
Roland Lahaye de la CSC-Enseignement : « Jamais autant d’enseignants ne veulent quitter la profession »
La rentrée scolaire s’annonce délicate pour les établissements, selon Roland Lahaye, secrétaire général de la CSC-Enseignement. De nombreux directeurs d’écoles ont même dû écourter leurs vacances pour s’adapter aux nouvelles exigences. Le décret-programme 2, qui modifie en profondeur l’organisation scolaire, est à l’origine de cette complexité.
Un des changements majeurs concerne l’augmentation de la charge horaire des enseignants du secondaire supérieur, qui passe de 20 à 22 périodes. Cette décision, selon Lahaye, entraîne un effet domino sur l’organisation des horaires dans les établissements, affectant non seulement les enseignants concernés mais également leurs collègues des niveaux inférieurs.
L’impact de cette réforme se fera sentir dès janvier, lorsque les enseignants devront composer avec cette nouvelle charge. « La casse se fera sentir, à mon avis, dès la rentrée du mois de janvier », prédit Lahaye.
Les modifications des horaires pourraient également obliger certains enseignants à travailler dans plusieurs établissements, entraînant des déplacements supplémentaires et des frais de transport non pris en charge. « Quand vous êtes mobiles, il faut voir tous ces aspects-là », souligne-t-il.
Pour Lahaye, il existe un décalage entre les décisions prises au niveau macro par le gouvernement et leur application sur le terrain. « Quand on arrive au niveau micro et qu’on doit appliquer des mesures qui ont été prises au niveau macro, il y a de grandes difficultés », explique-t-il, évoquant les conséquences néfastes qui en découlent.
La situation pourrait également aggraver la pénurie d’enseignants. Alors que la ministre de l’Enseignement, Valérie Glatigny, assure qu’il n’y aura pas de pertes d’emploi, Lahaye conteste cette affirmation, affirmant que la pénurie sera exacerbée. Il reçoit de plus en plus d’appels d’enseignants souhaitant quitter leur profession, et il note que les jeunes enseignants partent de plus en plus tôt, parfois même après un an d’exercice.
Lahaye critique également la manière dont le gouvernement aborde la question des économies dans l’éducation. Selon lui, il est impératif de prévenir l’échec scolaire plutôt que de le constater. « Je lui rappelle toujours que l’échec coûte extrêmement cher et qu’il y avait là une opportunité de réduire l’échec », déclare-t-il.
Pour faire entendre leurs revendications, les syndicats prévoient des actions de sensibilisation dès cette semaine, avec un préavis couvrant la période du 17 août au 27 septembre. Des calicots seront visibles dans divers endroits de la Fédération Wallonie-Bruxelles, et une mobilisation plus large pourrait être organisée autour du 27 septembre.
Lahaye insiste sur le fait que la mobilisation ne doit pas nécessairement passer par des grèves. « Il ne faut pas tout de suite penser à des arrêts de travail ni à des grèves. On peut manifester autrement qu’en arrêtant de travailler », précise-t-il. Il envisage également la possibilité que d’autres secteurs, comme la justice et la santé, se joignent au mouvement.
En parallèle, la CSC-Enseignement prépare un recours devant la Cour constitutionnelle concernant le décret-programme 2, dont certaines dispositions pourraient être contestées. Lahaye rappelle que des recours similaires avaient déjà été gagnés concernant le précédent décret-programme.
Enfin, il déplore l’absence de dialogue social, qui est selon lui à l’arrêt. « Comme je dis, électroencéphalogramme plat, pendant les vacances, rien n’a bougé », déclare-t-il, appelant les ministres à renouer le contact avec les partenaires sociaux. La législature se poursuivant jusqu’en 2029, il est urgent de sortir de cette confrontation pour éviter une situation intenable.
