Belgique

L’avocat général requiert 7 meurtres et un assassinat pour Paolo Falzone.

L’avocat général a commencé son réquisitoire en énumérant des qualificatifs utilisés par les témoins pour décrire le matin du 20 mars 2022, tels que « un avion, une bombe, une fusée, un attentat, … ». Il a déclaré : « j’estime que la préméditation peut parfaitement être retenue pour Paolo Falzone ».


L’avocat général inaugure son réquisitoire avec une longue série de descriptions faites par les témoins concernant les événements : « un avion, une bombe, une fusée, un attentat, […], le chaos, une machine à laver, Bagdad, des chaussures retrouvées sur les toits des maisons« . Cette liste, exhaustive, souligne l’intensité du choc vécu ce matin du 20 mars 2022. « Est-il possible de détruire autant en quelques secondes ? » se questionne le magistrat.

Il loue ensuite le travail d’instruction réalisé, et précise son rôle : « mon rôle dans le procès […] est de représenter la société dont les équilibres ont été perturbés par les crimes commis« . Il aborde ensuite la qualification des faits, affirmant : « dans cette affaire, la partie civile et le ministère public sont exactement sur la même longueur d’ondes« . Tout est dit.

Cependant, l’avocat général va se pencher sur chaque point en détail.

Paolo Falzone est-il responsable de ses actes?

Les experts ont jugé que c’était le cas, et pour le magistrat, « La réponse est clairement oui« , car l’accusé « se montre suffisamment réactif pour poursuivre sa route« . Il ajoute qu’il a conscience de la gravité des faits, demandant même aux policiers de l’abattre à leur arrivée.

Quelle était l’intention de l’auteur?

Dès le 20 mars 2022, le parquet a décidé de qualifier les faits de « meurtres et homicides volontaires« , rappelle l’avocat général. Après avoir examiné tous les éléments (les vidéos, …), la chambre des mises en accusation a confirmé ces qualifications. Il conclut : « la conviction du parquet général demeure inchangée à ce stade« .

Pour lui, l’intention homicide doit être retenue. « Pourquoi ? Il est notoire que dans presque toutes les affaires criminelles, l’accusé soutient qu’il n’avait pas l’intention de tuer« , insiste le magistrat. Il évoque un arrêt de la Cour de cassation du 6 novembre 2019 qui stipule qu’un acte commis en connaissance de cause signifie que l’auteur était conscient que ses actions pouvaient entraîner la mort et a accepté cette éventualité.

Cette jurisprudence, dit-il, est bien ancrée dans notre droit. Cet arrêt affirme que « le fait d’accepter le risque mortel suffit à établir la volonté de tuer ». Le magistrat précise aussi que la Cour a annulé une décision de cour d’assises qui n’avait pas tenu compte de cette jurisprudence.

Il ne pouvait ignorer qu’il risquait de croiser des piétons

Parmi les arguments avancés, on note que l’accusé a été averti par ses amis, ses voisins, son père, et pourtant, « il a persisté à conduire de manière de plus en plus dangereuse« . Il savait donc qu’il se trouvait en présence de piétons, notamment lors du carnaval. L’avocat général Gilles Dupuis estime qu’il est inconcevable qu’il ait pu ignorer qu’il risquait de croiser des piétons.

Il a bien vu le cortège

L’éclairage était adéquat. L’accusé a pu voir une zone sombre où se trouvait la foule, ainsi qu’un point lumineux, une chaussure d’enfant bien visible. Dans des circonstances normales, il aurait même pu entendre une grosse caisse produisant un bruit important.

Il démontre une acceptation consciente de la mort des victimes qui seront sur son passage

Le ministère public affirme que l’accusé « démontre une acceptation consciente de la mort des victimes qui seront sur son passage« .

Avant le choc :
– L’accusé a conduit une voiture modifiée, « dont les freins ne peuvent plus protéger les piétons« .
– Il a activé le mode « sport » pour accélérer.
– Il a roulé jusqu’à 174 km/h, en ignorant les passages pour piétons et obstacles destinés à ralentir la vitesse.
– Il a utilisé ses phares pour que les gens s’écartent.
– L’analyse de son téléphone révèle qu’il voyait les piétons.
– Il n’a entamé un freinage que 1,19 seconde avant le choc.

Après le choc :
– Il a continué à rouler malgré la prise de conscience des dommages causés, disant à un policier : « j’ai tué des gens ».
– Selon la Cour de cassation, « la voiture est une arme ».
– Quinze témoins affirment que la voiture a accéléré après le premier choc. L’avocat général se range à leur avis.
– Il rejette la justification de la peur de l’accusé, précisant que la peur n’empêche pas de freiner.
– Sa vitre était ouverte, il a donc entendu les gens crier pour qu’il arrête son véhicule.

Le cas de Frédéric d’Andrea

Le magistrat mentionne le cas de Frédéric d’Andrea, transporté sur le capot pendant 22 secondes, que l’accusé a toujours prétendu ne pas avoir vu à cause de son pare-brise brisé. « Il est étrange que l’accusé n’ait rien vu« , note le représentant du parquet, en soulignant les déclarations de l’accusé.

De plus, il mentionne que le trou dans le pare-brise aurait permis à l’accusé de voir le gille, dont des témoignages disent qu’il était vivant sur le capot. Gilles Dupuis rappelle que Paolo Falzone a admis : « le pare-brise s’est cassé et j’ai mieux vu« . Ainsi, même avec un pare-brise défectueux, il devait voir et ne pouvait ignorer la présence de Frédéric.

Le représentant du parquet souligne aussi que l’accusé n’a pas porté assistance aux personnes dans l’habitacle, ce qui constitue un nouvel indice de son intention homicide. Il rejette l’idée d’un état de sidération, soutenant que l’accusé a réussi à conduire, à appeler sa mère et à demander de l’aide à Antonino. Il conclut en affirmant que les sept meurtres sont établis.

La préméditation pour Frédéric D’Andrea

En cours de procès, le principal avocat des parties civiles, Me Mayence, a demandé au jury d’examiner la préméditation concernant le gille qui était sur le capot. L’avocat général rappelle que pour établir la préméditation, il faut « du temps » et un « état d’esprit assez stable ». Il estime que 22 secondes de réflexion suffisent pour établir cette préméditation et soutient que l’accusé avait le contrôle de ses actes, en étant « lucide » et en contactant sa mère.

« J’estime que la préméditation peut parfaitement être retenue pour Paolo Falzone« , conclut l’avocat général.