
« Les associations LGBTQIA + alertent sur la montée de la haine »
Erynn Robert, représentant de la Fédération wallonne des associations LGBTQIA +, témoigne : « On a une montée de la peur, effectivement, puisque ce n’est pas que les attaques au niveau des Prides, c’est de plus en plus d’attaques de façon générale, des attaques homophobes, des attaques transphobes. Les chiffres d’Unia sont en augmentation constante. »
En mai 2026, un rapport d’Unia (le centre interfédéral pour l’égalité des chances) constatait que « les violences homophobes se maintiennent, les discours réactionnaires progressent » avec presque un signalement par jour, notamment des agressions dans l’espace public.
Une montée de la haine
Les attaques se font plus nombreuses mais aussi plus brutales, selon Erynn Robert qui revient sur le rapport d’Unia : « Le nombre de signalements qui sont faits chez Unia, les signalements pour crimes homophobes, transphobes, etc. sont ceux qui ont le plus grand taux de conversion vers des affaires judiciaires, ce qui montre qu’effectivement, ces signalements-là sont aussi pour des faits graves. »
On parle ici de violences verbales mais aussi physiques, de discours de haine décomplexés, de discriminations, dans un contexte de polarisation de la société. Les préjugés, l’intolérance, les attaques se sont accentués ces dernières années, insiste le représentant de Prisme.
Selon Erynn Robert, « ces dernières années, on voit qu’il y a une polarisation beaucoup plus importante de la société, sur toute une série de thématiques, dont celles autour du genre, de l’orientation sexuelle. Et les discours évidemment se radicalisent aussi. On a beaucoup de discours masculinistes qui évidemment stimulent très fortement la haine homophobe et transphobe, et misogyne de façon générale, d’ailleurs. »
Sentiment d’insécurité dans l’espace public
Se tenir la main dans l’espace public, s’embrasser, n’est plus seulement un acte intime. C’est devenu un geste politique, selon les associations. Mais, pour certains, c’est assimilé à une provocation avec, à la clef, au mieux, des regards, des remarques et des insultes. Les attaques physiques peuvent suivre, relate Erynn Robert.
Erynn Robert ne peut que constater la « peur » éprouvée par les personnes en couple de même sexe alors que ce sont des choses qui paraissent complètement normales pour un couple hétérosexuel : « Personne ne devrait jamais avoir peur de tenir la main de sa compagne ou de son compagnon. Mais pour des personnes qui sont en couple de même sexe, c’est une peur réelle. » C’est ce que démontrent aussi les chiffres de l’Agence européenne pour les droits humains, insiste Erynn Robert. Cet organisme collecte des données et réalise des enquêtes sur les discriminations.
L’importance de la visibilité face aux mouvements conservateurs
La haine est aussi parfois structurelle, souligne encore Erynn Robert : « On a des lois qui sont passées dans différents pays en Europe, mais évidemment beaucoup aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, etc. qui ouvrent aussi la parole à toutes les personnes qui ont des craintes, des questionnements, ou littéralement de la haine, par rapport à tout ce qui sort de la norme hétérosexuelle ou cisgenre (le contraire de transgenre). »
Dans certains pays, les Pride sont interdites. Il s’agit d’invisibiliser les personnes LGBTQIA +, car « elles font peur à certains mouvements conservateurs. Les Prides, c’est la visibilité. Il y a une vraie possibilité de retour au placard, de ne plus oser être présent dans l’espace public. Et donc les Prides c’est aussi un moment qui permet pour toutes ces personnes de se dire, mais oui, en fait, on est là, on est nombreux, on est nombreuses, on a le droit d’être dans l’espace public, on a le droit d’être qui on est. »
Masculinisme, financement des mouvements conservateurs
La montée des mouvements masculinistes, notamment sur les réseaux sociaux, n’est pas étrangère à cette recrudescence du sentiment d’insécurité. Le financement de ces mouvements haineux est aussi très important, souligne Erynn Robert : « Depuis quelques années, effectivement, on voit la montée des mouvements masculinistes, mais qui font partie d’une dynamique plus large, des mouvements anti-genre. Ce sont des mouvements qui sont largement financés, notamment par les conservateurs aux Etats-Unis, les white evangelists. Mais pas que, il y a de l’argent qui vient de Russie aussi, etc. Ils dépensent des sommes énormes pour diffuser leurs messages sur les réseaux sociaux. »
Pour les associations, le Digital Service Act serait donc un outil des plus efficaces s’il était effectivement mis en œuvre « mais il y a des résistances », regrette Erynn Robert. Cette loi de l’Union Européenne vise à créer un espace en ligne plus sûr, transparent et responsable. « Elle permettrait de déplacer la responsabilité de la seule personne qui publie un contenu problématique vers les plateformes qui le diffusent, qui l’amplifient, qui le monétisent, et qui fait que, via le jeu des algorithmes, il est diffusé vers de plus en plus de personnes », signale encore Erynn Robert.
Sensibilisation, prévention, formation
Il faut faire appel à une sensibilisation massive et investir dans l’information et la visibilisation, explique Erynn Robert : « parce qu’en fait, il y a plein de gens qui ont des craintes, qui ont des peurs, qui peuvent devenir de la haine parce qu’ils ne connaissent pas. Ils n’ont jamais parlé avec une personne trans ou des personnes homosexuelles, non-binaires, etc. Donc, continuer à faire de la visibilisation, de l’information, de la formation, c’est absolument crucial. »
Et cela passe avant tout par l’école, selon Erynn Robert : « C’est pour ça que c’est important de commencer par les jeunes. »
La formation des policiers est aussi un point fondamental, selon les associations : « C’est vrai que là aussi, il faut encore faire beaucoup de formations au niveau de la police parce qu’il y a beaucoup de gens qui vont porter plainte et qui ne sont pas nécessairement bien reçus. » La réponse judiciaire est insuffisante, selon Erynn Robert : « Il y a un vrai problème d’accueil des victimes. »
