Belgique

Pascale Clark à Christophe Gleizes : « Tu ne deviens pas un enjeu diplomatique »

Christophe Gleizes a été condamné à sept ans de prison et son incarcération a été immédiate. Il a été arrêté il y a deux ans à Tizi Ouzou et est accusé d’apologie du terrorisme en raison de son travail journalistique.


Cher Christophe, cher Christophe Gleizes,

Je t’adresse ce message en te tutoyant, bien que nous ne nous connaissions pas. C’est un tutoiement entre confrères, comme avec un petit frère. À 37 ans, tu ne devrais pas croupir dans une prison algérienne, sans raison apparente. Quel est le délit exact que tu as commis ? À part exercer ton métier, évidemment. Journaliste. Sur le terrain. Surtout en Afrique. Fureter, enquêter, rencontrer, écrire. Pour les magazines Sofoot et Society, tu as devant toi de nombreuses pages à rédiger, c’est génial.

Il y a deux ans, à Tizi Ouzou, la catastrophe. Arrestation. Contrôle judiciaire. Interdiction de quitter le territoire. Quelles sont les intentions de l’Algérie à ton égard ? Tu es entré dans le pays avec un projet ambitieux. Avec un simple visa touristique, n’est-ce pas ta faute si les visas professionnels sont rares ? Tu travaillais sur un reportage concernant le club Jeunesse Sportive de Kabylie, le plus grand club de football d’Algérie, arborant un maillot jaune et vert, riche en talents et en personnalités. Quelle est l’accusation du pays ? D’avoir exercé ton métier et d’avoir conversé avec des personnalités liées au Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie. Selon la logique locale : puisque cette organisation est considérée comme terroriste par Alger, tu es poursuivi pour apologie du terrorisme. C’est aussi simple que cela.

Cher Christophe, comment en est-on arrivé là ? Il y a bientôt un an, une condamnation implacable est tombée : sept ans de prison. Incarcération immédiate. Une cellule de 10 m² pour deux, au moins tu peux jouer aux échecs avec ton co-détenu. Quelques mois plus tard, peine confirmée en appel, comment avons-nous atteint ce point ? #FreeGleizes a bien pris, après un départ difficile. #FreeGleizes, pour ta libération, sache que tu es soutenu comme un club de foot. Ta mère se bat, ton frère aussi. Le monde du football s’engage… Bon, on aurait espéré un geste de Zinedine Zidane, mais il n’est jamais venu, à notre connaissance.

Cher Christophe, je n’ai pas vraiment envie de plonger dans les détails, quelqu’un d’autre te racontera comment tu es devenu un enjeu diplomatique à toi seul.

Les relations entre la France et l’Algérie sont glaciales ; certains hommes politiques français ont pensé qu’il était bon de faire preuve de fermeté et de blâmer.

Pour ma part, je crois en des progrès. Les relations diplomatiques entre la France et l’Algérie ont repris, tu as changé de prison pour être plus proche d’Alger, tu as renoncé à ta cassation. Il ne te manque que la grâce du Président Tebboune, qui l’a accordée à l’écrivain Boualem Sensal, bien qu’il le regrette désormais, mais j’espère que c’est une autre histoire.

Cher Christophe, cela va certainement être un peu court pour la finale PSG/Arsenal ce soir ; il paraît que tu es un fervent supporter du PSG. Alors visons plutôt le 11 juin, pour l’ouverture de la Coupe du monde de football. Tu sais que l’Algérie est qualifiée. Au premier tour, elle affronte l’Argentine, championne du monde. Ils ne vont tout de même pas te l’imputer.

Cher Christophe, un de ces jours, lorsque la grâce sera prononcée, tu nous feras lire ton journal de bord. Tu as intérêt à te dépêcher.

Baisers balle au pied,

Pascale