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L’euthanasie pratiquée pour la première fois en Uruguay.

Une patiente de 69 ans, atteinte d’un cancer en phase terminale, est morte par euthanasie en Uruguay, marquant une première depuis l’adoption d’une loi autorisant l’aide à mourir pour les malades en phase terminale. En novembre 2025, l’Uruguay est devenu le premier État sud-américain à autoriser légalement l’euthanasie, sous certaines conditions, et le président à l’origine de cette loi a salué « une journée symbolique très importante pour le pays ».


Une patiente de 69 ans fait l’histoire en Uruguay. Souffrant d’un cancer en phase terminale, cette femme dont le nom n’a pas été divulgué a choisi de mettre fin à ses jours par euthanasie. Il s’agit d’une première dans ce pays d’Amérique du Sud depuis l’adoption d’une loi permettant l’aide à mourir pour les personnes en phase terminale. Un député de gauche, co-auteur de cette loi, a qualifié ce moment de « journée symbolique très importante pour le pays« .

En novembre 2025, l’Uruguay est devenu le premier pays d’Amérique du Sud à autoriser légalement l’euthanasie. Cette législation stipule que le patient doit être majeur, citoyen ou résident, et avoir la capacité mentale nécessaire. Il doit se trouver dans une phase terminale d’une maladie incurable provoquant des souffrances insupportables et une détérioration significative de sa qualité de vie. La demande doit être examinée par deux médecins distincts et le patient a le droit de revenir sur sa décision à tout moment.

Cette loi constitue un exemple parmi d’autres, affirmant le rôle de l’Uruguay en tant que précurseur en matière de droits.

L’Uruguay, situé entre l’Argentine, le Brésil et l’océan Atlantique, compte environ 3,5 millions d’habitants sur un territoire équivalent à la moitié de l’Allemagne. C’est une république au régime présidentiel, perçue par de nombreux experts comme progressiste et pionnière en matière de droits.

« En l’espace de très peu de temps, dans les années 2012-2013, il a permis l’adoption de trois lois qui ont été un peu précurseures à la fois en Amérique latine et dans le monde. C’était un peu un des premiers pays du continent à légaliser et dépénaliser l’avortement. Ensuite, le mariage pour tous. Il s’est inscrit dans une dynamique qui avait été ouverte, notamment en Argentine en 2010, et qui par la suite a ouvert aussi la discussion sur les droits des personnes trans. Enfin, c’est le premier pays dans le monde à avoir légalisé au niveau national la consommation de cannabis récréatif« , explique Luis Rivera-Vélez, chercheur au Centre d’études mexicaines et centraméricaines (CEMCA) au Mexique.

De plus, l’Uruguay a été parmi les premiers pays d’Amérique du Sud à accorder le droit de vote aux femmes et à légaliser le divorce. Selon l’indice de la démocratie publié par The Economist, il est le seul pays d’Amérique du Sud qualifié de « démocratie à part entière« .

La laïcité, une histoire politique stable et un urbanisme marqué sont des facteurs contribuant à cette position innovante de l’Uruguay. La séparation de l’État et de l’Église y est enracinée. « Il y a eu une influence française de la laïcité qui a marqué le parti politique qui a gouverné le pays pendant la plupart du XXe siècle« , précise Victor Fernandez Soriano. Un leader charismatique du début du XXe siècle, José Batlle, a introduit des réformes constitutionnelles profondes, dont celle sur la séparation de l’Église et de l’État, en vigueur depuis 1919. Dans d’autres pays comme l’Argentine ou le Chili, l’influence de l’Église sur la politique est restée plus forte.

Cette laïcité impacte le débat public. « Avec la laïcité, il y a un détachement de la population uruguayenne à certaines institutions comme les institutions religieuses. Ce sont elles qui, dans d’autres pays, ont tendance à bloquer les réformes de reconnaissance de droit« , explique Luis Rivera-Vélez. En Uruguay, cette absence favorise des débats nationaux plus ouverts et moins moralistes sur ces questions.

L’historien de l’ULB note également d’autres influences européennes : « Contrairement à ses voisins, c’est un pays qui a connu une histoire relativement calme au XXe siècle. Il y a eu un épisode de dictature militaire, mais, pour le reste, il y a eu une certaine stabilité, aussi bien au niveau politique qu’économique. Tout cela a développé une culture politique plus proche de celle d’autres démocraties mondiales, comme celle de l’Europe occidentale ou de l’Amérique du Nord. »

Au niveau démographique, la majorité de la population uruguayenne est issue d’immigrés européens (italiens, espagnols, suisses, etc.) arrivés au XIXe siècle, ce qui pourrait également aider à expliquer son caractère novateur.

Enfin, il est noté que, malgré des oppositions au sein même du parti au pouvoir dans les années 2012 et 2013, il y a eu une volonté de reconnaître les résultats des débats sociaux. « Il y a eu un laisser-faire politique des choix de la société. C’est vraiment une caractéristique qui est très ancienne en Uruguay« , conclut un chercheur.

Ces différentes avancées et législations trouvent aujourd’hui un large soutien au sein de la population, d’après Luis Rivera-Vélez. Concernant l’avortement, « aujourd’hui, vous avez de moins en moins de refus de la part de certaines institutions ou de médecins qui refuseraient de faire les pratiques« , indique-t-il. Cela vaut également pour d’autres mesures, comme le mariage pour tous, qui n’a pas suscité de problème significatif.

En ce qui concerne le cannabis, le débat initial était plus délicat, mais l’opinion publique s’est finalement montrée convaincue, entraînant une bonne adhésion populaire à la légalisation de la consommation de cannabis. Il en découle un réel intérêt et une bonne compréhension des enjeux, réduisant par conséquent l’opposition.