
Protocole d’accord USA-Iran, Ukraine, grèves et budget : Maxime Prévot dans Jeudi en Prime
Le protocole d’accord signé entre le président américain Trump et l’Iran prévoit 300 milliards d’investissements pour reconstruire l’Iran. Maxime Prévot a déclaré qu’il espère que « cette fois » Israël se sentira lié par ce protocole d’accord.
Le protocole d’accord Etats-Unis-Iran : « ne gâchons pas notre plaisir »
Quelle analyse peut-on faire du protocole d’accord récemment signé entre le président américain Trump et l’Iran pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient ? « Il faudrait analyser cela en détail, mais il est évident qu’il y a des éléments qui me surprennent« , a réagi le ministre Prévot.
En particulier, les 300 milliards d’euros d’investissements prévus pour la reconstruction de l’Iran étonnent le ministre. « Le président Trump a dit qu’il ne comptait pas y investir 10 centimes, cela signifie qu’il compte surtout sur les pays du Golfe« , a analysé le ministre des Affaires étrangères. « Mais j’ai du mal à imaginer que ceux-ci, après avoir subi les attaques de l’Iran, aient spontanément envie de débourser des milliards pour sa reconstruction« , a-t-il ajouté.
Il s’interroge également sur les coûts que l’Iran pourrait réclamer après la réouverture du détroit d’Ormuz. « Ce qui n’existait pas précédemment« , a fait remarquer le ministre.
« Ne gâchons pas notre plaisir« , a ajouté Maxime Prévot, mettant en avant certains points. D’abord, « la paix durablement, semble-t-il, annoncée« . Ensuite, « le Liban qui est inclus dans cet accord« . Et il espère que cette fois « Israël se sentira lié par ce protocole d’accord« . Enfin, il a évoqué « le détroit qui est libéré« .
Maxime Prévot a également souligné que « sur le volet nucléaire, les accords prévoient que l’Iran s’engage à ne pas se doter de l’arme nucléaire, ce qui est un élément positif« . Cependant, il a précisé qu’il « reste des interrogations sur le programme balistique« .
Des incertitudes
Il est à noter que Donald Trump visait la fin du régime des Mollahs en Iran. « Le régime des mollahs n’est pas tombé, c’est un fait« , a constaté Maxime Prévot. « Certains réseaux diplomatiques craignent même qu’il soit peut-être renforcé par le fait que la population iranienne ait vécu les attaques comme étant une attaque contre le pays, générant un sentiment de solidarité« , a commenté le ministre.
Cependant, Maxime Prévot souhaite « éviter d’être cinglant à peine l’encre séchée« .
Il faut aussi rester prudent. Il s’agit d’un protocole d’accord. L’accord définitif est prévu dans 60 jours. Sommes-nous, d’ici là, dans une période d’incertitude ? « On avait espéré que la conclusion de cet accord puisse justement rétablir la sécurité, la stabilité, la prévisibilité« , a expliqué Maxime Prévot. Or, Donald Trump n’a pas exclus, mercredi, devant les médias, de bombarder à nouveau l’Iran si les négociations n’avançaient pas comme il le souhaitait. « Je ne suis pas sûr que 24 heures après avoir signé un accord de paix, ce soit nécessairement le message le plus adéquat à adresser car cela crée de la fragilité« , a jugé Maxime Prévot.
Il fallait que cette guerre cesse
« Avec tous les partenaires européens, nous voulons croire en la capacité de cette paix au Moyen-Orient à être durable« , a déclaré le ministre Prévot, pensant aux populations et aux pays qui ont souffert, « au premier rang desquels le peuple iranien et le peuple libanais« .
Les conséquences économiques de cette guerre sont aussi à rappeler. « Sur le plan strictement économique, chacun avait un intérêt à ce qu’elle se termine le plus rapidement possible« , a estimé le ministre des Affaires étrangères.
Sur le plan géopolitique également, pour éviter un embrasement encore plus large de toute la région« , a poursuivi Maxime Prévot. « Regardez de quelle manière ça a décomplexé aussi Israël par rapport au Liban« , a ajouté le ministre.
La Belgique prête pour déminer le détroit d’Ormuz
Il est probable que la réouverture du détroit d’Ormuz au trafic maritime nécessite un déminage préalable de la zone. La Belgique a déjà positionné un chasseur de mines en Méditerranée. « Nous avons mis à disposition l’expertise reconnue internationalement de notre défense belge en matière de déminage« , a expliqué le ministre.
Avant d’envisager d’intervenir dans le détroit d’Ormuz, la Belgique attendait des conditions de paix durable. « Nous avons maintenant un accord de paix qui est signé, qui a vocation à être durable« , a estimé Maxime Prévot, confirmant que la Belgique a également envoyé un officier en Grande-Bretagne, « puisque l’initiative de coordination est entre les mains des Britanniques et des Français« . « Si avec cette expertise de déminage, nous réduisons les risques de transit maritime, cela sera effectivement une contribution que les Belges apprécieront« , a jugé le ministre.
Ukraine : « rapidement mettre les mains dans le cambouis »
Ce jeudi, le président ukrainien Zelensky était en Belgique où il a rencontré le Roi et le ministre des Affaires étrangères. Avant cela, il était à Evian au sommet du G7 où il a obtenu un soutien massif, y compris américain, pour intensifier la pression sur la Russie.
La situation actuelle marque-t-elle un tournant dans le conflit entre la Russie et l’Ukraine ? « Il y a en tout cas un élément nouveau, c’est que pour la première fois, les Américains ont décidé de faire une pause, fatigués de ne pas obtenir de résultats dans leur processus de médiation« , a répondu Maxime Prévot. Ce dernier invite les Européens à « jouer un rôle« . « Encore faut-il qu’ils ne prennent pas cinq ou six mois pour déterminer qui représentera l’Union européenne autour de la table« , car jusqu’à présent, l’Europe n’a pas tranché cette question. « On a suffisamment demandé à être autour de la table pour jouer un rôle, puisque c’est sur notre continent que ce conflit a lieu, pour rapidement alors mettre les mains dans le cambouis et œuvrer à cette solution de paix« , a estimé le ministre.
Maxime Prévot a également confirmé que tous les F-16 belges seront, à terme, confiés aux Ukrainiens, comme promis. Cette promesse a été faite il y a deux ans. Sa réalisation a été retardée parce que la Belgique devait conserver une flotte aérienne importante pour répondre à ses obligations envers l’Otan. La production des F-35 ayant pris du retard, les F-16 doivent donc être conservés plus longtemps.
Les économies dans l’enseignement sont justifiées
En Belgique francophone, l’actualité du moment concerne le monde de l’enseignement. Dans plusieurs écoles, les épreuves externes CE1D et CESS ont été annulées, tandis qu’une menace d’annulation plane sur d’autres établissements.
Le ministre Prévot, ancien président des Engagés, parti qui partage le pouvoir avec le MR à la Fédération Wallonie-Bruxelles, « déplore » cet épisode du conflit entre les enseignants et le gouvernement. « Je reconnais évidemment le droit du monde de l’enseignement, en tout cas d’une partie de celui-ci, de râler, de ne pas être satisfait des décisions qui sont prises« , a déclaré le ministre. « De là à prendre en otage les enfants, leur capacité de passer les examens et les tests, je trouve que c’est aller trop loin« , a-t-il ajouté, notant que ces actions sont une « erreur de cible« .
Quant aux mesures budgétaires décidées par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Maxime Prévot les défend. « Quand un ménage est surendetté, dépense plus d’argent que nécessaire, à un moment donné, certains viennent lui dire ‘On va vous mettre en médiation de dette ou on ne vous prêtera plus rien, vous serez obligés de rembourser, on va peut-être devoir vendre votre maison’« , a-t-il expliqué. « Pour éviter cela, le ménage a un sursaut de responsabilité et prend des mesures pour réduire son train de vie, ce que nous sommes contraints de faire également au niveau de l’enseignement« , a ajouté le ministre. Ces mesures ne visent pas à gêner les enseignants, mais à garantir que la communauté francophone puisse rester à flot.
Maxime Prévot a fait référence à l’un des points évoqués par les syndicats et les enseignants qui s’opposent aux décisions budgétaires de la Fédération Wallonie-Bruxelles : les deux heures supplémentaires que les enseignants du secondaire supérieur devront assurer en classe. Maxime Prévot s’appuie sur des statistiques de l’OCDE et affirme que « nous avons des enseignants dont les salaires sont supérieurs à la moyenne européenne pour un régime horaire en classe inférieur à la moyenne européenne« . Par conséquent, l’effort demandé par le gouvernement « ne nous semble pas indigne ni irrespectueux« , a estimé Maxime Prévot.
Les syndicats ? « Accrochés au monde d’hier… »
Plus largement, alors que les syndicats ont organisé de nombreuses manifestations ces derniers mois pour contester les réformes voulues par les différents gouvernements, notamment au niveau fédéral, Maxime Prévot estime que les syndicats « restent accrochés au monde d’hier sans être lucides sur le monde d’aujourd’hui« .
Le ministre décrit le contexte économique actuel. « Nous avons aujourd’hui des entreprises qui sont en train de faire face à de grandes difficultés« , a-t-il déclaré, ajoutant que « les attaques frontales des droits de douane venant des États-Unis sont une réalité« . « Ce sont des emplois directs qui sont perdus, » poursuit-il, « des investissements qui ne se font pas chez nous, des emplois qui ne sont pas créés« . Il a aussi évoqué la concurrence émanant de la Chine : « Ce sont 20 000 emplois industriels par mois qui sont perdus en Europe« , avance le ministre. « Si à un moment donné, nous ne prenons pas des mesures pour réformer ce qui a toujours été, nous allons collectivement et sociétalement dans le mur« , a alerté Maxime Prévot.
En ce qui concerne les réformes et les mesures à prendre, le gouvernement fédéral a encore du travail pour les prochaines semaines. 7 milliards d’euros doivent être trouvés. Le bureau du Plan et le gouverneur de la Banque nationale ont déjà averti qu’il faudra agir davantage dans les années à venir.
Où la Belgique ira-t-elle chercher les milliards manquants ? Faudra-t-il de nouvelles taxes, même si du côté du MR on s’y oppose ? « Je pense qu’on ne peut rien exclure si l’on est honnête intellectuellement« , a répondu Maxime Prévot. Il estime faire partie d’une « génération qui a compris qu’il fallait remettre le pays sur les rails, et pas juste penser au petit comptage électoral entre deux scrutins« . Pour le ministre des Affaires étrangères, les mesures prises visent à éviter que le pays « ne sombre » et à garantir des soins accessibles financièrement. »
Alors, faudra-t-il de nouvelles taxes ? « Je ne dis pas qu’il y aura de nouvelles taxes« , a répondu Maxime Prévot. « On peut déjà améliorer les recettes fiscales sans créer de nouvelles taxes, juste en percevant mieux ce qui existe « , a conclu le ministre.
