Privatisation à 20% de Belfius : 3 questions sur 2 milliards d’euros et la dette
Les recherches d’investisseurs pour la vente de 20% du capital de Belfius, détenue à 100% par l’État, commencent ce lundi, sous l’égide de la SFPIM. Belfius a déclaré un bénéfice net après impôts de 1,16 milliard d’euros dans son dernier rapport annuel.
C’est ce lundi que commencent les recherches d’investisseurs pour la vente d’une partie de Belfius. La banque, entièrement détenue par l’État, va ouvrir 20% de son capital à des actionnaires privés, comme l’a annoncé la SFPIM (Société Fédérale de Participations et d’Investissement) suite à une décision du gouvernement De Wever ce week-end. C’est également la SFPIM qui sera chargée de lancer un appel officiel aux investisseurs.
Il ne s’agit pas d’une introduction en bourse où chaque particulier pourrait acheter quelques actions. L’objectif est plutôt de cibler des institutions, des fonds de pension, des compagnies d’assurance ou des familles fortunées. Quelle somme est en jeu ? Cela aidera-t-il à réduire la dette ? Quelles pertes l’État pourrait-il subir en échange d’un montant substantiel ? Voici trois questions qui méritent une réponse.
### Combien l’État espère empocher ?
Dans son dernier rapport annuel, Belfius annonçait un bénéfice net après impôts de 1,16 milliard d’euros, en légère hausse par rapport à l’année passée (1,13 milliard d’euros en 2024). Ses fonds propres s’élèvent maintenant à 13 milliards d’euros, ce qui indique que Belfius est en très bonne santé financière.
Cette bonne santé implique une valorisation croissante de Belfius. Les investisseurs potentiels devront débourser plus qu’il y a cinq ans. Pour l’État, vendre au meilleur prix semble être une bonne affaire. La valeur totale de la banque, estimée sur la base de son bénéfice et de ses capitaux, dépasse les 10 milliards d’euros. En mettant en vente 20%, l’État espère donc récupérer 2 milliards d’euros, malgré des négociations délicates.
Cette somme de 2 milliards d’euros peut sembler dérisoire au premier abord. Pour mettre cela en perspective, en 2011, année où l’État a racheté Dexia, l’ancien nom de Belfius, pour éviter sa faillite, il a dépensé 4 milliards d’euros pour 100% de la banque. Aujourd’hui, il revendrait 20% pour 2 milliards d’euros. Cela montre qu’après 15 ans, l’État a réalisé une bonne opération.
La rentabilité de Belfius se manifeste également par le versement régulier de dividendes à l’État, qui a reçu des compensations dans le cadre du sauvetage, ce qui a contribué à l’augmentation de sa valeur.
> *« Même si l’État n’a pas eu le choix à l’époque, et que le but n’était pas de faire du bénéfice en rachetant Dexia à la base, il ne s’en sort pas mal aujourd’hui. »* – Jean-François Husson, professeur en Finances publiques à l’UCLouvain
Depuis 2011, les dividendes ont constitué la plus grande source de revenus pour l’État. Après avoir été nuls en raison de la proche faillite de la banque, ces dividendes ont progressivement atteint près de 450 millions d’euros annuels ces dernières années. En quinze ans, Belfius a versé environ 3,6 milliards d’euros de dividendes à son unique actionnaire.
### Quel avenir pour Belfius avec des actionnaires privés à bord ?
L’entrée de nouveaux actionnaires privés, dont le profil reste encore flou, soulève des questions. *« L’enjeu numéro 1 à mes yeux : c’est qu’il faut que le centre de décision reste en Belgique »,* souligne Jean-François Husson. Il attire l’attention sur les risques de perte de contrôle stratégique évoquant des précédents comme Sabena ou Dexia, où le leadership a été confié à des étrangers.
En limitant la vente à 20%, l’État belge conserverait cependant une position d’actionnaire majoritaire. *« Mais il ne faut pas oublier la dimension industrielle »,* remarque Jean-François Husson. Avec de nouveaux actionnaires privés, la question se pose de savoir si Belfius sera renforcée dans ses partenariats durables et si elle aura accès à de nouveaux financements.
Belfius réalise un certain nombre de missions dites « de service public », comme l’évaluation annuelle du financement des hôpitaux et le prêt aux communes en difficulté. L’avenir de ces missions pourrait être remis en question si les nouveaux actionnaires privés se montrent moins enclins à soutenir des investissements non rentables. *« On pourrait se demander si les futurs actionnaires privés continueront à vouloir réaliser ces missions non rentables, voire risquées »,* s’interroge l’expert.
Ces évolutions détermineront finalement si l’État a fait une bonne opération en vendant 20% de Belfius. La banque continuera-t-elle à croître et à se montrer rentable ? La réponse reste incertaine, tout comme elle l’était lors du rachat de Dexia en 2011.
