Maroc

Réforme des délais de paiement réduit les délais, pas l’asymétrie

La réforme marocaine des délais de paiement commence à faire baisser les retards moyens, mais elle ne corrige pas encore les écarts entre entreprises. Les données de l’Observatoire montrent une amélioration nette en 2024, tout en confirmant que les très petites entreprises restent les plus exposées à la pression de trésorerie.

Des délais moyens en recul en 2024

Sur un échantillon d’environ 92.000 entreprises, le délai moyen de paiement accordé aux clients est tombé à 98 jours de chiffre d’affaires en 2024, soit 27 jours de moins qu’en 2023. Dans le même temps, le délai moyen de règlement des fournisseurs a diminué de 15 jours pour s’établir à 70 jours d’achats.

Cette double baisse a réduit le solde commercial moyen à 43 jours, contre 57 jours un an plus tôt. Cet indicateur mesure l’écart entre les délais consentis et ceux subis par une entreprise, et il reflète donc sa position de financement vis-à-vis de ses partenaires commerciaux. La tendance générale est donc favorable, mais elle ne signifie pas que les rapports de force se sont équilibrés.

Les TPE restent les plus pénalisées

Le rapport souligne que les très petites entreprises continuent d’afficher les délais clients les plus longs. En 2024, elles approchent encore les 100 jours de chiffre d’affaires, malgré une baisse d’environ 30 jours sur un an. Leur solde commercial reste à 47 jours, loin des 12 jours observés pour les PME et du niveau proche de l’équilibre des grandes entreprises, limité à 1 jour.

Autrement dit, la baisse des délais profite à l’ensemble du tissu productif, mais elle ne supprime pas l’asymétrie entre catégories d’entreprises. Les TPE doivent toujours avancer davantage de trésorerie pour financer l’activité de leurs clients, alors que les grandes structures disposent d’une position beaucoup plus confortable dans la négociation des paiements.

Des écarts marqués selon les secteurs et le cadre réglementaire

Les disparités apparaissent aussi selon les secteurs. Les services affichent un délai moyen de paiement des clients de 140 jours de chiffre d’affaires, et l’industrie manufacturière atteint 142 jours. Le rapport relie ces niveaux au poids des TPE travaillant pour de grands donneurs d’ordre, ce qui renforce leur dépendance dans les négociations commerciales.

Dans l’immobilier, le délai client monte à 117 jours en 2024, en hausse de six jours sur un an. Côté fournisseurs, ce secteur atteint 143 jours, seul niveau sectoriel au-dessus du plafond dérogatoire de 120 jours mentionné dans le rapport. À l’échelle du financement interentreprises, la dette fournisseurs représente encore 368 milliards de dirhams en 2024, contre 372 milliards un an plus tôt, avec 63% de cet encours concentré chez les grandes entreprises.

La réforme s’inscrit dans la mise en œuvre progressive de la loi 69-21. Son extension aux entreprises réalisant entre 2 et 10 millions de dirhams de chiffre d’affaires est entrée en vigueur en janvier 2025. L’Observatoire note aussi que plus de 56.000 entreprises ont désormais effectué des déclarations, tandis que les factures en retard déclarées atteignent 53,2 milliards de dirhams, dont environ 83% chez les grandes entreprises. Les amendes prononcées totalisent 1,331 milliard de dirhams, en baisse de 11,5% sur un an.

Ce qu’il faut retenir

  • En 2024, le délai moyen de paiement des clients est descendu à 98 jours et celui des fournisseurs à 70 jours, selon l’Observatoire.
  • Les TPE restent les plus exposées, avec un solde commercial de 47 jours, contre 12 jours pour les PME et 1 jour pour les grandes entreprises.
  • La loi 69-21 progresse, mais les retards et les écarts de trésorerie demeurent importants, notamment dans les secteurs dominés par les petites structures.

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