
Pyromanie : Gérald Deschietere répond à six questions essentielles
Ça veut dire quoi être pyromane ?
« Un bon début, c’est de dire que cette personne est fascinée par le feu et souvent, elle agit de manière un peu irrépressible. C’est-à-dire que cette pulsion de mettre le feu est incontrôlable et obsédante. Elle est souvent répétitive et la personne va vouloir mettre le feu pour soulager une tension interne. Un petit peu comme certains le font en volant de façon pathologique, ce qu’on appelle la cleptomanie. Le pyromane est mû par cette pulsion. Et ce qui est important comme psychiatre, c’est de pouvoir distinguer cette personne d’autres actes où la personne peut mettre le feu. Comme quelqu’un qui est fortement déprimé ou qui veut simplement mettre fin à sa vie, ou quelqu’un qui est délirant et qui pense qu’en mettant le feu, il va pouvoir évacuer certaines choses négatives pour elle. Il faut bien distinguer le pyromane de ces quatre figures-là. Enfin, le pyromane n’est pas non plus mû par une intention criminelle, de vengeance ou de vouloir simplement se débarrasser de quelqu’un. »
Dans quelle catégorie de troubles de la santé mentale se retrouve la pyromanie ?
« C’est un trouble du contrôle des impulsions et des conduites. C’est vraiment un trouble disruptif. C’est quelqu’un qui a du mal à contrôler cette pulsion et le passage à l’acte, le fait de pouvoir mettre le feu va le soulager. On est dans une catégorie de troubles qui, heureusement, est très, très rare. Rare, d’abord parce qu’il faut éliminer les autres causes que j’évoquais. Et puis parce que quand on fait des études épidémiologiques, on se rend compte que ça ne concerne qu’une toute petite minorité de personnes. Je pense qu’en Belgique, on pourrait dire qu’il n’y a que quelques dizaines de personnes qui doivent souffrir de ce trouble. »
Vous avez parlé de passage à l’acte, qu’est-ce qui va expliquer ce passage ? Comment on peut expliquer qu’à un moment, ça se déclenche ?
« Souvent, chez ces personnes, on va retrouver des carences. Et donc, quelque part, le passage à l’acte, c’est une façon de pouvoir exprimer un pouvoir en mettant le feu et de constater les dégâts que ça peut provoquer. Ce qui explique un passage à l’acte, c’est quelqu’un qui, pris par cette tension, par cette fascination du feu, va avoir l’envie irrépressible, inconversible de pouvoir mettre ce feu. On ne retrouve pas nécessairement une explication tout à fait logique, si ce n’est un moment de désœuvrement, un moment où la personne, pour pouvoir vivre et se sentir exister, va effectivement provoquer ce passage à l’acte. »
En France, dans l’incendie de Fontainebleau, c’est un pompier pyromane qui a été mis en examen. Est-ce que c’est courant d’être à la fois pyromane et d’endosser aussi le rôle de celui qui va maîtriser l’incendie ?
« Heureusement, c’est plutôt rare. Il y a des personnes qui sont fascinées par le feu et c’est la raison pour laquelle elles vont embrasser le rôle de pompier. La plupart d’entre elles, effectivement, sont mues par des idées altruistes, de vouloir préserver les êtres humains et l’environnement. Et puis, il y a une toute petite partie qui a cette fascination qui est incontrôlable. Et parfois, pour se sentir efficaces, ils vont provoquer le feu. Il y a dans la littérature quelques cas célèbres de pompiers pyromanes. Et il est important de pouvoir détecter ces personnes qui seraient fascinées par le feu, non pas tellement pour servir la cause de la nature ou de la protection des êtres vivants, mais tout simplement parce que ce sont des personnes qui sont mues par cette passion du feu, au point où parfois, pour faire ressentir leur pouvoir, elles vont provoquer le feu qu’elles vont tenter d’éteindre par la suite. »
Que risquent ces personnes lorsqu’elles sont condamnées par la justice ? Est-ce qu’elles sont déclarées pénalement irresponsables ou est-ce qu’elles sont conscientes de ce qu’elles font ?
« Ça dépend des cas. Globalement, quelqu’un qui souffrirait d’un trouble de pyromanie va plutôt être considéré comme responsable, si on a pu éliminer les autres causes que j’évoquais plus haut. Et donc, on va pouvoir effectivement tenter de l’aider, et souvent il y aura une injonction de soins. C’est-à-dire que le jugement pénal que cette personne va recevoir va s’accompagner de la poursuite d’un traitement médical et/ou psychiatrique, afin de pouvoir aller mieux. Mais est-ce qu’on arrive à guérir des personnes qui souffrent de pyromanie ? Dans la littérature, on montre que c’est assez compliqué. Mais globalement, pour quelqu’un qui a une sentence judiciaire et une injonction de soins, on peut penser que la récidive sera relativement rare. Après, quelqu’un qui est pris par la fascination du feu, c’est important qu’il puisse consulter avant même de passer à l’acte cette pulsion. On peut souffrir de pulsions. L’important, c’est qu’elles soient prises en charge. Et globalement, c’est plutôt un traitement psychothérapeutique qui est privilégié, mais parfois, pour tenter de soulager certaines pulsions, on peut utiliser des médicaments qui vont diminuer la capacité d’impulsion de la personne. Chaque cas étant différent. »
Bien souvent, ce sont des profils que l’on repère plutôt rétrospectivement, c’est-à-dire après le passage à l’acte. Est-ce que ça ne rend pas ce travail de soins plus compliqué d’arriver toujours après alors que c’est déjà grave en quelque sorte ?
« C’est effectivement quelque chose de difficile. En même temps, heureusement, on ne doit pas subir chacun et chacune, un examen psychologique ou psychiatrique pour voir un tout petit peu quelle est notre vie. Ce qui est important, c’est de pouvoir d’abord déculpabiliser les personnes qui souffriraient de cette pulsion et qui n’auraient pas encore commis d’acte. Et de leur dire vraiment : Prenez-vous en charge, soignez-vous, parlez-en à vos proches pour qu’avec eux, une aide puisse vous être fournie afin de vous aider au mieux avant de pouvoir provoquer un acte criminel. »
