Belgique

Roberto Vannacci, général à la retraite, nouveau visage de l’extrême-droite italienne.

La diffusion par Roberto Vannacci d’une vidéo générée par intelligence artificielle a engendré une nouvelle controverse en Italie. Dans cette séquence, le militaire à la retraite apparaît en tant qu’empereur romain, assis au Colisée aux côtés de Giorgia Meloni. Au centre de l’amphithéâtre, quatre figures politiques attendent son verdict : Giuseppe Conte, leader du Mouvement 5 étoiles, Elly Schlein, secrétaire générale du Parti démocrate, Romano Prodi, ancien président du Conseil, et Laura Boldrini, ex-présidente de la Chambre.

Jouant sur l’imagerie des gladiateurs, Vannacci abaisse le pouce, scellant ainsi le destin des quatre personnalités politiques en les livrant aux lions. Cette séquence avait d’abord été publiée sur Instagram par le compte « Robertus Vannaccius », que plusieurs médias attribuent à un collaborateur de Vannacci, qui l’a ensuite relayée sur son propre compte.

La vidéo, à la mise en scène grandiose, introduit la violence dans une arène qui dépasse celle du Colisée, s’immisçant dans le débat politique. Largement commentée en Italie ces derniers jours, elle a suscité de vives réactions. La présidente du Conseil, Giorgia Meloni, débordée par Vannacci sur sa droite, a pris ses distances avec cette publication.

Roberto Vannacci sait utiliser une narration qui résonne auprès de nombre d’Italiens. Il parle au ventre des Italiens comme on dit.

Giulia Sandri, collaboratrice scientifique au Cevipol et professeure suppléante au département de philosophie et sciences sociales de l’ULB, estime que la polémique entourant la vidéo est due à son niveau de violence, « assez rare en Italie ».

Elle ajoute : « On peut critiquer Roberto Vannacci tant qu’on veut, mais c’est quelqu’un qui a un CV militaire et académique excellent. Il détient trois licences et deux Masters. Il a été général de division et a fait toute sa carrière dans la brigade parachutiste Folgore, un groupe d’élite de l’Armée de terre italienne. Il a été déployé en Afghanistan et en Irak. Il a aussi été attaché militaire à Moscou pendant deux ans… C’est quelqu’un qui sait utiliser une narration qui résonne auprès de nombre d’Italiens. […] Il parle au ventre des Italiens comme on dit. »

Un sens de la narration qui touche entre 6,5% et 7,5% des électeurs italiens selon les sondages, alors que Giorgia Meloni est au pouvoir depuis quatre ans et que Matteo Salvini, secrétaire général du parti d’extrême droite La Lega et vice-Premier ministre dans le gouvernement Meloni, est en perte de vitesse, notamment sur les réseaux sociaux.

Roberto Vannacci se vante d’une montée en puissance de sa base avec 130 000 inscrits à Futuro Nazionale le 23 juillet dernier, contre 80 000 fin mai. Des chiffres difficiles à vérifier.

On observe le même mécanisme de captation de l’électeur de droite insatisfait et mécontent de l’action du gouvernement de Giorgia Meloni.

Futuro Nazionale est-il en train de devenir la nouvelle Lega, alors que se profilent les élections législatives de 2027 ? Peut-on vraiment comparer Roberto Vannacci et Matteo Salvini ? « Oui et non. Non dans le sens où Futuro Nazionale n’a rien à voir avec la Lega de Salvini. Futuro Nazionale est un parti personnel. Il vient d’être créé – il n’existe que depuis six mois – et il n’est pas ancré dans le territoire », analyse Giulia Sandri.

« D’un autre côté, on observe le même mécanisme de captation de l’électeur de droite insatisfait et mécontent de l’action du gouvernement de Giorgia Meloni. Or ce gouvernement devait être l’affirmation de l’identité et de la politique de droite, ce qu’il a été en partie pour toutes les questions culturelles et sociétales, mais qu’il n’a pas été ou beaucoup moins pour les questions de politique économique. […] Un espace politique assez intéressant s’est ainsi créé parce que la Lega de Salvini, entièrement grignotée par Fratelli d’Italia, a perdu une bonne partie de sa base. Donc, pour Roberto Vannacci, c’était intéressant de se lancer et d’occuper cet espace politique qui se libérait. »

Roberto Vannacci s’est donc engouffré dans un espace politique disponible pour porter un discours d’extrême droite. Le basculement s’est opéré en 2023, lors de la publication de son essai Il Mondo a contrario. C’est à ce moment-là que le militaire a endossé le rôle de leader politique.

Le livre, publié à compte d’auteur et sans l’autorisation de l’armée, est ouvertement raciste, xénophobe et homophobe. Il défend des valeurs réactionnaires. À titre d’exemple, on peut y lire que « Les couples arc-en-ciel ne sont pas normaux. La normalité, c’est l’hétérosexualité. » Les féministes y sont également critiquées : « C’est un mouvement qui promeut des institutions comme le divorce et l’avortement et s’oppose au fait de considérer les femmes comme mères. » Il s’en prend aussi aux « talibans de l’environnement » et aux « sociétés multiethniques et colorées. »

Ce pamphlet a constitué un tremplin vers la politique. En 2024, Roberto Vannacci est élu au parlement européen sous la bannière de la Lega dirigée par Matteo Salvini. En mai 2025, il est nommé secrétaire adjoint du parti. Cependant, le général à la retraite souhaite voler de ses propres ailes. Ce sera chose faite en février 2026 avec la création de Futuro Nazionale. Il faudra attendre la mi-juin pour que cette nouvelle formation politique d’extrême droite organise son premier congrès.

Les électeurs italiens se rendront aux urnes l’année prochaine pour les élections législatives, et la nouvelle loi électorale – qui doit encore être votée au Sénat – pourrait faire de Futuro Nazionale un acteur incontournable dans la constitution d’une coalition des droites après le scrutin.

La nouvelle loi électorale, baptisée le Stabilicum, est une réforme du système électoral portée par le gouvernement Meloni. Comme son nom l’indique, son objectif est d’apporter plus de stabilité politique en modifiant le mode de scrutin des élections législatives. Jusqu’ici, le mode de scrutin était un système mixte, mi-proportionnel, mi-majoritaire, pouvant aboutir à une absence claire de majorité.

Ce ne sera plus possible avec la nouvelle loi électorale qui mettra en place un système proportionnel corrigé par une « prime de majorité » de 105 sièges dès qu’une coalition atteindra au moins 42% des voix. Cette prime garantira une majorité à la coalition dans les deux chambres, un bonus de siège pour assurer la stabilité politique en quelque sorte.

Si la droite n’est pas en coalition avec Futuro Nazionale, elle n’arrive pas à 42%.

Selon les derniers sondages, Futuro Nazionale obtiendrait entre 6,5% et 7,5% des intentions de vote, tandis que la Lega se situe autour de 5,5% et 6,5%. « Ça signifie que Futuro Nazionale aurait clairement un rôle de pivot parce que ce qu’on appelle le campo largo, donc la possible coalition entre le parti 5 étoiles, le Parti démocratique et les autres petits partis de gauche comme les Verts, obtiendraient environ 44% selon les sondages », précise Giulia Sandri. « Donc, il faut que de l’autre côté, Forza Italia, Fratelli d’Italia, qui est autour de 26-27%, la Lega et Futuro Nazionale soient en coalition pour obtenir les 42%. Si la droite n’est pas en coalition avec Futuro Nazionale, elle n’arrive pas à 42%. »

Il s’agit d’intentions de vote à un an des élections et la loi électorale doit encore être approuvée par le Sénat. On est donc plus dans le champ des possibles que dans celui de la réalité. Ce qui est bien réel en revanche, c’est la montée en puissance de Futuro Nazionale et de son discours haineux.