Belgique

Le mythe du « brave petit belge » relancé par Donald Trump

Les Diables rouges étaient en mission pour battre les États-Unis, ce qui impliquait également de battre Donald Trump et Gianni Infantino. En 1986, l’équipe de Belgique avait battu l’Espagne en quarts de finale aux tirs au but.


Les Diables rouges étaient en mission. Battre les États-Unis ne signifiait pas seulement triompher d’une équipe de football, mais également défier un président, Donald Trump, et même deux, Gianni Infantino, le président de la FIFA. Il s’agissait de contrecarrer une certaine façon de manipuler les règles au profit du pouvoir et de l’argent, une métaphore, volontaire ou non, d’un monde en constante évolution. Ainsi, le match revêtait des enjeux qui le dépassaient, et la victoire avait une portée bien au-delà du simple sport.

Les dimensions politiques et symboliques du football ne doivent ni être exagérées ni minimisées. Par exemple, on peut observer comment les partis politiques affichent leur soutien à l’équipe nationale, projetant sur les Diables rouges leurs propres valeurs.

À l’exception notoire du Vlaams Belang, qui n’a ni soutenu ni critiqué l’équipe. Ce parti ne semble tout simplement pas s’exprimer à ce sujet. La dernière fois que son président, Tom Van Grieken, a tweeté sur le football, c’était il y a quatre jours, pour relayer un post se félicitant que l’équipe d’Argentine soit entièrement blanche : le post déclarait « Parce que nous sommes un pays, pas un film de Disney ». Cette tentative anti-woke se heurte aux victoires d’une équipe belge et diverse, un véritable cauchemar pour le Vlaams Belang.

Les autres partis soutiennent les Diables et le font savoir avec plus ou moins de sincérité. À gauche, l’accent est mis sur les valeurs de solidarité, de collectif et de diversité, tandis qu’à droite, on valorise le mérite, l’effort et la discipline.

Ce qui est intéressant, c’est que le football parvient à intégrer ces valeurs différentes, parfois contradictoires. Maxime Traver, sociologue du sport, explique que « le foot devient, à travers des conversations ordinaires, le temps d’un tournoi, un véritable laboratoire des imaginaires politiques ».

Le football, laboratoire des imaginaires politiques, en Belgique, revêt une teinte unique avec la figure du « petit belge ». Depuis les années 1980, l’imaginaire collectif du football belge est imprégné de cette image du « brave petit belge » qui parvient à rivaliser avec les plus grands. En 1982, il a battu l’Argentine, en 1986 l’URSS, puis en 2018 le Brésil.

C’est peut-être la réactivation de ce mythe romantique issu des manuels scolaires du 19e et 20e siècle, la soi-disant citation de César : « Tous les peuples de la Gaule, les Belges sont les plus braves ». Ce mythe a été porté à son paroxysme pendant la Première Guerre mondiale, avec la résistance de la « poor little Belgium » face au Reich sur l’Yser.

Ce mythe a aussi été réactivé, d’une manière inattendue, par l’intervention de Donald Trump, qui a touché cette fierté contrariée.

Sur le plan sportif, la véritable épreuve du « petit belge » face à un grand se présentera contre l’Espagne vendredi. En 1986, l’équipe avait déjà battu l’Espagne, en quarts de finale, lors des tirs au but. Ce jour-là, les Diables rouges avaient créé un phénomène unique et inattendu dans un pays où Flamands et Wallons étaient en désaccord les uns avec les autres mais se retrouvaient dans la joie sur la Grand-Place en écoutant le Grand Jojo.