Belgique

Migrants à Ceuta : Paris affirme que Schengen « n’était pas le problème » mais « plutôt la solution »

Les ministres européens de l’Intérieur se sont réunis mardi lors d’une « réunion informelle » pour discuter des répercussions de l’afflux massif de migrants à Ceuta, une enclave espagnole en Afrique du Nord. Cet événement a mis en lumière les tensions au sein de l’Union européenne concernant la gestion des migrations. Le ministre français Laurent Nuñez a déclaré à la presse que l’espace Schengen ne représentait pas « le problème », mais plutôt « la solution » à cette crise. Il a exprimé des regrets quant aux « dissensions » qui se sont manifestées au sein de l’UE, soulignant que certains pays exploitent ces divergences pour critiquer l’Union.

L’arrivée de dizaines de milliers de migrants a révélé les failles de la coopération européenne sur les questions migratoires. Les images montrant des migrants franchissant la frontière hispano-marocaine par divers moyens ont suscité des réactions vives. D’un côté, l’Espagne, qui défend une approche plus ouverte, et de l’autre, des pays comme l’Italie et le Danemark, qui prônent une ligne stricte. Ces derniers ont rapidement dénoncé ce qu’ils qualifient d' »immigration incontrôlée », la considérant comme une menace pour l’Europe, et ont même appelé à exclure l’Espagne de l’espace Schengen.

La réponse espagnole a été rapide. Le Premier ministre Pedro Sanchez a adressé une lettre aux dirigeants des institutions européennes, critiquant l’attitude « égoïste » de certains États membres et demandant une réunion d’urgence. En réponse, 22 pays, dont l’Italie et la Belgique, ont également envoyé une lettre, mais pour soutenir leur position ferme sur l’immigration. Dans le contexte de cette crise, environ 60.000 migrants ont tenté de rejoindre Ceuta, entraînant des tragédies, avec plusieurs noyades.

Actuellement, selon les autorités de Ceuta, environ 2500 migrants demeurent encore dans l’enclave, sans possibilité de rejoindre le continent européen. La réunion de mardi entre les ministres pourrait-elle être un tournant pour clarifier les positions ? L’Espagne a déjà exprimé sa « frustration » face à un manque de solidarité de la part de certains pays. En retour, des États membres ont remis en question les décisions de Madrid, suggérant que son programme de régularisation des sans-papiers pourrait avoir donné l’impression que « les portes étaient ouvertes ».

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a salué la tenue de cette réunion, plaidant pour une « réponse européenne commune » afin de « renforcer les frontières ». Parmi les mesures envisagées, on trouve une surveillance accrue et l’utilisation de « barrières physiques ». L’Europe a déjà renforcé ses règles d’immigration, permettant l’envoi de déboutés d’asile vers des centres situés en dehors des frontières de l’UE, une initiative que certains États souhaitent approfondir avec des accords potentiels avec des pays comme le Rwanda, l’Ouganda, le Ghana ou l’Ouzbékistan.