Belgique

Nucléaire à l’arrêt, manque d’eau potable : cet été, conséquences du réchauffement climatique.

Partout, les producteurs d’électricité subissent des impacts : en Autriche, en Hongrie et en Roumanie, le faible niveau d’eau dans le Danube entraîne l’arrêt de plusieurs centrales ou une réduction de leur capacité.

Centrale nucléaire presque à l’arrêt en Hongrie

La Hongrie fait face à sa quatrième vague de chaleur cet été : le pays est placé en alerte chaleur « de 3ème niveau » pour cinq jours, avec des températures dépassant les 39° ce vendredi, alors que la moyenne des maxima est habituellement de 29°.

À Paks, où se trouve la seule centrale nucléaire hongroise, le niveau d’eau est inférieur de 121 cm au précédent record. Bien qu’il y ait encore suffisamment d’eau dans le fleuve pour refroidir les réacteurs, les bouches des tuyaux d’aspiration sont trop hautes pour permettre le pompage. Des travaux sont prévus pour les abaisser.

En attendant, l’un des quatre réacteurs de Paks est déjà à l’arrêt. Le Premier ministre Péter Magyar avertit que « les autres pourraient suivre dans les prochaines heures ».

Cela pourrait entraîner une baisse de la production de 2000 à 960 mégawatts, à un moment où la consommation électrique atteint des sommets en raison de la vague de chaleur extrême. En soirée, la demande des climatiseurs atteint 6000 mégawatts en Hongrie. Les citoyens sont appelés à réduire leur consommation d’électricité entre 17 et 22 heures, en évitant l’utilisation de la climatisation et le chargement des véhicules électriques.

Le gouvernement met en place des mesures d’urgence, telles que des coupures organisées en rotation pour préserver les besoins essentiels, comme l’approvisionnement des hôpitaux et des services de base.

Des vestiges émergent également dans le lit du Danube : les structures métalliques de l’ancien pont François-Joseph, détruit par les Allemands lors de leur retraite, sont visibles sur le fond. Des démineurs de l’armée sont chargés d’inspecter le lit du fleuve asséché à l’aide de détecteurs de métaux pour désamorcer d’éventuelles charges explosives datant des combats de la fin de la Deuxième guerre mondiale.

Menace sur l’eau potable

L’électricité n’est pas le seul problème auquel font face les Hongrois durant cette nouvelle vague de chaleur : la sécheresse prive également d’eau potable des milliers d’habitants de Szentendre, une petite ville au nord de Budapest.

Ce vendredi matin, les résidents se sont réveillés sans une goutte d’eau coulant de leurs robinets, en raison de réservoirs à sec suite à une consommation excessive. Ils sont invités à ne pas arroser leurs jardins et à conserver l’eau pour les besoins essentiels. L’armée intervient en déployant des camions-citernes et en distribuant des poches d’eau potable.

D’autres communes hongroises prennent des mesures préventives pour éviter de se retrouver dans une situation similaire, d’autant plus qu’aucune précipitation n’est prévue dans les jours à venir.

Le troisième lac de Hongrie, situé à Velence à environ quarante kilomètres de Budapest, est en train de s’assécher depuis des décennies et risque de disparaître complètement bientôt. Selon les experts, il pourrait être totalement à sec d’ici cet automne, dans un mois.

Il est devenu depuis longtemps impossible de nager dans le lac ou d’y faire de la voile en raison du manque de profondeur. Les poissons y meurent régulièrement en masse, les oiseaux perdent leur habitat et leurs ressources alimentaires, et le tourisme est en déclin.

Cette situation résulte du changement climatique, mais aussi de décennies de mauvaise gestion des ressources en eau. Actuellement, le phénomène est aggravé par la sécheresse. Une des solutions envisagées pour réapprovisionner le lac de Velence serait d’acheminer de l’eau du Danube par de nouvelles infrastructures. Cependant, le fleuve lui-même souffre d’un manque d’eau.

Non loin, les eaux du lac Balaton sont parfois impropres à la baignade. Ces deux lacs présentent des similitudes, et la disparition progressive du lac de Velence est un très mauvais présage pour le Balaton, que les Hongrois considèrent comme « leur mer ».

Le réchauffement climatique paralyse le nucléaire

Des réacteurs à l’arrêt, cela a déjà été observé en France cet été, avec la suspension de la production de trois réacteurs à Golfech, au Bugey et à Chooz, près de la frontière belge, en raison d’une intense chaleur à la mi-juillet.

Cependant, c’est maintenant la Roumanie qui est la plus touchée. Le niveau d’eau du Danube a chuté à un tiers de la moyenne habituelle pour juillet. À la centrale nucléaire de Cernavoda, qui fournit normalement environ un cinquième de l’électricité roumaine, les deux réacteurs en service ont été arrêtés.

C’est une première : la Roumanie importe désormais de l’électricité d’autres pays. De plus, des épaves de bateaux allemands coulés pendant la Deuxième guerre mondiale réapparaissent à la surface, comme cela a déjà été observé il y a deux ans.

Difficultés de navigation sur le Rhin et le Danube

Sur le Danube, la navigation est perturbée. Cette semaine, près du port roumain de Cetate, un bateau de croisière s’est échoué sur un banc de sable. Les cargos ne peuvent être chargés qu’en partie, ce qui impacte également le transport de pétrole sur le fleuve.

En Bulgarie, près du pont Vidin-Calafat qui enjambe le Danube vers la Roumanie, les bateaux de pêche sont bloqués sur la rive. Les liaisons par ferry entre la Roumanie et la Bulgarie ont été suspendues à deux endroits.

Plus en amont, au barrage slovaque de Gabcikovo, le passage aux écluses est ralenti, et les capitaines sont invités à vérifier la navigabilité de leurs embarcations.

Le Rhin atteint également son niveau le plus bas officiellement enregistré. Ce jeudi, à Lobith, son point d’entrée aux Pays-Bas, le niveau de l’eau a été mesuré à 6,47 mètres au-dessus du niveau de la mer, battant le record d’août 2022.

Cette situation affecte le cœur industriel de l’Allemagne ainsi que le port de Rotterdam. Les péniches circulent avec moins de 30 % de leur capacité, entraînant une hausse des prix et freinant l’économie.

On prévoit que le niveau du Rhin continuera à baisser dans les jours à venir, rendant la navigation impossible ou non viable économiquement.

Selon le centre de recherche néerlandais Deltares, cet assèchement prématuré résulte de la combinaison de trois facteurs : un printemps sec avec des précipitations minimales, des températures anormalement élevées pour la saison ayant provoqué une fonte précoce des neiges et une évaporation accrue, ainsi que le recul des glaciers alpins dû au réchauffement climatique.

Pour assurer sa navigabilité à l’avenir, les experts estiment que le Rhin dépendra principalement des précipitations et non plus des glaciers et de la neige. Cependant, cela nécessiterait des précipitations continues plutôt que des épisodes pluvieux isolés.

Réchauffement climatique

Dans le nord de l’Italie, le niveau d’alerte sécheresse dans le bassin du Pô est passé à « élevé ». À Turin, il est nécessaire de lutter contre les algues qui envahissent le fleuve, rendant la navigation difficile. Plus de 100 communes du Piémont et de Lombardie rencontrent déjà des difficultés d’approvisionnement.

Au pied des Alpes, le lac Majeur et le lac de Côme ont vu leur taux de remplissage diminuer respectivement de 7 % et 6 % en une semaine, après avoir contribué à irriguer les champs de toute la vallée asséchée avec l’eau accumulée durant l’hiver.

L’Autriche est également touchée : « En raison du réchauffement climatique, il neige de moins en moins », explique à l’AFP Florian Seidl, porte-parole de Verbund, le principal exploitant autrichien de centrales hydroélectriques. La production y est inférieure d’environ 30 % à la moyenne.

Tout cela résulte donc du manque de pluie et de la diminution constante des eaux de fonte des glaciers. La plupart de ces cours d’eau prennent leur source dans les Alpes, le Danube dans le massif de la Forêt Noire, et partout les glaciers reculent, entraînant une pénurie d’eau.