
Sous le Palais du Midi, deux abris antiaériens pour le métro 3 ?
La découverte récente d’abris antiaériens à Bruxelles soulève des préoccupations majeures quant à la préservation du patrimoine historique. Marion Alcerian, directrice de l’ARAU, a déclaré : « Ça fait quelques mois maintenant qu’on est sur la piste de l’existence de ces abris antiaériens« . Ces infrastructures, longtemps considérées comme des mythes urbains, ont été construites entre 1940 et 1943 et s’étendent sur 450 mètres carrés, pouvant accueillir jusqu’à 1500 personnes. Elles sont même antérieures à l’abri classé sous la place du Jeu de Balle, révélant ainsi une facette méconnue de l’histoire bruxelloise, mise en lumière par des témoignages récents et des recherches archivistiques.
Malgré leur importance historique, ces abris n’ont jusqu’à présent bénéficié d’aucune protection. La situation est d’autant plus préoccupante que le Palais du Midi, où se trouvent ces infrastructures, est situé sur le tracé du futur Métro 3. Ce projet, mené par la STIB, implique un démantèlement partiel de l’intérieur du Palais pour permettre la construction de la station Toots Thielemans.
L’urgence de la situation est soulignée par les défenseurs du patrimoine. Marion Alcerian s’inquiète : « Ce qui est intrigant, pour ne pas dire affolant, c’est de savoir que des travaux ont été déjà entrepris dans les souterrains […] alors même qu’on n’a pas vraiment approfondi la connaissance et l’histoire de ce bâtiment« . Au-delà de leur valeur architecturale, ces sites représentent un lieu de mémoire collective, ayant protégé les Bruxellois durant la Seconde Guerre mondiale.
Les militants du patrimoine font face à une opacité institutionnelle persistante. L’ARAU critique le refus de la Ville de Bruxelles, propriétaire des lieux, de fournir l’accès aux plans des souterrains. Marion Alcerian déplore : « Ça fait des mois qu’on demande un accès aux plans à différentes instances et services de la Ville de Bruxelles qui refusent« . Les demandes de classement formulées par l’association en 2023 et 2025 ont été rejetées par le gouvernement, qui a justifié cette décision par le risque d’entraver les travaux du tunnel.
Face à cette situation, l’ARAU exige une double action : la suspension immédiate des travaux souterrains et l’intervention de la Région pour initier un véritable travail archéologique. Dans un communiqué, l’association appelle les autorités communales à mettre un terme à ce qu’elle qualifie de « saccage patrimonial orchestré par la STIB« . La Ville de Bruxelles se retrouve ainsi à un tournant, devant justifier la destruction potentielle d’une partie de son histoire au nom de la mobilité.
