Belgique

Le monde agricole ne demande pas une approche globale pour réduire les pesticides.

Nicolas gère une exploitation agricole à Thorembais-Saint-Trond et utilise parfois des produits phytosanitaires pour produire des carottes, haricots, pommes de terre, herbes aromatiques et orge de brasserie. En 2023, la Belgique était le deuxième pays de l’Union européenne qui utilisait le plus de pesticides par hectare de terres agricoles.


Nicolas gère une exploitation agricole à Thorembais-Saint-Trond, où il cultive des carottes, des haricots, des pommes de terre, des herbes aromatiques et de l’orge de brasserie. Pour sa production, il utilise parfois des produits phytosanitaires. « On essaie de limiter les quantités appliquées. Ce n’est pas quelque chose qui est fait de manière systématique », précise-t-il. « Les produits de protection des plantes aujourd’hui sécurisent un rendement, rendement qui est nécessaire pour qu’on puisse gagner notre vie normalement. »

Le problème réside dans le fait qu’il est techniquement possible de réduire drastiquement, voire d’éliminer complètement, l’utilisation de pesticides. Cependant, cela reste risqué et coûteux pour les agriculteurs.

Ce mercredi, à Perwez, plusieurs acteurs du secteur agricole, dont l’association Reganacterre, le groupe de recherche de l’UCLouvain Sytra et la Fédération wallonne de l’Agriculture, accompagnés de nombreuses associations telles que Natagora, Canopea et la Fevia, ont remis une note collective à la ministre wallonne de l’Agriculture, Anne-Catherine Dalcq (MR). Ils appellent à ce que la réduction des produits phytopharmaceutiques ne repose pas uniquement sur les agriculteurs, mais engagée l’ensemble du secteur.

« Des techniques existent pour renforcer la limitation de l’usage de pesticides. Mais une réduction plus ambitieuse n’est économiquement pas soutenable si elle est portée par les seuls agriculteurs. Elle ne deviendra structurelle que si l’ensemble du système agricole (filières, marchés, politiques publiques et consommateurs) évolue de manière coordonnée », ajoute le document remis à la ministre.

Le monde agricole, soutenu par des associations de défense de l’environnement, souhaite donc partager le risque économique lié à la transition avec le reste de l’industrie agroalimentaire. Ils demandent également la révision de certains cahiers des charges afin de faciliter l’utilisation de variétés résistant mieux au climat belge, ce qui pourrait réduire l’usage de pesticides.

« Les acquéreurs de nos productions exigent de nous des standards de qualité. Par exemple, il faut des pommes de terre standards pour faire des frites standards. Et donc, si toutes les frites n’ont pas la même longueur, ça pose un problème. Donc, on refuse les pommes de terre », explique Daniel Coulonval, président de la Fédération Wallonne de l’agriculture (FWA).

Les agriculteurs souhaitent également impliquer les écoles pour former à de nouvelles techniques, les centres de recherche pour développer ces techniques, le monde politique pour de nouvelles réglementations, ainsi que les consommateurs pour des achats plus responsables.

La ministre wallonne de l’Agriculture a accueilli positivement cette note, partageant son constat. « Le consommateur veut moins de produits phytosanitaires. Ça doit se réfléchir au niveau de toute la filière », indique Anne-Catherine Dalcq. « J’ai donné la mission au centre de recherche agronomique wallon de faire l’état des lieux, dans chaque filière, des alternatives présentes par rapport aux produits phytos pour protéger les cultures. Nous aurons alors une feuille de route pour pouvoir produire avec moins de produits phyto et plus d’alternatives. L’agriculteur doit pouvoir s’approprier ces outils pour que ce soit agronomiquement et économiquement praticable. »

Aujourd’hui, la Belgique utilise massivement des pesticides. En 2023, elle était le deuxième pays de l’Union européenne en termes d’utilisation par hectare de terres agricoles, notamment en Hesbaye liégeoise, namuroise et brabançonne. Pourtant, les risques pour la santé sont nombreux ; les produits phytopharmaceutiques peuvent être à l’origine de cancers (sein, prostate), de leucémies ou de la maladie de Parkinson, les premiers touchés étant les agriculteurs.