Belgique

L’Europe perçue comme refuge de stabilité par les Européens.

69% des Belges se disent pessimistes quant à l’avenir du monde, l’un des taux les plus élevés de l’Union européenne. Parallèlement, 76% des Belges estiment que leur pays a bénéficié de son adhésion à l’UE.


« De tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves » disait Jules César. Toutefois, ils apparaissent également parmi les plus inquiets d’Europe, selon l’Eurobaromètre, une enquête paneuropéenne qui mesure régulièrement l’opinion publique dans l’Union européenne. En effet, 69 % des Belges se disent pessimistes quant à l’avenir du monde, ce qui représente l’un des taux les plus élevés de l’Union. Cependant, dans le même sondage, 76 % d’entre eux estiment que la Belgique a tiré profit de son appartenance à l’UE et jugent que l’Union est « un lieu de stabilité dans un monde troublé ».

L’enquête de printemps 2026 de l’Eurobaromètre, réalisée auprès de plus de 26 000 personnes dans les 27 États membres entre avril et mai, brosse ainsi le portrait d’un continent qui doute profondément du monde qui l’entoure sans pour autant douter de lui-même.

**Un monde qui fait peur, une Europe qui rassure**

Le constat est clair : 58 % des Européens se déclarent pessimistes sur l’avenir du monde, une hausse de six points depuis l’automne 2025, marquant la dégradation la plus significative de tout le baromètre. Pourtant, 59 % des personnes interrogées restent optimistes concernant l’avenir de l’Union européenne, un chiffre en légère progression. Bien que l’inquiétude soit croissante, elle ne se traduit pas par une méfiance à l’égard de l’Europe.

L’état émotionnel des Européens reflète cette évolution. Les sentiments les plus souvent évoqués sont l’incertitude (44 %) et l’espoir (43 %), loin devant la confiance (33 %). En Belgique, l’incertitude atteint même 52 %, traduisant une nervosité plus palpable que dans d’autres pays.

Paradoxalement, c’est ce climat anxiogène qui semble renforcer l’attachement à l’UE plutôt que de l’éroder. Plus de 7 Européens sur 10 (75 % et même 76 % en Belgique) pensent que l’UE est « un lieu de stabilité dans un monde troublé », un niveau d’adhésion qui n’avait pas été atteint depuis 2018. Dans l’esprit des citoyens, l’Europe ne fait pas partie du problème, mais est plutôt perçue comme un rempart.

**Les forces de l’UE telles que les citoyens les perçoivent**

Cette confiance se concrétise. Neuf citoyens sur dix estiment que les États membres de l’UE devraient faire preuve de plus d’unité pour relever les défis mondiaux actuels, dépassant les clivages nationaux. De plus, 74 % des Européens (76 % en Belgique) jugent que leur pays a globalement bénéficié de son adhésion à l’UE, un chiffre en constante augmentation depuis plus d’une décennie. La raison principale évoquée n’est ni économique ni technologique : c’est la contribution de l’UE à la paix et à la sécurité (40 % en moyenne, 38 % en Belgique), loin devant la croissance économique ou les opportunités d’emploi.

En effet, la Belgique se distingue par une forte volonté de voir les institutions européennes jouer un rôle plus important. Ainsi, 72 % des Belges souhaitent que le Parlement européen ait un rôle plus important, un chiffre largement supérieur à la moyenne européenne de 60 %. Par ailleurs, 75 % d’entre eux estiment que l’UE devrait accroître son rôle dans la protection des citoyens contre les crises mondiales, contre 68 % pour l’UE27.

**Les failles sous la surface**

Cependant, ce tableau plutôt rassurant pour les institutions européennes cache un décalage significatif entre l’agenda institutionnel et les préoccupations quotidiennes des citoyens.

Lorsque les Européens sont interrogés sur les priorités que l’UE devrait se donner pour renforcer sa présence dans le monde, ils mentionnent en premier la défense et la sécurité (39 %) et l’indépendance énergétique (35 %), en hausse de 6 points depuis l’automne. À l’inverse, lorsqu’il s’agit de leurs attentes vis-à-vis du Parlement européen, l’inflation et le coût de la vie dominent largement (47 %, également en hausse de 6 points), devant l’économie et l’emploi.

Ce contraste entre logique géopolitique et attentes immédiates souligne un enjeu majeur pour l’UE : sa capacité à articuler ses ambitions extérieures avec les préoccupations quotidiennes des citoyens.

Le baromètre met également en lumière de fortes fractures sociales et générationnelles. L’image positive de l’UE varie de 28 % chez les personnes les moins diplômées à 47 % chez celles les plus diplômées. De plus, l’écart est tout aussi marqué selon la capacité à régler ses factures : seulement 37 % des citoyens en difficulté financière chronique ont une image positive de l’UE, contre 54 % chez ceux ne rencontrant jamais ce type de difficultés. Enfin, l’adhésion diminue nettement avec l’âge : 84 % des 15-24 ans estiment que leur pays a bénéficié de l’UE, contre 68 % seulement chez les plus de 55 ans. Cela soulève des questions quant à la pérennité du soutien populaire à l’UE.

**La Belgique, concentré du paradoxe européen**

Tout ce paradoxe se lit de manière condensée dans les chiffres belges. Plus pessimistes que la moyenne concernant l’avenir du monde, les Belges demeurent attachés à l’idée européenne : 76 % estiment avoir bénéficié de l’adhésion, et 75 % souhaitent que son rôle protecteur soit renforcé.

Ce contraste prend une dimension particulière alors que Bruxelles abrite des institutions au cœur des grandes batailles contemporaines : tensions commerciales avec Pékin, négociations sur le futur cadre financier pluriannuel, montée des partis eurosceptiques dans plusieurs capitales. La Belgique, pays hôte et fondateur, incarne peut-être mieux que quiconque cette équation : un peuple stressé par un monde en ébullition tout en se sentant à l’aise en Europe. La bravoure de César version XXIe siècle se traduit par une angoisse assumée plutôt que par un comportement belliqueux. Cette angoisse, loin d’affaiblir le projet européen, semble paradoxalement le renforcer, à condition que l’UE réponde aussi aux urgences économiques, et pas seulement à celles de la géopolitique.