Le parc du Cinquantenaire, point de rencontre des Indiens cricketeurs à Bruxelles.
Les joggeurs foulent la surface du parc du Cinquantenaire chaque samedi matin, tandis qu’une vingtaine à une trentaine de joueurs de cricket s’y retrouvent pour pratiquer leur sport. Au total, les téléspectateurs peuvent atteindre jusqu’à 200 millions lors d’un match de cricket en Inde, représentant un cinquième de la population.
Les samedis matin, lorsque le soleil brille, la piste d’athlétisme du parc du Cinquantenaire est toujours animée. De nombreux joggeurs parcourent la surface ocre, tandis que d’autres s’adonnent à des séances de « tabatas » pour booster leur cardio. Au centre, la pelouse est tout aussi prise, mais c’est le cricket qui prime, pas le football. Chaque semaine, une vingtaine, voire une trentaine de passionnés se retrouvent pour pratiquer cette discipline, attirant tous les regards des autres sportifs.
**« En Inde, c’est une religion »**
Dans ce cadre, on parle hindi ou anglais, mais aussi des termes comme « runs », « batsman », « wicket » et « bowler ». C’est le jargon du cricket, un sport qui a vu le jour en Angleterre au 16e siècle avant de se répandre dans les anciennes colonies britanniques comme l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Bangladesh ou l’Inde, où « le cricket est plus qu’un sport, c’est une véritable religion », indique Yuvraj, l’un des coordinateurs des entraînements du samedi. « À la télévision, jusqu’à 150 millions, voire 200 millions de téléspectateurs peuvent suivre un match », cela représentant un cinquième de la population.
Les joueurs présents ce samedi au Cinquantenaire sont tous Indiens. Ils sont récemment arrivés en Belgique, dans les dix dernières années tout au plus, et se retrouvent dans le secteur de l’IT, travaillant pour de grandes entreprises belges ou étrangères. Le week-end, ils viennent décharger leur stress en jouant au cricket.
« Au début, on utilisait une vraie balle de cricket, un peu plus lourde et dure », se souvient Yuvraj. « Puis, pour éviter les accidents avec les autres sportifs ici, on a décidé d’utiliser une balle de tennis. C’est moins dangereux. »
Le cricket pourrait rappeler le baseball américain à première vue, mais les règles sont différentes. « Un batteur, un « batsman », se trouve d’un côté, tandis qu’un lanceur, un « bowler », est de l’autre », explique Raghav, 40 ans, casquette sur la tête sous le soleil. « En gros, ce sont des équipes de onze contre onze. Le lanceur d’une équipe doit éliminer le batteur de l’autre en l’empêchant de frapper la balle, en touchant le « wicket » – les trois piquets derrière le batteur – ou en faisant attraper la balle frappée par le batteur. Le batteur doit frapper la balle et l’envoyer le plus loin possible. Plus la balle va loin, plus son équipe marque des runs, c’est-à-dire des points. »
**« Les curieux viennent nous poser des questions »**
Comme dans tout sport, des particularités existent au-delà des règles fondamentales. Par exemple, le lanceur ne peut pas plier le bras lors du lancer. « S’il plie son bras, c’est interdit. » Si la balle rebondit avant la frappe, le batteur peut la jouer uniquement si elle est en dessous de sa taille. La batte, lisse d’un côté et arrondie de l’autre, doit respecter des dimensions précises. « Au niveau de la matière, c’est du saule de Grande-Bretagne », précise Harshit. Quant à la durée des parties, certaines peuvent durer plusieurs jours, même si un format de trois heures a été créé pour populariser le sport.
Sur le côté du stade, les curieux observent le manège des joueurs de cricket. « C’est agréable quand des gens viennent nous poser des questions. Parfois, on les laisse essayer. Ils prennent la batte et tentent un coup », sourit Yuvraj, installé en Belgique depuis trois ans et travaillant chez Engie. « Je joue ici depuis deux ans, mais d’autres jouent depuis plus longtemps. » Les pionniers du Cinquantenaire se seraient réunis il y a une dizaine d’années.
« Je fais partie d’une équipe officielle jouant du côté d’Anvers. Nous participons à des tournois avec 50 équipes où l’on utilise de vraies balles… Ici, au Cinquantenaire, c’est surtout pour le plaisir », ajoute Yuvraj.
En Belgique, où le football est roi, il est difficile pour le cricket de se faire une place. « On n’est pas bons en football », reconnaît Yuvraj. L’Inde excelle en cricket mais se classe 136e au classement de la FIFA. « Nous aimerions progresser en football », conclut Yuvraj, fervent défenseur du cricket.
**« Ils ont toujours le sourire »**
En attendant, c’est le cricket que Yuvraj et ses amis souhaitent populariser. Coline, joggeuse, perçoit leur présence comme une belle initiative. « C’est un sport que l’on ne connaît pas. Pourquoi pas ! Le sport rassemble, même si je ne sais rien du cricket. En tout cas, cela fait partie de leur culture et c’est sympa qu’ils le fassent connaître ici. »
Adrien, essoufflé après quelques fractionnés sur la piste, voit chaque samedi les joueurs de cricket. « C’est agréable. Cela ajoute une dimension à Bruxelles, avec sa diversité culturelle. Ils viennent toujours ici en souriant. Personnellement, j’ai un peu de connaissance en cricket de mon temps à Londres. Mais à Bruxelles, c’est moins courant, c’est vrai. »
Raghav estime qu’une façon d’attirer de nouveaux adeptes serait d’ouvrir des académies à travers le pays. « Des académies pour les jeunes. Si les enfants se passionnent très tôt pour le cricket, il se développera forcément. » Le chemin pourrait être long, mais l’espoir demeure.

