
Réchauffement climatique et feux de forêts : attentes pour la Belgique ?
Vous l’avez sans doute remarqué lors de vos promenades récentes, les forêts en Wallonie sont sèches. Cette sécheresse, combinée à l’augmentation des températures et à la modification des régimes de précipitations, crée un environnement propice à la propagation des feux de végétation ou de forêt.
Historiquement, la Flandre a été la région la plus touchée par les incendies de végétation en Belgique. C’est dans le nord du pays que l’on trouve davantage de milieux ouverts tels que des plaines, des tourbières ou des prairies. Cependant, cette situation est appelée à évoluer dans les 10 à 15 prochaines années, avec une Wallonie de plus en plus concernée par les feux de végétation. Cela s’explique d’une part par la présence de milieux ouverts, comme les tourbières, mais surtout par le dessèchement des sols.
De plus, les saisons durant lesquelles le risque d’incendie est élevé vont s’allonger en raison du réchauffement climatique. Un rapport du CERAC, le Climate Risk Assessment Center, publié à l’automne 2025, souligne le manque de préparation de notre pays face à cette problématique. Quelles initiatives ont été mises en place depuis ? Quel est l’état des préparations actuelles ? Qui est à risque dans notre pays ?
Le rapport du CERAC n’a pas été tendre envers la Belgique, en affirmant que « la Belgique ne dispose pas d’une stratégie nationale coordonnée de gestion des feux de forêt. Les pompiers et les services d’urgence disposent de ressources limitées consacrées à la préparation aux feux de forêt. Il existe un manque de collaboration entre les régions néerlandophones et francophones en matière de partage des données et de coordination des interventions. »
Cependant, ce constat n’est pas partagé par les pompiers belges. Stéphane Thiry, commandant de la zone de secours de Luxembourg, la plus grande de Belgique, explique que « les pompiers belges ont toujours été formés aux incendies en milieu naturel. Ce qu’on a fait voilà cinq ans exactement, c’est que dans l’optique de ce qu’on nous annonçait, on a fait le choix de s’inspirer de ce que nos collègues français font, puisque tout le monde sait que la réalité de la France est déjà bien avancée par rapport à la nôtre. Nous avons donc envoyé des officiers dans le Var pour observer comment ils formaient leurs pompiers et quelles étaient leurs procédures. »
Évidemment, ces techniques doivent être adaptées aux réalités belges : végétation, matériel et organisation différents. Stéphane Thiry précise : « Depuis presque deux ans, nous enseignons à l’ensemble des pompiers ce que nous appelons les techniques FDF, du même nom que ce qui se passe en France. Il y a quatre niveaux, FDF 1, 2, 3 et 4. Nous avons déjà en Wallonie, dans chaque zone, des FDF 3 et 4. Entre 2027 et 2028, nous aurons formé l’ensemble des pompiers aux techniques adaptées suite à notre expérience en France. »
Concernant le matériel, des évolutions sont également en cours. Stéphane Thiry insiste sur l’importance des collaborations transfrontalières : « Dans le cadre des travaux transfrontaliers franco-belges, nous avons des conventions bilatérales signées. Il nous semble intéressant de pouvoir nous renforcer mutuellement. De plus en plus, les zones de secours wallonnes achètent des véhicules identiques à ceux des français. Ce sont des camions-citernes conçus par des sociétés françaises, qui ont dix ans d’expérience. Il est donc logique de tirer parti de cette expérience pour l’appliquer en Belgique. »
Par ailleurs, certaines zones de secours conservent du matériel vieux de 25 ans, tout en l’améliorant : « C’est une volonté affirmée car ce type d’engin, que nous appelons des unimocs, est hyperperformant. » Une autre évolution notable est que les nouveaux camions achetés sont désormais tout terrain, afin de mieux faire face aux feux de végétation ou de forêt, contrairement aux anciens camions qui étaient principalement urbains.
Le CERAC souligne dans son rapport que l’organisation des territoires en Belgique constitue un facteur d’exposition accrue : « La fragmentation des paysages du pays et la proximité des zones naturelles avec les agglomérations urbaines accentuent les risques d’incendies de forêt. »
L’exemple du CHU Liège illustre cette proximité, qui peut concerner des infrastructures critiques. Karim Sheikh Hassan, directeur adjoint du CERAC, insiste sur l’importance de cartographier l’exposition des populations aux risques d’incendie : « Il y a des études qui ont déjà été réalisées, mais qui ne prennent peut-être pas encore suffisamment en compte la question du changement climatique et les différences de zones qui seront sensibles aux feux de végétation. Nous n’avons pas encore effectué ce travail de chiffrage, mais c’est un des projets à venir. Notre rapport a permis de débloquer des fonds pour améliorer la connaissance de l’historique des feux de végétation, car cela nous permettra de mieux nous préparer pour l’avenir. »
Les résultats de cette nouvelle cartographie, qui mettra en évidence les nouvelles zones à risque, devraient être publiés dans les deux prochaines années. On devrait alors observer certaines évolutions : « Par exemple, la forêt de Soignes, située à proximité de Bruxelles, pourrait être considérée comme une zone à risque à l’avenir en raison de la proximité d’une large zone habitée. »
De plus, la gestion de ces nouveaux espaces à risque pose question, car en Belgique francophone, une grande partie des 560 000 hectares de forêt (soit un tiers de la Région wallonne) relève du domaine privé.
Le premier risque qui vient à l’esprit lorsqu’on évoque les incendies est celui de voir des habitations ou des infrastructures partir en fumée. Cependant, d’autres facteurs ont un impact direct sur la santé des riverains. Karim Sheikh Hassan du CERAC évoque plusieurs éléments à surveiller : « Les fumées, l’exposition aux fumées d’incendie entraîne toute une série de maladies respiratoires et cardiovasculaires, augmentant ainsi ces maladies. Il y a aussi la question de l’eau potable, car les cendres peuvent rendre les approvisionnements en eau potable inutilisables pendant un certain temps. Après un feu intense ou une sécheresse sévère, de fortes pluies peuvent déverser les cendres vers des réservoirs ou des rivières, dégradant ainsi la qualité de l’eau. »
Avec les risques d’incendie en hausse, nos territoires doivent-ils évoluer ? Avec le réchauffement climatique, de nouvelles essences vont progressivement apparaître dans nos contrées. Faut-il les y aider ? Les forêts organisées en monoculture depuis des décennies pour l’industrie du bois doivent-elles être repensées ?
La Famenne est déjà en difficulté avec des chênes qui périclitent et subissent les attaques de scolytes proliférant dans des conditions chaudes et sèches. L’Université de Liège travaille déjà sur l’adaptation des forêts dans la région de Paliseul, où l’épicéa en monoculture n’est plus une option : « C’est la régénération naturelle par les semis des peuplements environnants qui a pris le dessus. Nous trierons dans cette régénération naturelle les espèces que nous souhaitons favoriser, créant ainsi un mélange, ce qui garantit la résilience des forêts, » explique Hugues Claessens, professeur de sylviculture et d’écologie forestière à Gembloux Agrobio Tech.
« Il est essentiel d’organiser des stratégies en cas d’incendie. Sur le terrain, cela implique d’aménager les accès, de créer des coupe-feux et de privilégier des essences moins inflammables, » souligne Philippe de Wouters, directeur de la société royale forestière de Belgique.
Que ce soit dans la réaction immédiate avec les pompiers ou dans la prévention par l’aménagement du territoire et la protection des zones urbaines, la Belgique a du travail à accomplir pour éviter toute catastrophe à l’avenir.
