Belgique

Procès Falzone : témoignages de la famille d’Andrea sur une voiture avec un gille.

Frédéric D’Andrea est le gille qui a été transporté sur le capot du bolide de Paolo Falzone jusqu’au coup de frein qui le fera tomber devant le véhicule avant d’être « franchi » par le conducteur. Marie explique que ce matin-là, ils ont bu une coupe de champagne ensemble, la tradition du carnaval.


Parmi les familles profondément touchées par l’accident de Strépy, se trouve la famille d’Andrea. Frédéric D’Andrea est le gille qui a été projeté sur le capot de la voiture de Paolo Falzone jusqu’à ce que le frein soit actionné, le faisant tomber devant le véhicule avant d’être « franchi » par le conducteur.

Ce mercredi, ses filles ont été entendues par la cour. Marie explique : « Il était content parce qu’il avait décidé de refaire le gille. » Elle raconte qu’ils ont partagé une coupe de champagne ce matin-là, en respectant la tradition du carnaval. Quelqu’un l’a appelée sur le trottoir pour discuter. « J’ai vu une voiture passer avec un gille », se souvient Marie. « J’ai cherché mon papa. J’ai cherché, cherché, et puis je me suis souvenue du gille sur la voiture. Quelqu’un m’a dit : ‘Marie, n’y va pas. C’est horrible.’ J’ai vu maman à côté de papa. Les secours étaient déjà là. Je suis allée aux toilettes. Lorsque je suis revenue, on m’a dit que c’était fini. »

« C’était un papa. Ça résume tout. »

Marie évoque les conséquences de cet événement : « L’après, ça a été très très compliqué. Je ne pouvais plus marcher sur le trottoir sans me mettre en boule contre le mur. » Elle décrit ensuite son père : « C’était une bonne personne. Un ’boute-en-train’ en tant que gille, mais aussi dans la vie. » Elle ajoute que Frédéric D’Andrea n’était pas son père biologique. « C’était un papa. Ça résume tout », dit-elle. « Il m’a reconnue quand il s’est mis avec maman après ma naissance. Et depuis, je suis sa fille au même titre que ma sœur. »

Zélie, la deuxième fille de Frédéric D’Andrea, témoigne : « J’ai entendu un gros bruit sourd. » À ce moment-là, elle n’avait que 18 ans : « Je me suis retournée, j’ai vu des gens voler au ciel. On aurait dit un film. À ce moment-là, j’ai pensé à une explosion de gaz ou je ne sais pas quoi. » Elle raconte qu’au moment du choc, elle se trouvait également sur le côté et, en se retournant, elle s’est retrouvée seule, entourée de personnes au sol. « Je voyais plein de gilles et je les retournais, mais je ne trouvais pas mon papa. Il ne pouvait pas s’être envolé. » À ce moment-là, on lui dit : « ton papa est en haut mais n’y va pas ! »

« Le massage ne servait à rien : il avait la trace du pneu sur le front. »

Zélie, avec sa franchise habituelle, raconte : « Je cours, j’arrive. Je suis en état de choc. Quand j’arrive, l’ambulancier est déjà là, avec maman et Marie. Et là, c’est très flou, je hurle à la mort. Dans ma tête ; c’était clair, vu l’état dans lequel il était, il était déjà mort. Le massage (cardiaque) ne servait à rien. Il faut savoir qu’il avait la trace du pneu sur le front. » Un cri d’horreur étouffé résonne dans la salle.

Les frères de Frédéric D’Andrea écoutent attentivement. Nicolas quitte la salle. Zélie poursuit : « Je ne voulais pas le laisser tout seul au sol. Il faisait froid. Mais on est restés. Même si je savais qu’il ne ressentait plus le froid. »

Zélie évoque les souvenirs de son père, soulignant : « Je n’ai que de bons souvenirs de mon papa. Non. Je n’en ai qu’un seul mauvais : c’est de l’avoir vu au sol, avec son ventre tout nu qui sortait et du sang qui sortait de partout. » Elle exprime sa difficulté à accepter ce qu’elle perçoit comme un « manque de culpabilité » de Paolo Falzone, en mentionnant que certaines personnes en prison pour des affaires de roulage éprouvent de la culpabilité, tandis que d’autres non. Elle ajoute à l’intention de l’accusé : « Je voudrais dire à monsieur Falzone que, quand il explique qu’il a du mal avec le cancer de son papa, je le comprends tout à fait. Parce que le mien, il était en parfaite santé, et on me l’a arraché. »

Sandra André, 47 ans, l’épouse de Frédéric, témoigne également. Elle était présente dans la rue des Canadiens cette nuit du 20 mars 2022. Elle raconte le moment où elle découvre le corps de son mari après qu’il a été frappé par le véhicule. « On est arrivés, il y avait un gille à terre. Il était là, sur le côté gauche, il donnait ses dernières respirations. Et moi, je suis là. Le sang sort un peu partout. J’essaie de dégager son col. La première chose qui me marque, c’est sa collerette ensanglantée. J’avais fait très attention en mettant des sparadraps sur mes doigts pour ne pas la tacher. Il y avait plein de sang. Il y en avait partout. »

Sandra évoque avec réalisme la trace de pneu qui était encore visible, même au funérarium. « On voyait que son visage avait été écrasé. Ce n’était pas lui. Ce n’était plus lui. »

À la demande de Me Jean-Philippe Mayence, elle précise encore les derniers instants de Frédéric : « Il a pris une grande inspiration. Pour moi c’était un râle. Oui, je l’ai vu mourir devant moi. » Elle interroge directement l’accusé : « Il peut pleurer tant qu’il veut. Moi, mes filles sont orphelines. »

Elle explique ensuite ce qui la maintient debout : « Je ne veux pas pleurer. Fred, avec son franc-parler et son humour, je sais qu’il m’aurait dit ‘Eh grosse, bouge tes c*** et arrête de braire ! Alors j’ai arrêté de braire. »

Finalement, elle s’adresse à Paolo Falzone par le biais d’une lettre qu’elle souhaite lire à la cour. Avec l’autorisation de la présidente, elle lit : « tu m’as volé un peu plus de 30 ans de ma vie mais tu as surtout brisé mes filles et je t’en voudrai jusqu’à ma mort […] non, je ne veux pas t’entendre, je ne veux pas de tes excuses. » Paolo Falzone reste impassible, évitant désormais de commenter les témoignages, contrairement aux maladresses qu’il avait montrées lors de la séance précédente.