Belgique

Le clipping, une pratique des réseaux en politique de plus en plus présente

À l’ère des formats courts, les entreprises doivent adapter leur utilisation de l’espace médiatique et modifier leur présence sur les réseaux sociaux. Une nouvelle pratique a émergé ces dernières années : le clipping. Ces formats courts, principalement en format portrait et spécialement conçus pour les réseaux sociaux, extraient des passages marquants de vidéos plus longues, de streams (diffusion en direct d’un contenu) ou de podcasts pour être réutilisés sur des plateformes telles que TikTok, Instagram et YouTube.

Ces clips apparaissent par centaines, inondant le consommateur de vidéos sur une même personne ou un même sujet, ce qui augmente leur visibilité sur Internet. « Ce qu’il faut, c’est que ça imprime la rétine, si je puis dire. Et pour que ça imprime sur les réseaux sociaux, avec des usagers qui scrollent vraiment tout le temps, comment vous faites pour que votre œil s’arrête ? Que vos doigts s’arrêtent ? Et troisième objectif, que vous reteniez l’objet dont il est question ? C’est un peu les trois objectifs du clip », explique Alice Antheaume, directrice exécutive de l’école de journalisme de Sciences Po Paris.

En fonction de la performance, c’est là qu’ils vont être rémunérés, précise Alice Antheaume.

Un format qui fonctionne si bien que des « entreprises de clipping » ont vu le jour, proposant de générer des clips en échange d’une rémunération. « Ils sont rémunérés à la performance, c’est-à-dire au nombre de vues obtenues… Au lieu de faire appel à des monteurs qui vont faire X vidéos, puisqu’ils sont payés pour ça, ils vont créer un nombre de clips indéterminé. » Cela garantit d’obtenir les résultats souhaités pour le client.

Ce nouveau marché attire les maisons de production, comme le film Des Minions et des monstres qui a fait appel aux services de ces entreprises, mais aussi les personnalités publiques. La plateforme de streaming “Kick” aurait ainsi payé entre 500.000 et 700.000 dollars pour des clips de l’influenceur masculiniste Clavicular, qui ont généré des milliards de vues sur TikTok et Instagram.

La possibilité de ne conserver que certains extraits d’une vidéo soulève des questions. Rien n’oblige les clippers, les personnes travaillant pour les entreprises de clipping, à conserver les déclarations dans leur contexte ou à les citer. « Vous avez vraiment cette quête de la performance, d’avoir un maximum de vues. Et parfois, vous anglez autour de la petite phrase, d’un visuel qui peut retenir l’œil. Mais ce n’est pas forcément le sens du propos intégral. Et c’est là où il faut que ce soient des pratiques qui soient encadrées, pour éviter justement de raccourcir un propos, de caricaturer un propos, ou même de perdre tout simplement l’essentiel », ajoute Alice Antheaume.

À l’approche des élections présidentielles françaises de 2027, certains politiques ont déjà sollicité des sociétés de clipping, comme l’ont révélé nos confrères du Parisien.

L’utilisation des clips ne se limitera peut-être pas à mettre en avant un candidat, mais pourrait également servir à discréditer les autres. « Il est probable qu’il y ait une surenchère et qu’il y ait des campagnes de dénigrement contre un autre candidat, par exemple, sur n’importe quel sujet. C’est vrai que ça déstabilise le processus électoral au final, puisque si c’est le seul moyen d’information des votants, des électeurs, alors ça repose sur toute une somme d’éléments qui sont partiellement faux, ou en tout cas incomplets », explique Alice Antheaume.

La spécialiste de la désinformation souligne l’importance des équipes qui devront travailler à contrer les fausses informations. « Cette campagne 2027 en France, elle va être quand même l’occasion de beaucoup de travail du côté des vérificateurs, des experts de la désinformation, parce qu’il y aura le clipping à beaucoup regarder, mais il y a plein d’autres outils qui existent et qui font qu’il y aura du travail pour qu’émergent aussi dans ce flux des infos contextualisées, circonstanciées, etc. »

Ce n’est pas la première fois que les réseaux sociaux représentent un enjeu lors des élections. Certains politiques les utilisent déjà comme vitrine pour leur campagne, comme Trump aux États-Unis ou Javier Milei en Argentine.