteindre sa destination finale à 17 heures.