Belgique

L’Europe face aux incendies : cartes et chiffres révélateurs

Le feu reprend à Lège-Cap-Ferret, 4000 personnes sont évacuées autour de Lacanau ce mardi, un incendie est fixé mais toujours en cours dans le Var, au nord-est de Marseille : la France n’a pas encore terminé sa lutte contre les flammes. L’Espagne, quant à elle, « commence à entrevoir la lumière au bout du tunnel », selon les mots de son Premier ministre Pedro Sanchez. Cependant, une nouvelle vague de chaleur est attendue cette semaine.

Sur la carte des incendies que nous vous présentons ci-dessous, la Gironde et le Var se distinguent clairement, tout comme le centre de l’Espagne et la région au nord de la ville de Valence. Le nord-est du Portugal a également commencé à brûler. En Grèce, jusqu’ici épargnée cette année, une partie de l’île de Paros est également en proie aux flammes.

Mais d’autres zones sont également touchées. Le nord de l’Europe n’est pas à l’abri. « L’Allemagne, par exemple, a déjà connu trois fois plus de feux cette année que ce qu’elle connaît en moyenne sur une année », souligne le professeur Jan Baetens, spécialiste des incendies en espace naturel à l’UGent, et représentant belge à l’EFFIS, le système européen d’information sur les feux de forêts. « C’est important aussi. Ce ne sont que 24 feux au total, mais c’est quand même le triple. »

En Belgique, selon le dernier comptage réalisé par l’UGent le 29 juillet 2026, 117 feux de végétation ont été enregistrés cette année. Jan Baetens et ses collègues ont comptabilisé tous les feux, pas uniquement ceux de plus de 30 hectares, comme le fait l’EFFIS. Cela inclut donc des feux beaucoup plus modestes. Cependant, leur nombre a tout de même doublé par rapport à la moyenne habituelle de 62 feux par an (entre 2010 et 2025). Le professeur souligne que le risque est accru en Belgique également.

« À nouveau, ce n’est rien par rapport à la France ou l’Espagne. Mais il y a eu quelques feux un peu plus importants dans le Limbourg (à Maasmechelen, ndlr), ou à Croix-Scaille, près de Gedinne. » En termes de superficie, cela équivaut à 31 hectares de milieux naturels touchés par les flammes, sachant que toutes les surfaces brûlées n’ont pas encore été entièrement cartographiées.

Au total, en Europe, on a répertorié 1347 grands feux de végétation (de plus de 30 hectares) en 2026, un chiffre nettement supérieur à la moyenne annuelle de 1117 feux. Et l’été est loin d’être terminé. (Les données complètes mises à jour au 27 juillet 2026 ne sont pas encore toutes disponibles, c’est pourquoi les graphiques s’arrêtent au 22 juillet).

En termes de superficie, 429.583 hectares ont déjà été ravagés par les flammes depuis le début de l’année. Ce chiffre dépasse déjà la moyenne annuelle (établie entre 2006 et 2025), qui s’élève à 388.624 hectares.

Cet outil graphique permet de visualiser pour chaque pays européen quelles surfaces ont déjà brûlé par rapport aux années précédentes. (Ici aussi, les données complètes mises à jour au 27 juillet 2026 ne sont pas encore toutes disponibles, c’est pourquoi elles s’arrêtent au 22 juillet).

« Les feux que l’on observe, c’est l’épilogue, l’aboutissement de toute une phase de préconditionnement », observe François Massonnet, climatologue à l’UCLouvain. « Il n’a pas commencé à faire chaud la semaine dernière. Déjà à la fin du mois de mai, nous avons eu des températures complètement anormales et cela ne s’est jamais arrêté. Il y a eu quelques périodes où les températures se sont rapprochées des normales, nous avons eu quelques orages. Mais en fait, quand nous regardons les températures et le déficit de précipitations sur la fin du printemps et de l’été, nous nous rendons compte que les feux viennent finaliser une saison qui est complètement anormale. »

Le climatologue rappelle les quatre éléments favorables au déclenchement d’incendies de cette ampleur. « Il faut d’abord une végétation touffue qui puisse brûler. Les précipitations lors de l’hiver ou de l’automne précédent ont permis la croissance de cette végétation qui est donc le combustible. » Ensuite, il faut une végétation dépourvue d’humidité. « Cela a été rendu possible par beaucoup d’évapotranspiration à partir du mois de mai notamment. »

Il faut également du vent. « Malheureusement, les vents ont également soufflé assez fort en raison de la présence à certains endroits de hautes pressions et de basses pressions. » Enfin, il faut l’élément déclencheur : « Cela peut être un éclair, ça peut être un mégot de cigarette. »

Plus de 95% des feux ont une origine humaine, que ce soit par accident ou volontairement, précise Jan Baetens (UGent). « La plupart des feux sont causés par des humains, mais les conditions pour que ces feux se propagent d’une façon incontrôlable sont liées aux conditions météorologiques extrêmes qui sont une conséquence du changement climatique », résume-t-il.

Le graphique ci-dessus l’indique : la Grèce est pour le moment relativement épargnée. Le pays a bénéficié jusqu’ici, comme les Balkans, de conditions météorologiques plus clémentes. « Mais l’été n’est pas passé », rappelle le spécialiste des incendies en espace naturel.

L’année 2025 a été une année record, avec 1.034.552 hectares brûlés sur le territoire de l’Union européenne. On ne sait pas encore ce qu’il en sera de l’année 2026. « Globalement, la situation n’empire pas systématiquement d’année en année », précise Jan Baetens. « En 2024, il y a eu très peu de feux en Europe. Et sur une période de 40 ans, de la fin des années 90 à maintenant, il y a une diminution du nombre de feux dans les pays méditerranéens (France, Espagne, Portugal, Italie, Grèce). »

Ce que les collègues européens de Jan Baetens à l’EFFIS lui rapportent lors de leurs réunions, c’est que les feux sont de plus en plus complexes à combattre, qu’ils sont plus grands et plus intenses. De plus, la saison des feux est de plus en plus longue. « Elle commençait normalement en juillet, mais de plus en plus, nous voyons des feux déjà en février, et jusqu’à octobre, novembre. » Depuis quelques années, explique-t-il, en Espagne, en Italie ou en France, la végétation n’est plus couverte de neige en montagne en février et en mars. « S’il y a des périodes dans ces mois-là, nous voyons déjà des feux dans les montagnes. » Ensuite, viennent les feux « classiques » en plaine. La saison est donc allongée.

En Belgique, une évolution similaire a été observée au cours des dernières décennies : au pic traditionnel des feux de végétation au printemps s’ajoute de plus en plus souvent un second pic durant l’été.

Les scientifiques, dont le climatologue François Massonnet, le répètent depuis des années. Avec le changement climatique, « ce genre de phénomènes extrêmes est appelé à se répéter dans le futur ». « Il sera toujours possible d’avoir des étés ‘pourris’. Mais si nous avons un été ‘pourri’ l’année prochaine et que des feux se redéclenchent l’année suivante, ils seront encore plus forts que ceux de cette année-ci. Il y aura des étés plutôt bleus avec beaucoup de précipitations, et des étés plutôt rouges avec beaucoup de flammes. »

En Europe, dans le scénario d’un réchauffement global de + 3 degrés, 15 millions de personnes supplémentaires seront exposées à un risque élevé, voire extrême d’incendie, au moins 10 jours par an, selon le climatologue. La Belgique ne sera pas épargnée. Le récent incendie dans la forêt de Fontainebleau, à proximité de Paris, si proche, sert de piqûre de rappel, même pour les experts. « Quand j’ai vu cette annonce-là, j’ai eu un sursaut », raconte François Massonnet (UCLouvain). « Je me suis dit qu’on n’était plus dans le sud de l’Espagne. On est aux portes de chez nous. » C’est un risque à intégrer, conclut-il, de concert avec de nombreux autres experts.