Belgique

Procès des tirs station Clemenceau : 13 et 11 ans de prison.

Y. A. a été condamné à 13 ans de prison et Z. Y. à 11 ans de détention par la 47e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles pour des faits survenus le 5 février 2025, où ils ont fait usage d’armes à feu à la sortie de la station Clemenceau, à Anderlecht. Les trois prévenus sont condamnés à verser plus de 77.000 euros de dommages à la STIB pour les perturbations causées au réseau du métro.


Ce vendredi matin, la 47e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles a condamné Y. A. à 13 ans de prison pour avoir utilisé une arme à feu à la sortie de la station Clemenceau, à Anderlecht. Son complice, Z. Y., a été condamné à 11 ans de détention. La présidente a souligné l’extrême gravité des faits.

Les événements qui leur sont reprochés ont marqué les esprits. Survenus le 5 février 2025, ils ont été filmés et largement diffusés sur les sites d’information et les réseaux sociaux. Ces images symbolisent la recrudescence de la violence armée et des règlements de comptes liés au trafic de drogues dans la capitale.

Ce matin-là, à 6 heures, il fait encore sombre sur la place Clemenceau. Y. A. et Z. Y. attendent depuis 22 minutes dans la station de métro avant d’en sortir, armés de fusils d’assaut. Ils passent tranquillement à côté des voyageurs. Y. A. porte un AK-47 et Z. Y. une carabine M4. Y. A. tire à 23 reprises (six rafales) en direction des dealers circulant en trottinette. Ces derniers proviennent de la cité du Peterbos, toujours à Anderlecht, et ont pris possession du point de deal de Clemenceau. Le duo souhaite les chasser. Bien qu’il n’y ait pas de victimes ce matin-là, une balle finira tout de même dans la chambre d’un enfant vivant dans une maison voisine.

Les auteurs des coups de feu fuient ensuite par le tunnel du métro, ce qui contraint les forces de police à demander l’arrêt du réseau de la STIB. Z. Y. sera interpellé quelques heures plus tard dans le quartier.

« Ils sont venus pour tuer », a déclaré le procureur.

Le procès d’Y. A. et Z. Y. a débuté début juin devant la 47e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles, en l’absence d’Y. A. Son avocate a cependant appris pendant le procès qu’il n’était plus en cavale mais détenu, il s’est donc présenté à l’audience. J. M., 72 ans, est le troisième prévenu dans ce dossier. C’est chez lui que le duo s’est rendu pour cacher ses armes.

Lors des débats, le procureur du roi a requis 16 ans de détention ferme contre Y. A. pour tentative d’assassinat, d’organisation de malfaiteurs et de port d’arme, et 14 ans contre Z. Y., 21 ans, qui n’a pas utilisé son arme. Z. Y. a avoué les faits. Pour le parquet, les deux hommes se sont rendus place Clemenceau « pour tuer ». « Ils sont venus préparés avec des armes de guerre », avait ajouté le procureur.

« J’ai fait une erreur, je regrette », a exprimé Z. Y. à propos de ses actes.

Lors de sa plaidoirie, l’avocat de Z. Y., Maître Nicolas Crutzen, a insisté sur le fait que son client était « visiblement en train de se dégonfler ». « Fort heureusement, aucune balle n’est sortie de son arme », a-t-il rappelé. Son client avait indiqué lors de son audition qu’il avait placé une balle à l’envers dans son arme pour l’enrayer. « Je sais que j’ai fait une grosse erreur. J’étais encore jeune. Je demande au tribunal une deuxième chance, on peut dire cela comme ça. Je regrette », a déclaré Z. Y.

Concernant J. M., le parquet avait requis cinq ans de prison. Celui-ci écope de trois ans de prison avec un sursis probatoire de cinq ans. Il n’exécutera donc pas sa peine en prison, à condition de respecter les obligations imposées durant cette période, telles que ne plus être en contact avec le milieu du trafic de drogues et suivre une formation en alphabétisation.

Ce vendredi, la présidente du tribunal a rappelé « l’extrême gravité des faits » survenus le 5 février 2025, qualifiant la situation de « scène de guerre » en pleine ville (dans un quartier densément peuplé avec des familles) pour contrôler un territoire. « La gravité des faits justifie de lourdes peines », a-t-elle déclaré, précisant que le duo avait prémédité ses actes et repéré les lieux et leurs cibles quelques minutes avant de passer à l’action.

La juge a également noté que les trois prévenus avaient des antécédents judiciaires, notamment en lien avec le trafic de stupéfiants pour le duo venu à Clemenceau avec des armes « hautement létales ». « La justice veut marquer le coup par rapport aux fusillades » survenues ces derniers mois à Bruxelles, a commenté Maître Crutzen. « On ne veut certainement pas minimiser le fait que des gamins se retrouvent en rue avec des mitraillettes pour du trafic de cannabis. Mon client est condamné à 11 ans, c’est trois ans de moins que ce que réclamait le parquet. Mais nous restons tout de même dans des peines extrêmement élevées. Nous parlons de jeunes de 19 ans, en décrochage à tous les niveaux. Que la société décide de les enfermer, de les priver de liberté, c’est une chose. Mais la grande question est ce qu’on va en faire pendant 11 ans ? L’État belge développe des centaines de millions d’euros pour construire de nouvelles prisons. Pourtant, il n’y a presque aucun budget disponible pour prendre en charge ces jeunes une fois qu’on les a mis en prison. »

Concernant J. M., la présidente a souligné que ses déclarations lors des auditions « n’étaient pas crédibles » et qu’il avait « apporté une aide aux auteurs vraisemblablement contre rémunération », ce que réfute son avocate, Maître Céline Delfosse. « Ce qu’on reproche aujourd’hui à mon client, c’est d’avoir participé à l’organisation criminelle et d’avoir détenu des armes chez lui. D’après le tribunal, en tout cas, ils ont décidé que monsieur ne pouvait pas ignorer la présence des armes dans le sac, même s’il ignorait ce qui avait été fait avant qu’ils viennent déposer les armes chez lui. Mon client a toujours reconnu avoir ouvert la porte à ces deux individus. Il a d’ailleurs immédiatement participé à l’enquête. Ce qu’il conteste, c’est de savoir ce qu’il y avait dans le sac et de connaître l’existence des armes. »

La STIB a été partie civile dans ce procès. Les trois prévenus ont été condamnés à verser plus de 77 000 euros de dommages à la société de transports en commun pour les perturbations causées au réseau du métro.

En 2025, la police avait enregistré une centaine d’incidents de tirs sur le territoire bruxellois, soit un tous les trois jours.