Belgique

Près d’un Belge sur 10 victime d’inceste : alerte sur le soutien manquant

Environ 7% des Belges déclarent avoir été victimes d’inceste selon la définition actuelle du Code pénal. Par ailleurs, un Belge sur quatre (25%) affirme avoir connaissance d’une personne vivant l’inceste ou l’ayant vécu.

Environ 7% des Belges affirment avoir été victimes d’inceste selon la définition actuelle du Code pénal, qui le définit comme « les actes à caractère sexuel commis au préjudice d’un mineur par un parent ou allié ascendant en ligne directe, par un parent ou allié en ligne collatérale jusqu’au troisième degré, ou toute autre personne occupant une position similaire au sein de la famille des personnes précitées« . Cela concerne donc le cercle familial proche, incluant les parents, grands-parents, frères, sœurs, oncles, tantes, neveux et nièces, ainsi que les grands-oncles et grandes-tantes. Cependant, les cousins et cousines, qui font partie du quatrième degré, ne sont pas inclus.

Pour de nombreuses associations, la définition devrait être élargie aux cousins et cousines, ce qui porterait le nombre de Belges victimes d’inceste à 9%. Les femmes sont particulièrement touchées, avec 12% d’entre elles déclarant avoir été victimes, contre 6% des hommes. « On le savait, et maintenant on ne peut plus le nier, c’est un phénomène majeur aussi chez nous, a réagi Lise Fostier, membre du collectif Patouche à l’origine de l’enquête. C’est-à-dire que lorsque l’on élargit la définition de l’inceste aux cousins et cousines, ce qui nous semble pertinent, on atteint 9% de la population belge victime d’inceste, soit près d’un million de Belges.« 

Selon le sondage, le cousin de la victime est souvent le principal agresseur, plus que l’oncle, le père ou le frère. La cousine arrive en second (10%), mais elle est la première personne mentionnée par les hommes (25%). De plus, 19% des répondants indiquent que l’agresseur a bénéficié d’une complicité active ou passive d’un autre membre de la famille ou d’un proche.

Un Belge sur quatre a connaissance de faits incestueux

Les Belges ont également été interrogés sur leur connaissance de personnes vivant ou ayant vécu des faits d’inceste. À cette question, un Belge sur quatre (25%) déclare connaître une telle situation. Les femmes (31%), les 35-54 ans (34%) et les habitants de Bruxelles (33%) sont particulièrement informés. Par ailleurs, 8% des Belges affirment connaître plusieurs victimes d’actes incestueux.

Ce n’est pas l’inceste qui est tabou, c’est en parler qui est plus compliqué.

Cette question de la connaissance souligne les difficultés à aborder ce phénomène. Cette complexité a également impacté le sondage lui-même, selon Lise Fostier. « Ce qui est saisissant, c’est que pour réaliser ce sondage, les instituts ont besoin de contacter en général 3500 personnes pour obtenir 2000 répondants représentatifs de la société. Ici, il a fallu 8000 demandes pour obtenir 2000 réponses, ce qui montre la difficulté à faire face à l’inceste.« 

Peut-on en conclure que le sujet est tabou ? « Ce n’est pas l’inceste qui est tabou, puisqu’il est si répandu qu’on ne peut pas le dire ainsi. C’est en parler qui est plus compliqué.« 

Les experts notent qu’il n’y a pas de différence de probabilité d’être victime d’inceste selon les groupes sociaux. En d’autres termes, la probabilité d’être victime d’inceste est la même, que ce soit dans un milieu populaire, de classe moyenne ou privilégié. Cependant, les Belges issus de la classe moyenne connaissent moins de personnes victimes d’inceste que ceux provenant d’un milieu populaire ou aisé.

Une personne victime d’inceste sur deux a été victime de viol

Un second volet de l’enquête ne demande pas aux Belges s’ils estiment être ou avoir été victimes d’inceste, mais interroge ceux qui ont déclaré en avoir été victimes (181 personnes sur 2000) sur les actes qu’ils ont subis. La grande majorité d’entre eux déclare avoir été soumise à des agressions sexuelles (imposition d’attouchements) ou forcée à réaliser des gestes à caractère sexuel. Pour près d’un répondant sur deux, il s’agissait de viol.

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Les femmes victimes d’inceste sont largement plus nombreuses (92%) que les hommes (75%) à avoir subi des agressions sexuelles. En revanche, il n’y a pas d’autre catégorie d’acte incestueux plus présente chez les femmes que chez les hommes, qui présente une différence statistiquement significative. En revanche, les hommes sont plus nombreux (27%) que les femmes (11%) à avoir été témoins de violence sexuelle subie par autrui, ce qui peut par exemple illustrer un garçon assistant à des actes incestueux sur sa sœur.

Les personnes ayant répondu « oui » aux questions précédentes ont ensuite été interrogées sur le nombre d’agresseurs. Il apparaît que 21% des 158 personnes ayant subi des agressions sexuelles ou ayant été contraintes à des gestes sexuels ont été victimes de plusieurs agresseurs. 25% des victimes de viol rapportent avoir été agressées par plusieurs personnes.

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Une victime sur trois a vécu une période d’amnésie traumatique

Parmi les 181 personnes du panel ayant été victimes d’inceste, près d’une sur trois (29%) a vécu une période d’amnésie traumatique, c’est-à-dire des périodes où les faits ont été oubliés. Ce mécanisme de défense inconscient empêche l’accès aux souvenirs. Cette amnésie peut être partielle ou totale et peut être levée des années plus tard grâce à un stimulus sensoriel (odeur, bruit, image) lié au traumatisme.

La durée de cette amnésie varie. Dans l’échantillon de répondants :

  • 1 à 3 ans pour 17% des répondants ;
  • 4 à 6 ans pour 27% ;
  • 7 à 10 ans pour 18% ;
  • 11 à 20 ans pour 23% ;
  • Plus de 21 ans pour 15%.

« Certaines personnes sont encore aujourd’hui en amnésie post-traumatique, déclare Lise Fostier, ce qui montre, selon elle, que les chiffres de cette étude sont sous-estimés. » Elle précise que l’échantillon utilisé pour cette enquête ne comprend pas les personnes internées en psychiatrie, les sans-abri ou les personnes décédées prématurément par suicide, qui sont des profils chez lesquels l’inceste est statistiquement plus probable.

40% des victimes n’ont pas révélé les faits à leurs proches… la parole des autres a souvent été mise en doute

88% des victimes l’ont été lorsqu’elles étaient mineures. La plupart des cas ont débuté entre 4 et 6 ans (25%), 7 et 10 ans (23%) et entre 11 et 14 ans (28%). Une part significative des victimes (40%) n’a jamais communiqué ces faits à leur entourage, selon une autre question du sondage. Pour les autres, les faits ont été partagés avec un cercle proche à divers moments de leur vie :

  • 26% après les faits, à l’âge adulte ;
  • 21% après les faits, alors qu’ils étaient mineurs ;
  • 16% au moment des faits, étant mineurs ;
  • 6% au moment des faits, à l’âge adulte.

Pour ceux qui ont pris la parole, cette étude révèle que la réaction des proches a souvent été négative, remettant en cause leur parole (46%), demandant le silence (43%), accusant de mensonge (33%) et provoquant un éloignement ou une exclusion du cercle familial (30%).

Les réactions de soutien et d’assistance à la victime ont été moins fréquentes.

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Les hommes ont été plus soutenus que les femmes

Les hommes ont été beaucoup plus nombreux (39%) que les femmes (15%) à avoir été crus, protégés et avoir obtenu les soins nécessaires.

Parmi les 181 personnes victimes d’inceste dans le panel, seules 27 ont porté plainte, soit 15% des cas. Sur ces 27 plaintes :

  • 10 ont abouti à un procès et une condamnation, avec reconnaissance de culpabilité des auteurs ;
  • 6 ont mené à une instruction, où les violences subies ont été reconnues mais minimisées (viol transformé en agressions sexuelles ou atteintes sexuelles) ;
  • 7 ont été classées sans suite ;
  • 4 ont mené à une instruction puis à un non-lieu, sans procès.

Selon Lise Fostier du Collectif Patouche, cette étude montre que les victimes ne reçoivent pas une prise en charge adéquate, que ce soit médicalement, paramédicalement, collectivement ou judiciairement. « Les chiffres sont catastrophiques. Par exemple, seulement un quart des personnes ont eu accès à des soins psychologiques.« 

Quelles solutions mettre en place ?

« Ce rapport vise à briser le silence et à aborder ce sujet de manière sérieuse en tenant compte de l’ampleur de l’inceste en Belgique, explique Lise Fostier du Collectif Patouche. Il servira également à soutenir nos revendications, notamment la nécessité de former des professionnels et de mettre en place des actions de prévention, etc.« 

Ces revendications ont été présentées au panel de répondants et consistent à faciliter le signalement par les professionnels d’une suspicion d’inceste, à développer des programmes de formation pour ces professionnels, à élargir la définition d’inceste aux cousins/cousines et aux membres de la famille par alliance, à écarter les agresseurs dès la révélation des faits ou à sensibiliser enfants et parents à l’école. La plupart de ces mesures recueillent un large soutien au sein de la population sondée, et pas uniquement auprès des victimes d’inceste.

Actuellement, le Collectif Patouche dénonce « un manque de reconnaissance » au niveau politique, « pas assez de structures, pas suffisamment de professionnels formés, pas assez de moyens« , ce qui impacte la prise en charge judiciaire et la santé publique, selon eux.

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Cette étude a été réalisée par l’institut de sondages Dédicated, sur commande de Patouche et Ensemble contre l’Inceste, auprès de 2007 Belges majeurs entre le 10 et le 26 avril 2026. Les répondants ont été sélectionnés de manière à ce que l’échantillon soit « strictement représentatif de l’univers de référence. » La marge d’erreur maximale est de 2,19%.

SOS inceste réunit une équipe pluridisciplinaire qui accompagne des personnes, femmes et hommes, confrontées ou ayant été confrontées à des abus sexuels intrafamiliaux : 02 646 60 73.