Belgique

Fin des soldes : que deviennent les invendus ?

Les derniers panneaux « -70% » s’effacent progressivement des vitrines. Après un mois de bonnes affaires, les soldes d’été arrivent à leur terme.

Cependant, chaque année, le bilan est de plus en plus mitigé. D’après le Syndicat Neutre pour Indépendants, 80% des petits commerçants jugent les résultats décevants.

Que deviennent alors tous les invendus restés en rayon ?

Dans l’immédiat, ces articles qui n’ont pas trouvé preneur restent encore un peu au chaud, dans un coin du magasin. « On fait des prix rouges », explique Catherine Detry, gérante d’un commerce multimarques à Waterloo. Les démarques peuvent, dans son cas, atteindre jusqu’à – 60%.

« On fait comprendre au client qu’il s’agit d’une fin de soldes », ajoute Christophe Wambersie, secrétaire général du Syndicat Neutre pour Indépendants. « Ces promotions se prolongent généralement entre quinze jours et trois semaines. »

« Mon stock, je le mange ! », ironise Catherine Detry.

Mais après ? Rapidement, ces stocks deviennent encombrants, la taille des magasins étant forcément limitée. « Si ça ne part pas avec les prix rouges, je vends les articles à la braderie. Si ce n’est toujours pas vendu, je mets une tringle devant le magasin à prix cassé, avec la mention ‘déstockage' », précise-t-elle.

« L’enjeu, c’est de faire de la place pour les nouvelles collections », explique Christophe Wambersie. « Ils ne vont pas garder le stock vingt ans, surtout dans des commerces de petite taille. »

Lorsque les prix ronds ne suffisent pas, les commerces peuvent faire appel à des entreprises spécialisées dans le déstockage. C’est par exemple ce que fait AS Adventure. « Ces articles bénéficient ainsi d’une seconde vie commerciale », détaille Greet Anthoni, porte-parole du groupe.

« Quand ce sont des chaînes, elles reprennent les invendus et les mettent dans des outlets », ajoute Catherine Detry.

« Il y a aussi des déstockeurs qui viennent acheter au kilo, mais c’est par exemple 5 euros le kilo ! Ce n’est pas très intéressant car un chemisier en soie est beaucoup plus léger qu’une chemise en coton mais coûte beaucoup plus cher », souligne-t-elle.

Les commerçants l’admettent : il est également possible légalement de réintégrer aux nouvelles collections, à prix plein, des articles qui étaient soldés. « La loi ne l’interdit pas », souligne Christophe Wambersie, du Syndicat Neutre pour Indépendants.

« Mais ce ne sont pas des pratiques privilégiées commercialement, car si le client s’en rend compte, ce n’est pas bien vu. »

Catherine Detry admet remettre des invendus dans ses nouvelles collections, mais elle précise que ce sont uniquement des intemporels. « Ce sont des pièces qui sont chaque année les mêmes. Du coup, s’il m’en reste, je les réintègre aux collections et n’achète que les tailles qu’il me manque. Mais ces intemporels, ils ne passent de toute façon pas par la case ‘soldes’. »

Les invendus peuvent parfois aussi être réintégrés aux soldes de l’année suivante.

Pour certaines marques, il peut également y avoir des accords de reprise avec les fournisseurs. « Ce sont des accords commerciaux avec les maisons mères qui reprennent une partie des stocks en fonction de ce qui a été vendu », précise Pierre-Alexandre Billiet, directeur général de Gondola, revue spécialisée dans la distribution. Une solution à laquelle AS Adventure a, par exemple, recours.

Les dons aux associations représentent une autre piste. « Parfois, les produits sont revendus dans des circuits de seconde main », affirme Christophe Wambersie, du Syndicat Neutre pour Indépendants. « J’en mets parfois aux bulles », confirme Catherine Detry, commerçante à Waterloo. « Un huissier de justice doit alors constater la sortie du stock. »

Néanmoins, selon Pierre-Alexandre Billiet, les dons aux associations ne sont pas privilégiés par les enseignes. Contraintes administratives et logistique lourde : « c’est assez compliqué », résume-t-il.

Face aux limites du déstockage et des dons, pendant des années, les enseignes ont eu recours à la destruction de leurs invendus.

Selon une étude de la Commission européenne, dans des secteurs tels que le textile, 21% des produits mis sur le marché peuvent rester invendus, soit 600 000 tonnes de chaussures, vêtements ou accessoires neufs chaque année.

Un produit sur deux était finalement détruit, que ce soit par le recyclage, l’incinération ou la mise en décharge. À lui seul, ce gaspillage représente environ 5,6 millions de tonnes d’émissions de CO₂, soit presque autant que les émissions nettes de la Suède en 2021.

Depuis le 19 juillet dernier, en Europe, la destruction de produits non alimentaires est désormais interdite pour les grandes entreprises. Les entreprises de taille moyenne seront soumises aux mêmes règles d’ici 2030. Les petites structures sont exemptées.

« La destruction de produits constitue toujours une solution de dernier recours », réagit la porte-parole d’AS Adventure. « Notre priorité reste de prolonger leur cycle de vie via la revente, la réparation, le don ou le recyclage. »

Mais cette interdiction de destruction sera-t-elle vraiment respectée ? Pour Pierre-Alexandre Billiet, directeur général de Gondola, rien n’est moins sûr.

« C’est très difficile de remonter la chaîne, il y a moyen de camoufler sans aucun souci ! » lance-t-il. Des sociétés se sont d’ailleurs spécialisées dans la gestion des invendus. Elles les achètent à très bas prix. « De plus en plus, c’est cette formule qui est privilégiée car il y a de plus en plus de coûts à garder les stocks. »

Ces sociétés vendent alors à des revendeurs qui revendent ensuite à d’autres revendeurs. « C’est revendu à l’international. À partir de 3/4 intermédiaires, ça devient très peu transparent, ça part dans tous les sens. Les articles peuvent finir dans des dunes en Afrique ou être brûlés. »

Selon Pierre-Alexandre Billiet, les magasins physiques restent néanmoins bien plus enclins à respecter les règles que les acteurs de l’e-commerce.

Au-delà de l’interdiction de détruire les invendus, c’est tout le modèle des soldes qui semble aujourd’hui à un tournant.

À mesure que les promotions se multiplient tout au long de l’année, les périodes de soldes peinent à attirer les consommateurs comme auparavant.

Les commerçants écoulent moins facilement leurs stocks saisonniers, tandis que les collections se renouvellent toujours plus vite.

Dans ce contexte, la question du devenir des invendus risque de se poser avec une acuité croissante, obligeant les enseignes à repenser durablement la gestion de leurs stocks.