Belgique

Mort d’Étienne Davignon : la fin de la « Belgique de Papa » ?

Étienne Davignon, âgé de 93 ans, s’est éteint après 60 ans d’omniprésence dans la vie politique et économique. Au cours de sa carrière, il a été chef de cabinet de plusieurs ministres, président de l’Agence internationale à l’énergie et commissaire européen.


Étienne Davignon était une personnalité marquante, reconnaissable à sa pipe, son grand rire, et son humour. « Je l’ai rencontré il y a une vingtaine d’années dans son bureau, c’était un fumoir, c’était très impressionnant », se rappelle Dorian de Meeûs, rédacteur en chef de La Libre. Les qualificatifs abondent pour décrire cet homme, « un monument, un dinosaure, un symbole de la Belgique de Papa », selon Fabien Van Eeckhaut de la RTBF.

À 93 ans, et après 60 ans de présence dans la vie politique et économique, celui qui a été élevé au rang de comte par son ami le Roi nous a quittés, emportant avec lui ses derniers secrets et une certaine vision de la vie publique. « C’était un homme qui avait une influence tentaculaire, jusqu’aux portes du Palais royal, un homme d’État et un homme d’affaires comme on n’en fait plus », déclare Martine Dubuisson du Soir, évoquant ses souvenirs : « Il y a plusieurs années, un grand commis de l’État me disait, en boutade, ‘rien ne se décide dans ce pays sans Étienne Davignon’. Ça a été vrai pendant plusieurs décennies. »

Peut-être était-ce cela, la Belgique de Papa, avec des serviteurs de l’État, fervents défenseurs du marché, de l’unité belge dirigée par le Roi, et de l’unité européenne à travers la construction européenne. C’était aussi la période où quelques hommes francophones occupaient successivement tous les postes clés.

La carrière d’Étienne Davignon s’illustre par son parcours dans la diplomatie belge, ayant servi comme chef de cabinet pour plusieurs ministres, président de l’Agence internationale de l’énergie, commissaire européen, administrateur d’entreprises, des Beaux-Arts de Bruxelles au Sporting d’Anderlecht, et fondateur de Brussels Airlines. Cependant, lorsqu’en 2008 il se proposait comme président de Fortis, « il n’a pas vu qu’il représentait quelque part l’establishment qui, justement, avait failli pour les actionnaires en question », ce qui lui a valu un rejet marqué lors de l’assemblée générale.

La carrière de cet aristocrate a été jalonnée de controverses. Après le rachat par Tractebel et Electrabel par des intérêts français et la création de Suez-Tractebel, « on lui a reproché d’avoir vendu les bijoux de famille », rappelle Martine Buisson. « Lui renvoyait la responsabilité sur l’État qui refusait d’investir financièrement et qui n’avait pas de vision d’avenir, disait-il. Pour qu’une économie soit florissante, il faut de l’industrie, estimait-il. »

Concernant l’assassinat de Patrice Lumumba, ancien Premier ministre congolais, celui qui était alors stagiaire au ministère des Affaires étrangères a nié jusqu’à la fin toute implication. « On l’aimait ou pas, mais il impressionnait », résume Fabien Van Eeckhaut. Dorian de Meeûs souligne qu’il était « un vrai commis de l’État » et qu’il savait « mettre un peu de douceur dans des dossiers très compliqués », ajoutant qu’il regrette « ce genre de discussion avec certains personnages, aux dirigeants. Ça, ça manque aussi ».

► Écoutez ci-dessus l’intégralité de ce débat dans le podcast de Matin Première.