
Procès Falzone : l’avocat d’Antonino tente d’éviter la prison
Devant la cour d’assises de Mons, les jurés doivent déterminer si Antonino Falzone mérite une peine de prison dans le cadre du procès lié au drame du carnaval de Strépy-Bracquegnies, survenu il y a quatre ans. Antonino a été reconnu coupable en fin de semaine dernière, après 6 semaines de procès de non-assistance à personne en danger sur 59 victimes du drame de Strépy.
Devant la cour d’assises de Mons, les jurés doivent décider si Antonino Falzone mérite une peine de prison dans le cadre du procès lié au drame du carnaval de Strépy-Bracquegnies, survenu il y a quatre ans. Alors que le ministère public a requis une peine de deux ans de prison ferme (le maximum) pour Antonino Falzone, son avocat, Me Fabrice Guttadauria, cherche à démontrer que l’emprisonnement n’est pas la solution appropriée pour celui qui n’a, jusqu’à présent, « aucun accident de parcours« .
La défense a commencé par indiquer que le passager se dissocie totalement du conducteur, contrairement à ce qu’avait affirmé, une heure plus tôt, l’avocat général. Pour Me Guttadauria, Antonino « n’a eu à aucun moment la maîtrise des événements dans le véhicule« .
Assez rapidement, l’avocat se penche sur la question de la prison ferme, s’opposant à cette option : « Dans ce dossier tout est grave, mais une sévérité excessive, cela perd de son sens et cela perd de son influence morale. […] Une peine d’emprisonnement ne sert à rien« .
« Je n’essaie pas de lui trouver des excuses puisque vous l’avez déclaré coupable« , poursuit l’avocat. Antonino écoute, les jurés sont attentifs, et la salle est calme. Il est effectivement reconnu coupable de non-assistance à personne en danger concernant 59 victimes du drame de Strépy (y compris des mineurs). Cette qualification l’expose à une peine maximale de deux ans d’emprisonnement. L’avocat aborde la question si Antonino avait pu intervenir pour sauver des vies. La reformulation judiciaire pose la question : « Est-ce que sans la faute d’Antonino, les conséquences auraient été différentes ?« , à laquelle Me Guttadauria répond : « Je n’en ai pas la certitude« , avant de rappeler aux jurés qu’il y aura un débat civil pour établir les dommages.
Antonino a-t-il volontairement et consciemment refusé d’apporter de l’aide aux victimes ? Pour son avocat, il ne se désintéresse pas d’autrui, mais il sait que les parties civiles ne peuvent entendre qu’Antonino Falzone est également une victime. Il énonce ainsi : « Antonino a vécu un drame épouvantable pour les victimes et le choc des faits peut expliquer son inaction. Mais certainement pas son désintérêt ! » Il souligne que son client, avant le drame de mars 2022, n’a connu « aucun accident de parcours« , « avait un travail qu’il adorait et qu’il a perdu« , et « n’avait aucun antécédent judiciaire et ne figure même pas dans la banque de données de la police comme simple témoin d’un accident ou autre. »
« De grâce, laissez-le retourner à son anonymat et à un travail qui permettra le processus d’indemnisation des victimes« , plaide l’avocat. Pour lui, cela représente « une parenthèse dramatique de sa vie. Qui restera une parenthèse : On n’a jamais entendu parler d’Antonino avant les faits, on n’entendra plus jamais parler d’Antonino après les faits« . Il insiste : « Tout ce qu’il demande aujourd’hui c’est de reprendre une vie normale et de travailler« .
L’avocat fait valoir que son client a pris conscience de la gravité des faits et rappelle que pour non-assistance à personne en danger, dans d’autres circonstances, un tribunal correctionnel aurait jugé son cas. Selon lui, « un juge correctionnel n’imposerait pas de peine de prison« .
Pour Me Guttadauria, imposer une peine de prison « n’aurait rien de constructif. Elle ne consisterait qu’à le neutraliser pendant un certain temps, mais surtout à l’empêcher de reprendre une activité professionnelle qui lui permettrait d’indemniser les victimes« . Son client, en prison, serait incapable de travailler et donc de commencer à rembourser les victimes, ce qui sera évalué lors du procès civil. « Est-ce que ça a du sens d’aller mettre quelqu’un en taule en sachant qu’il serait beaucoup plus utile en travaillant pour indemniser les victimes ?« , interroge l’avocat.
Me Guttadauria conclut en affirmant qu’il n’y a aucun risque de récidive.
Pour éviter la prison à son client, Me Guttadauria propose une « peine de probation autonome« . Il explique aux jurés : « Il devrait respecter toute une série de conditions durant cette période de deux ans. Ce serait le placer finalement sous le contrôle d’un organisme comme la commission de probation« . Il mentionne des mesures bénéfiques telles que « travailler dans des maisons de repos, auprès de gens en fin de vie, auprès de personnes polytraumatisées, … Cela a du sens« .
À défaut, l’avocat sollicite du sursis avec une mesure de mise à l’épreuve.
C’est finalement au tour d’Antonino de s’exprimer pour un dernier mot avant que le jury ne délibère. « Je ferai tout pour être une meilleure personne« , déclare Antonino dans son micro. « Et j’accepterai la peine« . La décision sera rendue le mercredi 17 juin.
