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Les Académies de football : Nejmeddine Oumaya estime que « les objectifs sont déviés »

La Tunisie a remporté une médaille d’or des moins de 21 ans lors des Jeux méditerranéens en 2001. À Bizerte, on dénombre une trentaine d’académies, toutes payantes, et il est courant qu’un jeune se trouve inscrit dans deux académies à la fois.


L’ancien membre de la direction technique nationale (DTN), entraîneur et directeur technique au CAB, analyse l’impact croissant des académies de football sur le paysage sportif tunisien.

On pensait avoir trouvé une solution à la réduction des terrains vagues, ces espaces où les jeunes des quartiers pouvaient s’exercer au sport, notamment au football. Pour remédier à cette situation, des clubs ont été autorisés à ouvrir des académies de football, encadrées par d’anciens joueurs, des enseignants d’éducation physique et des entraîneurs. « La DTN a établi des objectifs clairs entre 1990 et 2000. Nous avons constaté la diminution des terrains vagues, voire leur disparition totale. Il était donc nécessaire de créer une structure qui puisse accueillir les jeunes désireux d’apprendre le football dès leur plus jeune âge, comme c’est la norme ailleurs dans le monde », déclare Nejmeddine Oumaya, ancien membre de la DTN et ex-directeur technique au CAB. Il ajoute : « Grâce au centre de formation des jeunes, la Tunisie a remporté une médaille d’or des moins de 21 ans aux Jeux méditerranéens en 2001. En 2004, les seniors de la génération de Karim Hagui ont remporté la Coupe d’Afrique. Durant l’ère de Hamouda Ben Ammar et Khaled Sancho, la DTN avait des objectifs clairement définis ».

Cependant, il semble qu’une dérive des objectifs ait eu lieu, selon notre interlocuteur. « Au départ, l’objectif était d’encourager la créativité. Mais à cause de l’appât du gain, la situation s’est détériorée. Les parents voient en leurs enfants non pas des futurs footballeurs, mais des sources financières. C’est regrettable, mais cela se passe de la même manière dans les clubs qui manquent également de ressources financières. Cela arrange tout le monde, mais ce n’est pas une approche sérieuse, malheureusement. »

À Bizerte, on compte environ trente académies, toutes payantes. Au CAB, la cotisation est de 50 dinars par mois, tandis qu’à Tunis, cela peut atteindre 100 dinars. De plus, il est courant qu’un jeune soit inscrit dans deux académies en même temps, selon notre source. Malgré la multiplication de ces structures, il reste rare de voir un joueur se démarquer par son talent dans notre championnat. « C’est étonnant, n’est-ce pas ? » s’interroge Nejmeddine Oumaya, qui explique ce paradoxe par « la non-application des cahiers des charges et l’intervention des parents, qui projettent des ambitions démesurées sur leurs enfants. Par ailleurs, l’encadrement est souvent déficient et l’inspection est inexistante. De nos jours, l’académie est perçue comme une source de revenus plutôt que comme une école d’initiation aux fondamentaux du football, une structure où l’on apprend sur des bases solides le sport roi ». Étant donné la facilité d’obtention des diplômes d’entraîneurs formateurs, il n’est pas surprenant que notre football recule.

Face à cette pénurie de talents locaux dans notre championnat, la recherche de binationaux pour renforcer l’équipe nationale est devenue la solution envisagée.