Procès de Strépy-Bracquegnies : Antonino Falzone, passager, jugé.
La cour d’assises du Hainaut, réunie sur le site du Lotto Mons Expo, a enchaîné les interrogatoires en ce premier jour de procès, après avoir entendu Paolo Falzone, c’est au tour d’Antonino Falzone. Le bilan de l’accident à Strépy-Bracquegnies fait état de 7 morts et 81 personnes blessées.
La cour d’assises du Hainaut, exceptionnellement réunie au Lotto Mons Expo, poursuit les interrogatoires lors du premier jour du procès. Après écouter Paolo Falzone, le conducteur du véhicule, c’est le tour d’Antonino Falzone. Bien qu’aucun lien de parenté n’existe entre eux, ils étaient amis. Le jour de l’accident, ils se trouvaient à bord de la BMW qui a causé la tragédie rue des Canadiens, à Strépy-Bracquegnies. Le bilan est tragique : 7 morts et 81 blessés.
### L’interrogatoire d’Antonino Falzone
L’accusé déclare avoir été employé avant le drame, mais il a depuis perdu son travail. « Avec mon nom qui est partout, c’est impossible de trouver un travail ». Il évoque sa relation avec Paolo Falzone : « Au moment du drame, je le connaissais depuis 10 ans ». Après une période de séparation, ils avaient renoué les contacts : « De temps en temps, on sortait », ajoute-t-il, ajoutant que « Paolo est lourd avec les filles ». Antonino Falzone insiste sur le fait qu’il n’est pas amateur de vitesse : « Je n’ai jamais eu de grosses voitures ». Quant à la BMW de Paolo, il reste évasif : « Je pense qu’il m’a dit qu’il avait fait quelque chose sur sa voiture ». La présidente de la cour, Martine Baes, lui demande s’il était au courant que Paolo se filmait en conduisant. Il nie, déclarant : « Je n’étais pas du tout concentré sur lui et sur la route ».
### Des contradictions relevées dans les déclarations
La présidente souligne une incohérence dans ses propos : « Vous dites que vous dormiez. Pourtant, on vous entend dire « oh » (ndlr : un oh de stupeur). Donc, ce n’est pas l’impact qui vous réveille ! Après, vous avez dit que c’était le coup de frein qui vous avait réveillé ! ». Elle souligne aussi une différence concernant l’utilisation du GSM. « Votre GSM s’éteint juste avant l’impact, or, d’après l’analyse, il s’éteint à 4h56 et 5 secondes, l’impact ayant lieu à 5h05 minutes ! ». L’accusé demeure ferme, réclamant : « Ça doit être une erreur, je ne comprends pas, ce n’est pas possible. Ça s’est passé comme je vous dis ». « Paolo Falzone a toujours maintenu que vous ne dormiez pas », lui précise Martine Baes.
### Les premières minutes après l’impact
Antonino raconte son état dans les secondes suivant l’accident : « J’ai cette pauvre dame sur moi, je perds tous mes moyens. Je ne sais pas d’où elle vient. Je ne sais pas comment réagir. On entend des insultes. Paolo crie, je crie. Je ne comprends pas ce qu’il se passe. Le pare-brise est étoilé. Il y a une personne entre nous deux. Je ne le vois pas non plus à cause de cette personne. »
La présidente lui demande s’il avait conscience de se trouver au milieu de la foule. « Je ne prends pas conscience, ça va trop vite », répond-il.
### Pourquoi ne pas avoir tenté les premiers secours ?
Sous les questions de la présidente, Antonino explique ce qu’il a fait après l’arrêt du véhicule. « Je détache ma ceinture, je pose délicatement la tête de la dame qui est sur moi. Je sors ». Il décrit la victime comme gravement blessée, tandis qu’une autre est « encore pire ». Il mentionne avoir cassé le pare-brise pour essayer de dégager la fille. « Je précise que j’en ai fait des cauchemars ». La présidente note que la dame était encore consciente à ce moment-là. « Pourquoi ne pas avoir tenté les premiers secours, vous qui avez la formation ? », demande-t-elle. « Je ne sais pas. Je pensais qu’elle était trop mal en point. J’étais comme hors de mon corps. Comme si ce n’était pas moi. Je le regretterai toute ma vie ». Elle souligne que « madame Ricotta était consciente, elle a encore pu parler aux pompiers à leur arrivée et leur donner son nom. Vous auriez pu la maintenir éveillée ».
### Figé comme un piquet
Antonino décrit un état d’hébétude, affirmant : « J’ai fait signe comme un pantin désarticulé à une ambulance. J’ai vu un groupe passer. Je suis resté figé, comme un piquet ». La présidente, sans ménagement, interroge l’accusé sur son manque de réaction. « Votre GSM est déchargé. OK, mais pourquoi ne pas avoir sonné aux portes, interpellé les personnes qui se trouvaient dans le groupe qui passait ? ». L’accusé convient qu’il aurait dû agir. « Je n’ai pas compris que les personnes du groupe n’intervenaient pas ». « Donc, vous êtes conscient qu’il faut une réaction. Mais vous l’attendez des autres », conclut la présidente.
Ce mardi et mercredi, la cour d’assises entendra le juge d’instruction chargé de l’affaire ainsi que les enquêteurs.

