Belgique

Paul De Grauwe : Les avocats, docteurs et top managers doivent être imposés comme le Belge moyen.

Depuis 2013, les recettes de l’État ont diminué en proportion du PIB de plus de 3 %, représentant une perte de recettes de plus de 20-21 milliards. Dans le top 1 % des revenus, la charge fiscale est aujourd’hui de 23 %, alors que celle du belge moyen est de plus de 40 %.


Il y a plusieurs réformes douloureuses qui viennent d’être adoptées ou qui vont l’être. Parmi celles-ci figurent la limitation du chômage dans le temps, la réduction de certaines pensions et un contrôle renforcé des malades de longue durée. Est-il indispensable de réduire le train de vie de l’État aujourd’hui ?

Paul De Grauwe : Bien sûr, il faudra agir sur les dépenses. Je ne veux pas le nier. Mais je constate en même temps que depuis environ 2013, les recettes de l’État ont diminué par rapport au PIB, avec une baisse de plus de 3 % du PIB. Cela correspond à une perte de recettes de plus de 20 à 21 milliards d’euros. Depuis 2013, la fin de la crise de la dette a joué, mais il y a également eu des réformes. Par exemple, l’impôt sur les sociétés a été réduit. Ceci a conduit à un mouvement où un bon nombre de personnes à hauts revenus ont quitté le statut d’employé pour adopter un autre statut leur permettant de transformer leurs revenus en profits de société. Cela a entraîné une diminution de leur imposition, tout en réduisant les recettes fiscales pour les autorités.

Donc, ces personnes ne paient plus leurs impôts de la même manière, car il ne s’agit plus d’un impôt sur le travail comme pour un salarié, mais d’un impôt sur les sociétés. Cela coûte donc moins aux caisses de l’État ?

Tout à fait. Il y a une perte de l’imposition des personnes physiques. De plus, les cotisations sociales ont également diminué. Parallèlement, l’imposition indirecte a été de plus en plus utilisée à d’autres fins. Par exemple, dans le secteur de la construction, les taux pour la rénovation ont été réduits, ce qui représente également une perte de revenus. Cela a été fait de manière systématique, entraînant une tendance à la baisse des recettes d’imposition indirecte. Une série de changements ont ainsi conduit à cette perte de recettes fiscales pour les autorités. Ne devrions-nous pas prendre des mesures pour y remédier ?

Que faut-il faire en priorité alors ?

Les personnes à revenus très élevés tendent à déplacer leurs revenus vers des sociétés, et la législation actuelle facilite cela. Je pense qu’il faut essayer de supprimer ces possibilités afin que ces individus paient comme les autres. Je remarque, par exemple, que dans le top 1 % des revenus, la charge fiscale est aujourd’hui de 23 %. En revanche, pour vous et moi, elle est de plus de 40 %. Pourquoi ceux qui gagnent 60 000 euros par mois devraient-ils bénéficier d’une charge fiscale plus faible que le Belge moyen ? Nous devons aborder ce problème pour garantir un traitement équitable, sans discrimination.

Faut-il instaurer un impôt minimal ? Une forme de taxe Zucman ? Quelle est votre vision ?

C’est une option, mais je ne pense pas que ce soit la solution à ce problème. Beaucoup d’avocats, de médecins et de cadres supérieurs d’entreprises changent de statut. Il faut donc fermer ces possibilités. Ils devraient conserver leur statut d’employé et être imposés comme le Belge moyen, sans augmentation des taux.

Vous indiquez que les plus riches paient moins d’impôts que ceux dont les revenus sont un peu inférieurs. 43 % d’impôts pour le Belge moyen et 37 % pour les 5 % les plus riches, qui gagnent en moyenne 19 000 euros nets par mois. L’instauration d’un impôt sur la fortune, qui fait beaucoup débat actuellement, serait-elle une solution ?

Cela pourrait être une possibilité. Je suis pour une telle solution. Toutefois, je pense que le problème principal aujourd’hui est d’introduire un système non discriminatoire qui traite tout le monde de la même manière. Il est inacceptable que des individus ayant un revenu moyen de 60 000 euros par mois aient une charge fiscale deux fois moins élevée que celle du Belge moyen.

Pourquoi est-il si difficile de mettre en place cet impôt sur la fortune ?

C’est un problème commun à tous les pays. Il est évident que les personnes à revenu élevé exercent un poids politique plus important que le nôtre. C’est, je crois, la raison principale pour laquelle il est si difficile d’opérer des changements. C’est regrettable, mais c’est la réalité.

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